Noël à livres ouverts : La première partie de la sélection Paris Match

Livres/Noël

En panne d'idées de cadeaux pour Noël ? Optez pour un livre. | © Jaredd Craig / Unsplash.

Littérature

Cette année encore vous vous demandez quoi offrir à vos proches pour l’échange rituel des cadeaux de Noël ? Optez pour un livre et laissez-vous inspirer par le premier volet de notre sélection littéraire hivernale.

Au rayon spiritualité : un magnifique livre-album sur la chrétienté d’Orient, un éloge de la célébration par Gabriel Ringlet ou encore le testament spirituel de Jean d’Ormesson. Et dans un tout autre registre : le roman hyper réaliste de Roberto Saviano sur les baby-gangs napolitains ; le polar implacable de Tim Willocks ; l’enquête décapante de Bob Woodward sur la présidence Trump. Voici la première partie de notre sélection de livres coups de cœur du dernier semestre.

Chrétiens d’Orient : déclaration d’amour et signal d’alarme

C’est d’abord un très bel objet graphique. Grâce à la qualité des images ramenées par les photoreporters qui signent l’iconographie de l’ouvrage, Johanna de Tessières et Olivier Papegnies. Grâce aussi à l’élégante mise en page du graphiste Marc Dausimont. Enfin, les éditions Mardaga ont apporté un soin particulier au papier et à l’impression de ce livre-album.

C’est ensuite une déclaration d’amour à la chrétienté d’Orient, qui emprunte à divers genres pour un résultat inhabituel mais néanmoins harmonieux, entre le carnet de route, le dictionnaire amoureux et la chronique, le tout sous la direction de Marie-Thibaut de Maisières et de Simon Najm. Tous deux ont accompagné le parcours de ce livre pour le compte du CSCO (Comité de soutien aux chrétiens d’Orient), une association née en 2014 en Belgique et qui s’efforce de sensibiliser l’opinion et les pouvoirs publics au sort des communautés chrétiennes orientales victimes du fanatisme.

Les magnifiques pages enluminées sont une invitation au voyage à travers la Syrie, l’Irak, l’Egypte, le Liban et Israël, à la rencontre de cet Orient chrétien riche de son histoire et de sa diversité, sur les traces de ceux qui ont initié les périples parfois scabreux à l’origine du livre : le député fédéral Georges Dallemagne, l’un des premiers à avoir dénoncé le calvaire des chrétiens orientaux, et les grands reporters de La Libre Belgique et de RTL TVI, Christophe Lamfalussy et Jean-Pierre Martin. Une quarantaine de coauteurs complètent ce large panorama du christianisme du Levant qu’ils connaissent bien à un titre ou à un autre, en proposant de multiples entrées classées par ordre alphabétique et déclinées sous la forme de témoignages, de fiches érudites ou encore de professions de foi.

En dernier lieu, Chrétiens d’Orient. Mon amour, c’est un signal d’alarme. Parce que la présence millénaire des chrétiens dans ce qui fut le berceau de la civilisation est gravement menacée par l’islamisme. Parce que leur patrimoine culturel ne doit pas disparaître avec eux. Parce qu’en se vidant de ses chrétiens, l’Orient serait plus encore la proie de l’intolérance.

En achetant ce livre, vous contribuez à faire en sorte que les descendants actuels des premiers chrétiens ne soient pas les derniers.

Chrétiens

Chrétiens d’Orient. Mon amour, éd. Mardaga, 271 pages, 34,90 €.

Baby-gangs

Nicolas Fiorillo, alias « Maharaja », a 14 ans. Il vit dans le quartier de Forcella, dans la Naples camorriste. Il dirige une bande d’adolescents, sa « paranza », rêve de conquérir la ville juché sur son scooter et les armes à la main. Ses héros sont Machiavel, qui lui a enseigné comment obtenir le pouvoir, et les parrains de la Camorra qu’il s’est mis en tête de détrôner. Fascinés par la violence et l’argent facile dans un monde qu’il partage entre les forts et les faibles, Nicolas et son baby-gang se lancent dans le trafic de drogues. Ne craignant ni leurs rivaux, ni la prison, ni la mort, le ciel est leur seule limite. Dans ce roman pétri de réalisme, Roberto Saviano dévoile le dernier avatar du crime napolitain. Terrifiant.

Piranhas
Piranhas, de Roberto Saviano, éd. Gallimard, 353 pages, 22 €.

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L’espion qui venait du sud

Automne 1936, dans l’Espagne en proie à la guerre civile. Lorenzo Falco, personnage sans états d’âme, ancien trafiquant d’armes devenu espion, est enrôlé par les services secrets franquistes pour mener à bien une mission suicidaire : faire évader de la prison d’Alicante le fondateur de la Phalange détenu par les républicains. Arturo Pérez-Reverte donne le meilleur de lui-même dans ce nouveau roman d’aventures et d’espionnage : véracité historique, maîtrise de l’intrigue, art du suspense.
Falco
Falco, d’Arturo Pérez-Reverte, éd. Seuil, 297 pages, 19,50 €.

Peur sur l’Amérique

Lorsque Bob Woodward, le tombeur de Nixon, prend la plume pour écrire sur Donald Trump, ça donne un livre coup de poing qui dépeint les coulisses de la Maison Blanche, occupée par « un putain de menteur » selon les mots d’un de ses ex-conseillers. Journaliste de légende à l’origine du scandale du Watergate, deux fois lauréat du prix Pulitzer, Woodward a couvert huit présidences et publié dix-huit livres qui sont autant de best-sellers. Cette fois encore, s’appuyant sur des sources exceptionnelles, il fait entrer le lecteur dans les secrets du Bureau ovale.
Peur
Peur. Trump à la Maison Blanche, de Bob Woodward, éd. du Seuil, 526 pages, 24,50 €.

La grâce des jours uniques

Toute l’intention du dernier ouvrage de Gabriel Ringlet, prêtre, théologien, vice-recteur émérite de l’UCL, mais surtout écrivain, est contenue dans la citation de Philippe Delerm qui figure en épigraphe : « Il faut dire les choses de tous les jours avec les mots du dimanche ».

De fait, dans la manière qu’il a de célébrer – qui est une manière d’être dans la mesure où il se déclare « fondamentalement célébrant » -, Gabriel Ringlet s’attache avant tout aux mots. Car pour lui, « célébrer, c’est raconter ». Sans faire la morale, enseigner une doctrine ou défendre des valeurs, précise-t-il. Mais raconter une histoire, faire mémoire, rendre présente une parole dont tout un chacun peut s’emparer. Qu’il soit croyant ou incroyant, car « nous avons autant besoin de rites que de pain », assure l’auteur.

L’expérience de cette parole partagée est au coeur de ce livre, dans lequel il revient sur diverses célébrations au cours desquelles il s’est efforcé de « réenchanter » les rituels pour leur redonner sens. Dans l’intime tout d’abord, autour d’un berceau ou d’un cercueil, dans une chambre d’hôpital. La liturgie qu’il propose dans ces circonstances emprunte des sentiers de traverse pour mieux rencontrer ceux qu’il appelle à célébrer avec lui, c’est-à-dire à entrer en résonance et même en connivence. Il a recours aux textes attendus, mais aussi à la musique, à la poésie, sans oublier d’y ajouter des gestes, des symboles, des parfums même, tout ce qui parle aux sens, car « célébrer doit être aussi une expérience sensorielle », dit-il.

Mais c’est surtout dans son Prieuré de Malèves-Sainte-Marie et à l’occasion de la Semaine sainte que Gabriel Ringlet pousse le plus loin sa démarche de réenchantement liturgique. Il raconte comment ses invités de toutes convictions, parmi lesquels des romanciers, des chanteurs, des cinéastes, entre autres artistes, font appel à l’imaginaire pour célèbrer à leur manière les jours saints et en faire des jours de grâce uniques.

Grâce

La Grâce des jours uniques. Eloge de la célébration, de Gabriel Ringlet, éd. Albin Michel, 241 pages, 18 €.

La justice selon Turner

« Tim Willocks, c’est Alexandre Dumas revu et corrigé par James Ellroy ! ». La formule est de François Busnel et elle est terriblement juste. Dans ce livre, même s’il délaisse le roman historique, Willocks signe un nouveau petit chef-d’oeuvre à l’image des précédents : magistral et implacable. On ne sort pas indemne de cette histoire violente qui met aux prises Margot Le Roux, la mère d’un riche héritier Afrikaner décidée à couvrir son fils après que ce dernier a provoqué la mort accidentelle d’une jeune noire, et Turner, un flic black inflexible de la criminelle déterminé à rendre justice. Un roman décapant qui dépeint l’Afrique du Sud gangrénée par les tensions raciales et la corruption. Apre et splendide.
Turner
La mort selon Turner, de Tim Willocks, éd. Sonatine, 378 pages, 22 €.

Un coin de ciel bleu

« Que fais-je donc là ? » « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » Ces deux interrogations fondamentales ont accompagné Jean d’Ormesson tout au long de sa vie en même temps qu’elles ont occupé une place centrale dans son œuvre. « Un hosanna sans fin » poursuit ces questionnements et achève sa trilogie métaphysique après Comme un chant d’espérance et Guide des égarés. Mais c’est surtout le livre-testament de l’académicien français, auquel il a mis un point final pratiquement la veille d’en mettre un autre, le dernier, à son existence terrestre. À lire, pour trouver « un coin de ciel bleu au terme d’une journée plutôt sombre ».
Hosanna
Un hosanna sans fin, de Jean d’Ormesson, éd. Héloïse d’Ormesson, 60 pages, 14 €.

La source S

Quel est le point commun entre le philosophe romain Sénèque, l’écrivain Oscar Wilde et l’empereur Napoléon Ier ? La Source S. Qu’est-ce qui relie Paris, Palerme, Dublin, Tel Aviv, Rome, Waterloo, Sainte-Hélène ? La Source S. Qu’est-ce qui pourrait bouleverser notre vision historique du monde ? La Source S. Ce sont là les prémisses du premier roman de Philippe Raxhon, historien reconnu de l’Université de Liège, qui s’offre une respiration entre deux productions académiques en signant un thriller solidement charpenté autour d’une intrigue dense mêlée à une histoire d’amour passionnée. Du Dan Brown, la rigueur scientifique en plus.
Source S
La source S, de Philippe Raxhon, éd. Librinova, 398 pages.

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