Paris Match Belgique

Kenji Fujimoto, le cuisinier de Kim Jong Il passe à table

Kenji Fujimoto

Kenji Fujimoto, l'ancien chef de Kim Jong Il. | © Collection Kenji Fujimoto / Yonhap News/NEWSCOM/SIPA

Littérature

De 1988 à 2001, ce chef japonais a préparé pour le maître de Pyongyang (le père du dirigeant actuel) les meilleurs plats de son pays. Une débauche de luxe, mais aussi de pressions sournoises qu’il raconte dans ses Mémoires. Kenji Fujimoto a fini par prendre la fuite. Paris Match vous livre des extraits de son ouvrage en exclusivité, et Juliette Morillot, l’historienne qui l’a préfacé, nous éclaire sur cette mystérieuse Corée du Nord.

D’après un article Paris Match France de Kahina Sekkai

Vols, trafics pour les pauvres et écoles pour les cadres du parti 

« Je ne connais aucun autre pays où le contraste entre les riches et les pauvres est aussi marqué qu’en Corée du Nord. Comment ce pays au régime socialiste avait- il pu creuser un écart aussi grand ? Dans un système capitaliste, si on veut gagner plus d’argent, il faut travailler. Mais ici, les gens avaient beau se tuer à la tâche, il était impensable d’augmenter leur salaire : on ne leur versait qu’une minuscule somme d’argent. Pour cette raison, certaines personnes n’avaient pas d’autre choix que de voler, cambrioler ou trouver des petites arnaques […]. D’autres faisaient du commerce au noir. C’était le plus souvent des femmes au foyer. Si elles se faisaient prendre, on les envoyait en centre de détention. La durée de la peine était proportionnelle à l’argent gagné au marché noir : six mois pour 3 000 wons, un an pour 6 000 wons. Si la somme atteignait plus de 60 000 wons, elles n’en ressortaient pas avant dix ans… »

[…]

Mon mariage 

« Les célébrations de l’anniversaire de Kim Jong Il se sont achevées, et le 26 février [1989], le jour de mon mariage avec Om Jong Nyo, est arrivé. Accompagné de Rim Sang Jong, je suis entré dans la salle de banquet numéro 8 où Kim Jong Il était attablé avec des membres du Comité central, Kim Yong Sun et de nombreux hauts fonctionnaires, comme le premier vice-président Jang Song Thaek. Om Jong Nyo et moi nous sommes installés et la cérémonie a commencé. Kim Yong Sun s’est approché pour nous féliciter et nos invités se sont présentés à nous les uns après les autres en disant « oneureun chukhahaeyo » (nous vous présentons toutes nos félicitations en ce jour spécial) et en nous versant chacun une petite dose d’alcool directement dans le gosier. Pour cette raison, je suis vite devenu complètement soûl. Sans m’en apercevoir, j’avais apparemment déjà débité une bouteille et demie de cognac Hennessy XO à moi seul. Lorsque j’ai recouvré mes esprits, j’étais allongé sur un lit. La douleur me barrait le front et j’ai demandé à Om Jong Nyo ce qui s’était passé. Selon elle, j’avais piétiné la traîne de sa tenue traditionnelle alors que nous dansions ensemble et j’avais fini par tomber lourdement, la tête la première. Ivre mort, je ne me souviens de rien. »

 

Retrouvez en exclusivité les extraits du livre Le cuisinier du dictateur dans le Paris Match Belgique de cette semaine.

kenji fujimoto
Le cuisinier du dictateur, par Kenji Fujimoto, éd. Hugo Doc. Parution le 11 avril. © Hugo Doc
CIM Internet