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« Voir le Chaam et mourir » : Récit d’une mère de deux garçons tués en Syrie

Le village de Qaminas en Syrie.

Le village de Qaminas en Syrie. | © AFP

Littérature

Les deux fils de Yasmeen Albaldah sont mort en Syrie après leur radicalisatioin qui n’a duré que quelques semaines.

 

Yasmeen Albaldah, la mère de deux jeunes garçons tués en Syrie, a présenté mardi après-midi, dans les locaux de la Délégation générale aux droits de l’enfant, son livre Voir le Chaam et Mourir, qui sort aux éditions Antidote.

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Ses deux fils sont partis en Syrie début 2013 alors qu’ils étaient âgés de 22 et 16 ans. Yasmeen Albaldah explique que la radicalisation n’a duré que 5 à 6 semaines. « C’était un matraquage sychologique avec 144 appels téléphoniques sur 10 jours. Pour chaque argument qu’on avançait, ils avaient 10 contre-arguments. Il y avait une logistique derrière tout ça », témoigne-t-elle. Elle déplore que son plus jeune enfant faisait l’objet d’une surveillance, mais que rien n’a été entrepris pour le mettre à l’abri du danger. « Avec ce livre, l’intention est de témoigner de la personnalité de mes deux fils, dire qui ils étaient et comment ils ont vécu jusqu’à leur départ tragique pour la Syrie », explique-t-elle.

« L’État belge ne fait rien pour favoriser leur retour »

« Quand on a senti la menace planer autour de notre aîné et qu’on a commencé à constater des changements dans son discours et ses idées, on a demandé de l’aide à la police fédérale. On nous a répondu que notre fils était majeur, qu’il n’avait pas de casier judiciaire et qu’il n’était pas interdit de partir en Syrie. Le phénomène était alors relativement nouveau, peu connu et mal géré, raison pour laquelle les autorités ne nous ont pas donné le répondant qu’on aurait pu raisonnablement attendre », raconte-t-elle. Sept ans plus tard, « des enfants en bas âge et des mamans se trouvent dans des camps de détention au nord de la Syrie et des hommes dans les prisons, mais encore une fois, l’État belge ne fait rien pour favoriser leur retour. (…) Pour les hommes, c’est à la justice de déterminer s’ils ont combattu ou non, s’ils ont été réguliers dans leur combat… C’est un parcours judiciaire qui doit être mené par l’État belge », avance-t-elle.

Quand on a senti la menace planer autour de notre aîné et qu’on a commencé à constater des changements dans son discours et ses idées, on a demandé de l’aide à la police fédérale.

Yasmeen Albaldah est représentée par l’avocat Alexis Deswaef, président d’honneur de la Ligue des droits humains. Elle a introduit une action en responsabilité civile contre l’État en lien avec le départ de son fils de 16 ans. L’affaire est en délibérée. Elle a été plaidée le 18 décembre et le jugement est attendu fin février. Elle est par ailleurs poursuivie par le parquet fédéral pour financement de terrorisme parce qu’elle a envoyé de l’argent à ses deux fils. Sa comparution dans cette affaire est attendue dans les prochains mois. Elle est enfin liée au dossier des retours car elle a trois petits-enfants toujours détenus dans des camps en Syrie.

Avec Belga

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