Tout ce que vous devez savoir sur James Baldwin

Tout ce que vous devez savoir sur James Baldwin

James Baldwin

Il était une figure culte de l'activisme noir. | © Allan Warren/Wikimedia commons

Littérature

L’adaptation de son roman « Si Beale Street pouvait parler » sort sur les écrans. Et prouve que l’œuvre de l’écrivain afro-américain, disparu il y a plus de trente ans, est toujours d’actualité.  

D’après un article de Paris Match France par Sophie Rosemont

Il était fils de pasteur… et a failli le devenir lui-même

James Baldwin (1924-1987) grandit dans la pauvreté à Harlem, sous la coupe brutale d’un père adoptif pasteur. À 10 ans, il est violemment agressé par deux policiers blancs. Il se réfugie dans la religion et s’essaie au prêche : « Je n’étais pas boxeur, je n’étais pas beau, je n’étais pas chanteur, je n’étais pas danseur, j’étais drôlement coincé. A 17 ans, il a fallu tenter de devenir écrivain ». Il quitte sa famille et fréquente la sphère arty de Greenwich Village, où il survit tant bien que mal.

Il a pris de l’avance sur les questions de genre

Baldwin a été le premier auteur afro-américain à écrire un classique littéraire gay grâce à « La chambre de Giovanni » (1956), qui raconte la passion d’un jeune Blanc a priori hétérosexuel pour un autre homme rencontré dans un bar homo de Paris… Le roman déstabilise le public, qui espérait un texte engagé pour la cause noire. Or, pour Baldwin, les discriminations raciales et sexuelles étaient, les unes comme les autres, aussi nourries par le puritanisme chrétien que par le mythe de la masculinité ! En cela, sa réflexion anticipe les études du courant critique queer.

Lire aussi > Les films les plus attendus de 2019

C’est une figure culte de l’activisme noir

L’intérêt de Baldwin pour les questions sociales et politiques remonte à son enfance, grâce aux lectures recommandées par son institutrice blanche. Dans le roman « La conversion » (1952) ou dans l’essai « La prochaine fois, le feu » (1963), il peint le quotidien des Afro-Américains persécutés. « Ce problème qu’ils ont inventé pour préserver leur pureté les a transformés en criminels », écrit-il à propos des suprémacistes blancs dans le livre inachevé « Remember This House », consacré à ses amis Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King.

C’est en France qu’il a pu devenir écrivain

En 1948, il part en France : « Les années que j’ai passées à Paris m’ont libéré de cette terreur sociale qui n’était pas le fruit de mon imagination ». Malgré des débuts précaires, il gagne en inspiration et enchaîne les manuscrits. En 1970, il s’installe à Saint-Paul-de-Vence, où il reçoit le gratin arty international (d’Yves Montand à Marguerite Yourcenar en passant par Nina Simone). Il rend l’âme en 1987, tout juste médaillé de la Légion d’honneur. Aujourd’hui, malgré des pétitions, la maison devrait se transformer en un hôtel de luxe…

Trente ans après sa mort, il est plus célébré que jamais

Si les plus grands rappeurs de la planète, de 2Pac à Jay-Z, se sont réclamés de lui, il a fallu attendre 2016 et le documentaire de Raoul Peck, « I Am Not Your Negro », pour qu’on découvre à nouveau Baldwin. L’oscarisé Barry Jenkins vient d’adapter la poignante histoire d’amours contrariées de « Si Beale Street pouvait parler » (1974). De quoi confirmer le retour hype d’un écrivain tombé dans l’oubli après son décès, mais dont le lyrisme et la quête de vérité résonnent toujours aussi justes.

CIM Internet