Paris Match Belgique

L'été à la page : Notre première sélection de livres à emporter dans sa valise

livres

À lire avant d'empoigner un bouquin au hasard sur une étagère poussiéreuse. | © Unsplash/Ben White

Littérature

Avant d'appliquer de la crème solaire et de devenir expert dans l'art du hamac vient le temps de choisir les livres que l'on emportera dans sa valise, ou dans le parc le plus proche. Premier épisode de notre sélection littéraire estivale.

Philip Kerr s'en va à 62 ans sur un dernier polar historique magistral ; Caryl Férey remet en scène son héros fétiche, Mc Cash, plongé au cœur du trafic de migrants ; John le Carré signe ce qui pourrait être son testament... Voici la première partie de notre sélection de livres coups de cœur du dernier semestre.

Dans l'antre du Führer

Pour son dernier polar historique, Philip Kerr fait pénétrer le lecteur dans les coulisses du Berghof, le repaire bavarois d’Hitler. Avant de tirer sa révérence en mars de cette année à 62 ans, l’écrivain britannique a laissé à ses nombreux lecteurs un dernier polar historique, genre dans lequel il a excellé au fil d’une douzaine de romans mettant en scène son héros fétiche : Bernie Gunther. Ex-flic berlinois de la Kripo (la police criminelle allemande) enrôlé malgré lui dans la SS, Gunther est talentueux à plus d’un titre : il est certes doué pour résoudre des enquêtes impossibles, mais il a également le don de se fourrer dans d’invraisemblables pétrins, sur fond d’intrigues auxquelles se mêlent souvent les mandarins du IIIe Reich.

Outre sa détestation des nazis, ce qui le sauve et ravit par la même occasion le lecteur, c’est sa lucidité, son humour à la fois caustique et désabusé, sa capacité à faire triompher la vérité dans l’empire du mensonge, ainsi que son génie à se sortir des pires guêpiers en profitant parfois des rivalités entre les dignitaires du Reich.

Avec Bleu de Prusse, Philip Kerr nous fait pénétrer dans l’antre d’Hitler, le Berghof, son nid d’aigle dans les Alpes bavaroises, près de Berchtesgaden. En 1939, à la veille de l’embrasement mondial et du cinquantième anniversaire du Führer, un ingénieur est abattu sur la terrasse à la suite d’un tir de sniper. Bernie Gunther est chargé par le général Heydrich, le redoutable chef de la Gestapo, de découvrir qui se trouve derrière cet assassinat. Le policier n’a qu’une semaine pour réussir et nombreux sont ceux qui, dans l’entourage d’Hitler, ont tout intérêt à ce que son enquête échoue.

À cette affaire, Kerr entremêle avec virtuosité la fuite de Bernie, que l’on retrouve 20 ans plus tard avec la Stasi aux basques. L’auteur défunt s’en va sur un dernier bijou.

« Bleu de prusse », de Philip Kerr, éd. du Seuil, 664 pages, 22,50 €.

À la table des dieux

« L’Iliade » et « l’Odyssée », deux textes vieux de 2 500 ans et néanmoins d’une actualité brûlante. C’est ce que réussit à montrer Sylvain Tesson au travers de ce recueil rédigé au départ d’une série d’émissions diffusées à l’été 2017 sur France Inter. Il revisite à sa manière – et quelle manière ! - les poèmes d’Homère qu’il situe hors du temps, de sorte qu’il fait entendre le « chant sublime » qui s’élève de ces vers millénaires où il est question des affres du pouvoir politique, du fracas des armes, des conflits religieux, de l’amour et de ses errements. On se retrouve convié à la table des dieux, en compagnie de l’auteur d’une des œuvres majeures de la littérature occidentale, et de Sylvain Tesson, la plume plus exaltée que jamais.

« Un été avec Homère », de Sylvain Tesson, éd. des Equateurs, 247 pages, 14,50 €.

L'Evangile selon De Luca

Une tête de nuage, qui change de forme selon le vent. Serait-ce celle de Jésus, auquel ses interlocuteurs ont prêté bien des ressemblances, de la crèche de Bethléem à la croix du Golgotha ? Qui était-il en définitive « celui qui forçait la frontière du possible et du présent » ? Erri De Luca ne répond pas à cette question. Ou, plus exactement, il y répond à sa manière toute particulière, empreinte de silence, pleine de poésie, économe de mots.

« Une tête de nuage », d’Erri De Luca, éd. Gallimard, 95 pages, 9,45 €.

Le secret d’Eric-Emmanuel Schmitt

Une professeur de piano excentrique d’origine polonaise et un jeune étudiant désireux de percer le secret de Chopin. Tandis que le second espère y parvenir en travaillant ses gammes, la première l’envoie cueillir des fleurs dans le parc du Luxembourg sans faire tomber la rosée. En réalité, ce que madame Pylinska révèle au jeune homme, ce n’est pas tant le mystère de Chopin que celui qu’il a en lui.

« Madame Pylinska et le secret de Chopin », d’E.E. Schmitt, éd. Albin Michel, 119 pages, 13,50 €.

Cargo pour l’enfer

Dans ce polar, on retrouve Mc Cash, personnage chéri et déglingué de Caryl Férey. Il a veilli depuis « La jambe gauche de Joey Strummer » : désormais, il est père de famille et prend des vacances en Bretagne en compagnie d’Alice, la fille adolescente qu’il s’est découvert sur le tard. Mais loin de s’être ramoli, l’ex-flic borgne reconverti en privé s’est au contraire racorni comme le bandeau de cuir qui lui balafre la gueule.

Plus autodestructeur que jamais, sans le sou, outrancier et ronchonneur, Mc Cash s’accomode difficilement de cette paternité tardive. Dès lors, la mystérieuse disparition en mer de son vieux pote Marco, avocat foutraque et navigateur hors pair, lui offre l’occasion de replonger dans une enquête menée à cent à l’heure, mais qui l’éloigne toutefois d’Alice dont il se surprend à découvrir qu’elle lui manque.

Le « pirate » remonte la piste qui conduit au naufrage de son ami et découvre qu’il a été heurté par un cargo tandis qu’il naviguait en compagnie d’Angélique, ancien amour déçu de Mc Cash. La simple erreur de navigation ne convainc pas le vieux limier et le mystère entretenu par Zoé, la sœur d’Angélique, relativement à la  présence de celle-ci sur le voilier de Marco, le pousse à mener plus loin ses investigations.

Elles le conduiront jusqu’en Grèce, dans le sillage d’un réseau criminel de passeurs de migrants en Méditerranée. L’écriture aussi savoureuse que râpeuse de Caryl Férey tisse alors la trame d’une intrigue qui emprunte ses meilleurs ressorts à la réalité très actuelle du trafic d’êtres humains sur fond de crise migratoire en Europe. Une histoire moins touffue que celles auxquelles l’auteur a habitué ses lecteurs, mais tout aussi efficace.

« Plus jamais seul », de Caryl Férey, éd. Gallimard, 319 pages, 19 €.

Face à l’Histoire et à sa conscience

Georges Smiley, héros immuable de le Carré, surgit du passé en même temps que « Control » et une série d’autres personnages du « Cirque » (le service de renseignement extérieur britannique), par la grâce du maître du roman d’espionnage qui les exhume de son œuvre pour les confronter au double jugement de l’Histoire et de leur conscience. Peter Guillam, disciple et ami de Smiley, est tiré de sa retraite par les responsables actuels du Londres secret, afin de rendre compte de son rôle d’agent durant la guerre froide, au cours de laquelle des innoncents ont perdu la vie. Avec une exceptionnelle maestria, John le Carré entremêle le passé et le présent pour livrer bien davantage qu’un thriller d’espionnage : un roman métaphysique et peut-être même un testament.

« L’héritage des espions », de John le Carré, éd. du Seuil, 307 pages, 22 €.

Charleroi en roue libre

C’est l’histoire de deux cyclistes partis à la rencontre de Charleroi et de ses habitants, empruntant tantôt les grands axes, tantôt les chemins de traverse, avec l’envie de redécouvrir leur ville-monde. Marcel Leroy, grand reporter d’ici et d’ailleurs, et Paul Magnette, bourgmestre de la cité sambrienne, ont enfourché leur vélo depuis lequel ils nous livrent ce carnet de route rempli de choses vues et d’êtres rencontrés.

« Voyage à Charleroi », de Marcel Leroy et Paul Magnette, éd. Luc Pire, 220 pages, 20 €.

La ville la plus pourrie du monde

Cela vous dirait un city-trip au nord de la Sibérie, dans l’endroit le plus froid, le plus noir et le plus pollué qui puisse s’imaginer, inaccessible sans l’autorisation des services secrets russes, peuplé majoritairement de mineurs qui achèvent de ruiner leur espérance de vie en s’imbibant de vodka ? Bref, un cauchemar urbain à la Jim Jarmusch. J’ai nommé Norilsk. Caryl Férey a relevé le défi en compagnie de « La Bête » et ça donne ce savoureux carnet de voyage.

« Norilsk », de Caryl Férey, éd. Paulsen, 157 pages, 19,50 €.
Mots-clés:
livres sélection
CIM Internet