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Dans son dernier livre, Didier van Cauwelaert nous parle de la bienveillance innée

Didier van Cauwelaert a rédigé un récit où rencontres, biologie et technologie se mêlent. Comme dans ses romans. | © ©PHOTOPQR/NICE MATIN

Littérature

L’un des auteurs préférés des lecteurs revient, non pas avec un roman, mais avec un essai empreint de générosité et d’humour, prônant une valeur qui reprend du poil de la bête. Didier van Cauwelaert part en guerre contre l’agressivité crasse.

 

Il a eu un exemple de premier choix : un père adoré, drôle et pétillant, que l’écrivain, dès ses culottes courtes, a voulu éblouir. Enfant tourmenté, il s’est vite rendu compte que l’agressivité et la bêtise s’anéantissaient efficacement par leur juste opposé. Didier van Cauwelaert a donc adopté définitivement cette posture : choisissons la bienveillance puisqu’elle est en nous.

Démonstration avec ce récit où rencontres, biologie et technologie se mêlent. Comme dans ses romans.

Paris Match. Comment vous est venue l’idée de cet essai ?
Didier van Cauwelaert. C’est mon éditrice qui m’a proposé de réfléchir quant à la notion de bienveillance. Je me suis mis à prendre des notes, des souvenirs et des gens me sont revenus : Sartre, Jean Anouilh, Jean-Claude Brialy, Michel Legrand… Mais aussi des animaux et des végétaux. Tous mes centres d’intérêt ont convergé autour de ce thème central. En fait, la bienveillance est la clé avec laquelle j’ai ouvert le monde et celle qui m’a ouvert. Le titre m’est venu un matin en me réveillant, me frappant par sa véracité : « La bienveillance est une arme absolue ».

Pourquoi dites-vous que la bienveillance est plus qu’un choix moral ?
Notre monde s’est construit sur l’évolution, des animaux, des végétaux, des bactéries. La symbiose est la première des bienveillances mais nous l’avons oublié. J’aime à rappeler dans mes livres que tout est connecté. La bienveillance est innée, en nous. Bien sûr, je suis parti du chemin de ma vie, de mes rencontres, de ma reconstruction. Mais sans faire l’impasse sur nos liaisons multiples, végétales et animales. La bienveillance est une circulation d’énergie.

Quels sont vos souvenirs les plus forts ?
L’exemple de mon père bien sûr. Et Madeleine Rops, cette vieille dame revêche, voisine de mes parents en Savoie, veuve de l’académicien Daniel-Rops, qui m’a fait cet extraordinaire cadeau à l’adolescence en m’invitant à écrire dans le bureau de son époux. Un geste incroyable venant de cette fée Carabosse tellement dure mais qui avait été touchée par ma solitude et ma détresse. Elle m’a insufflé une force inébranlable. La bienveillance est aussi un partenariat.

Tout le monde peut-il se targuer d’avoir des anges gardiens et des rencontres extraordinaires tel que vous ?
Il faut pouvoir les provoquer. Si je n’avais pas eu le toupet d’écrire à Sartre, le suppliant de pouvoir monter sa pièce, il ne m’aurait jamais répondu. Une phrase, un geste peut tout déclencher. Si je n’avais pas envoyé mon premier livre à Jean Anouilh, nous n’aurions jamais établi ces rapports merveilleux. Et certains lecteurs me disent déjà combien ce livre leur rappelle aussi des étapes constructives, des gens qui se sont montrés bienveillants, autant de carburants pour mieux avancer.

Quel est votre dernier geste bienveillant ?
Il y a deux semaines, dans la forêt près de chez moi, j’ai vu un arbuste couché, je l’ai soulevé et je l’ai béquillé, un geste que je n’avais plus fait depuis un petit temps. De voir cet arbre redressé avec sa béquille, c’était magique, j’avais l’impression que la forêt était contente de moi.

Didier van Cauwelaert, La bienveillance est une arme absolue, Éditions de l’Observatoire

 

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