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Christine Angot : « Laissez-moi décrire la vie telle qu’elle est ! »

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Christine Angot au 70e Festival de Cannes pour le film "Un beau soleil intérieur" dont elle a écrit les dialogues. | © MAXPPP

Littérature

Peu lui importe de diviser, elle entend régner sur la rentrée littéraire. Son nouveau livre, Un tournant de la vie, met en scène une femme qui voit revenir son ancien compagnon après neuf ans d’absence et de silence, alors qu’elle vit en couple avec l’ami de ce dernier. Fidèle à son style épuré, Christine Angot demande qu’on lui laisse écrire la vie. La sienne ou celle des autres. Interview.

Paris Match. Un tournant de la vie est-il un tournant dans votre carrière d’écrivain ?
Christine Angot. Je ne le sais jamais à l’avance, mais c’est vrai qu’il y a des livres comme ça. Si j’en juge à la difficulté que j’ai eu à trouver ce livre, c’est possible. Quand c’est aussi compliqué, il y a souvent un avant et un après. On verra.

Avez-vous le sentiment qu’on vous attend au… tournant ?
Chaque fois, oui, bien sûr ! Mais ni plus ni moins.

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Même après votre année chez Ruquier ?
Même après. Mais admettons que ce soit le cas. Ça ne me concerne pas. Je ne peux pas empêcher les gens de prendre telle ou telle posture. Ce n’est pas de mon ressort. Je ne m’encombre pas d’aléas que je ne peux pas contrôler. Si je commençais à m’y intéresser, je tomberais dans un brassage de vide.

« Le pouvoir que s’arroge la société, à travers l’institution judiciaire, ou que s’accordent certains de contrôler l’espace fictionnel me rend dingue »

Vous utilisez encore le matériau de votre vie intime. Qu’est-ce qui vous pousse à le faire ?
L’évidence. L’évidence du livre qui s’écrit. Qu’est-ce qui peut la contrarier ? Au moment de mon troisième livre, Léonore, toujours, en 1994, j’ai ressenti ce que je pouvais faire dans l’écriture et c’est devenu très clair. Mon but n’est pas de raconter tel ou tel événement – je me fiche de ça –, mais qu’on sente sur la page la vie elle-même en train de parler. J’ai une confiance très forte dans la littérature. Elle peut tout prendre en charge et ne pourra jamais être négative. Le réel peut être décrit avec des mots. Au nom de quel principe idiot devrait-on se priver de cette chance ? Pour rester dans le flou et l’impossible à dire ? La seule question c’est : “Est-ce que je suis capable de le faire ?”

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Vous avez été condamnée par le passé pour atteinte à la vie privée. N’y a-t-il pas ce danger-là ?
Je ne veux pas revenir sur cette histoire. Il y a eu un procès. Un procès, ça ne se commente pas, ça réduit au silence. C’est fait pour ça. J’ai veillé avec attention à ce que les personnes ne soient pas reconnaissables. Le pouvoir que s’arroge la société, à travers l’institution judiciaire, ou que s’accordent certains de contrôler l’espace fictionnel me rend dingue. Un livre ne demande rien à personne ! Il ne cherche même pas à changer les situations. C’est la grande différence avec la parole militante. Le pouvoir de la littérature est un pouvoir purement imaginaire. Mais le pouvoir social estime quand même avoir des droits dessus. Laissez-moi décrire la vie telle qu’elle est.

« Un tournant de la vie », de Christine Angot, éd. Flammarion, 192 pages, 18 euros.

Retrouvez l’interview complète dans notre prochain numéro disponible en librairies à partir de ce jeudi 6 septembre.

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