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Avec « Le monde n’existe pas », Fabrice Humbert remporte le Prix Filigranes 2020

Fabrice Humbert

L'auteur français Fabrice Humbert pose sur le tapis rouge dans le cadre du 46e festival du film américain de Deauville, dans le nord-ouest de la France, le 9 septembre 2020. | © Loic Venance / AFP.

Littérature

Ils étaient sept en lice… Chaque année, le Prix Filigranes récompense « un livre de qualité accessible à tous ».

 

Et le gagnant de la cinquième édition vient d’être annoncé ce soir dans la célèbre librairie du 39, avenue des Arts. C’est Fabrice Humbert qui gagne le premier prix, avec son nouveau roman Le monde n’existe pas. Et il remporte également la jolie somme de 15 000 euros.

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Fabrice Humbert, ce sont huit romans, portés le plus souvent par des interrogations profondes sur la société et son évolution. Parmi ses oeuvres notables, nous citerons Eden Utopie, Comment vivre en héros ? ou encore L’Origine de la violence, roman adapté au cinéma par le réalisateur Élie Chouraqui. Dans son dernier livre, l’auteur parisien revient cette fois avec un récit mêlant thriller policier et investigation journalistique.

Le pitch ? « Lorsque Adam Vollmann, journaliste au New Yorker, voit s’afficher un soir sur les écrans de Times Square le portrait d’un homme recherché de tous, il le reconnaît aussitôt : il s’agit d’Ethan Shaw. Le bel Ethan, qui vingt ans auparavant était la star du lycée et son seul ami, est accusé d’avoir violé et tué une jeune Mexicaine. Refusant de croire à sa culpabilité, Adam retourne à Drysden, où ils se sont connus, pour mener l’enquête. Mais à mesure qu’il se confronte au passé, toutes ses certitudes vacillent… »

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Dans un paysage étasunien propice à l’illusion, Fabrice Humbert emmène le lecteur vers un questionnement plus profond dans un roman dont l’intrigue se rapproche au fur et à mesure de l’essai philosophique. Où s’arrête le réel ? Où commence la fiction ? Le monde que j’observe est-il le vrai ou simplement une image créée par les médias et nos propres représentations ? Quel est le pouvoir des mots ? Comment rester soi-même et à qui se fier dans un monde fait d’apparences ? questionne l’écrivain. L’industrie des médias, le complotisme, l’omniprésence des réseaux sociaux, les fake news,… sont autant de sujets brûlants que tente d’aborder l’auteur au travers de la fiction. Rencontre.

Est-ce important la reconnaissance du jury des lecteurs Filigranes ? 

Fabrice Humbert : C’est important bien sûr, c’est même essentiel. Remporter la décision sur 40 lecteurs, c’est toujours très difficile et je sais que ça a été un long processus. C’est justement le genre de livre où il peut y avoir beaucoup de discussions sur l’intrigue et sur les manoeuvres du narrateur et de l’auteur. C’est une espèce d’objet dans lequel on se demande si on peut avoir confiance dans le narrateur et si, au fond, il n’est pas tout le temps en train de mentir. C’est clairement un livre qui peut faire l’objet de discussions et de débats et je suis donc très content que les jurés l’aient choisi.

J’aime l’illusion, je trouve qu’elle est nécessaire à la vie.

Pourquoi avoir choisi un journaliste comme héros ? Est-ce que les possibilités romanesques offertes sont particulièrement intéressantes ?

La figure du journaliste est fascinante pour un romancier, parce que c’est une figure qui a une longue histoire, tout comme le détective privé d’ailleurs. C’est celui qui essaie de trouver la vérité. C’est un travail journalistique que j’ai réalisé aux États-Unis qui m’a notamment inspiré, au Dakota du Nord, où je réalisais un reportage sur le gaz de schiste et où je me suis retrouvé dans la position désagréable du journaliste qui essaie d’obtenir l’information qu’il n’a pas et se sent menacé. Ce contexte a d’ailleurs beaucoup contribué à l’ambiance paranoïaque du roman. Beaucoup des images cauchemardesques de la ville où je me trouvais sont revenues, un mélange de chaleur, de violence, une sensation très forte d’oppression,…

Votre roman oscille vers l’essai philosophique…

Je m’exprime à travers un narrateur dont on se questionne sans cesse s’il dit la vérité ou s’il ment. Cela crée une réalité où l’on s’interroge sur la nature même de ce que l’on vit. C’est véritablement autour de cela que tourne le livre. Je suis très ambivalent par rapport à l’illusion. J’aime l’illusion, je trouve qu’elle est nécessaire à la vie. Mais d’autre part, je m’en méfie, car je me méfie de tout ce qui ressemble à une sorte de théâtre. Le journalisme est à la fois une recherche de vérité, mais qui peut pourtant donner lieu à un tourbillon où tout se mélange, le vrai comme le faux.

On compte de nombreuses influences cinématographiques et littéraires dans votre roman.

Oui, je fais appel à des références de livres et de films qui sont uniquement fondées sur l’illusion et le mensonge : « Récit d’un naufragé » de Gabriel Garcia Márquez, l’épisode de « La Guerre des Mondes » par Orson Welles, le film F for Fake

« Où s’arrête le réel ? Où commence la fiction ? » Avez-vous répondu à la question ?

Chacun l’expérimente à sa façon. Nous sommes des sociétés où ces deux antagonismes s’imbriquent, et nous sommes des êtres où les deux se mélangent. Il n’y a pas que les mythomanes qui ont leur part de fiction. Tout le monde est un peu fictionnel finalement.

Est-ce que vous êtes déjà sur un nouveau livre ?

Je suis actuellement dur l’écriture d’un court essai politique qui pose la question : « En quoi consiste la parole politique ? » donc à nouveau une réflexion sur la fiction et sur le mensonge, qui conduisent à influencer l’opinion publique.

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