Paris Match Belgique

Lecomte est bon, Michel s’en est allé de la RTBF

Michel Lecomte remettant au hockeyeur John-John Dohmen, capitaine des Red Lions, le Schtroumpf « I Like Belgium », symbole des l’excellence belge créé par Paris Match. | © DR

Littérature

L’année nouvelle se fera sans Michel Lecomte à la RTBF. Le journaliste et patron des sports tourne la page et invite à faire de même avec un livre-testament. Sans tirer la couverture à lui. Il laisse des souvenirs à la pelle, mais aussi une équipe dynamique.


Il ne faut jamais se fier aux apparences et en tirer des conclusions hâtives : notre premier contact avec Michel résulte d’une faute. Une faute d’orthographe : il nous avait contacté pour insister sur le fait que son nom s’écrivait « Lecomte comme un comte ». Mais il ne l’était pas : ses titres de noblesse à lui, il les avait acquis par ses reportages, non par héritage. Qu’il s’agisse de sujets de fond, de portraits finement ciselés, de belles histoires nées dans l’ombre des dieux du stade, des JO, du foot, du motocross et tutti quanti, sans compter une foule de présentations d’émissions.

L’homme a bien charpenté sa carrière. Sa popularité rappelle d’autres noms générateurs de moments souriants à la RTBF : Roger Laboureur, André Remy, Franck Baudoncq. Sans oublier Marc Jeuniau en capitaine d’équipe. C’était l’époque où la guerre des chaînes et des droits de retransmission n’avait pas encore atteint des sommets, où l’audience ne tombait pas comme un couperet. Deux éléments avec lesquels Michel Lecomte a dû compter plus tard en tant que patron.

Il y a quelques semaines, il a raconté sa destinée dans un ouvrage paru aux éditions Kennes (*). « Quarante années de hauts et de bas, de plantages et d’exploits en tous genres », décrit-il. « Pas un bilan ni une biographie complète, mais plutôt une succession d’arrêts sur image, un retour sur quelques événements marquants, un certain regard sur des personnalités d’hier et d’aujourd’hui, une réflexion sur des pratiques et des valeurs chaque jour éprouvées. »

Du drame du Heysel aux coulisses de « La Tribune », en passant par « Mexigoal », l’« affaire Festina », les Diables rouges, Michel Preud’homme, Eric Tabarly, Eddy Merckx ou Justine Henin, autant de portraits et d’anecdotes. Le résultat de nombreux entretiens qu’il a eus avec Stéphane Hoebeke, juriste à la RTBF, avec qui il a souvent eu l’occasion de discuter contrats et litiges.

A propos de litiges, il évoque même Stéphane Pauwels, le « mauvais garçon » récemment condamné par la justice qu’il avait lancé dans « La Tribune » avant de s’en séparer. Michel, qui a toujours détesté les frictions, n’avait pas vu venir le clash en direct. A qui la faute, cette fois ? Quelques semaines plus tôt, après une émission où nous nous étions frités, Stéphane et moi, j’avais retrouvé le « bad boy » les larmes aux yeux sur le parking de la RTBF parce qu’il ne se sentait pas accepté. « Pourquoi Michel ne me protège-t-il pas de ses journalistes ? » m’avait-il demandé. « Dois-je donc partir à RTL ? » On sait ce qu’il en advint.

Officiers et gentleman

A propos de Justine Henin, Michel Lecomte avait réussi avec elle un très beau moment de télévision en février 2011. Conversation libre au coin du feu, « Justine, la vie devant soi » avait livré une autre image de la championne. On aurait pu l’oublier volontairement, car Paris Match y était attaqué pour une couverture qui fit très mal à Justine. Mais le concept était excellent et il y avait un créneau à creuser. Malgré notre insistance, Michel Lecomte ne persévérera pas. Peut-être l’un de ses fidèles lieutenants aura-t-il plus d’audace ? Les talentueux Vincent Langendries, Rodrigo Beenkens, Gaëtan Vigneron ou Benjamin Deceuninck ont l’art de faire vibrer le public par leurs émotions de commentateurs.

Tous comme ceux de la nouvelle génération, les Jérémy Baise et autres, ils ont désormais un capitaine d’équipe venant de la presse : Benoît Delhauteur, ex-directeur des sports à La DH, que nous connaissons bien puisqu’il faisait partie du groupe IPM qui édite Paris Match. Un excellent journaliste, un chef moderne, très digital, qui n’oublie rien de surcroît en relations humaines : en partant pour la RTBF, il n’a pas hésité à remercier Philippe Lacourt, ex-patron des sports de La DH, de l’avoir jadis engagé et lancé. Plutôt gentleman.

Concernant Paris Match et La DH-Les Sports, Michel Lecomte crut au concept du « But de l’année » que nous avions ficelé sur le modèle du « Sportschau » allemand. Il était comme ça, « le boss » : pas facile à convaincre, mais prêt à y aller quand les portes étaient ouvertes. C’est ainsi que, pendant plusieurs années, les stars du ballon rond se sont retrouvées à Reyers pour faire la fête aux lauréats, avec des images mythiques à la clé, comme lorsque le légendaire et regretté Robby Rensenbrink se déplaça des Pays-Bas grâce au journaliste Yves Taildeman.

Michel Lecomte, lui aussi, a touché au but : faire de sa passion un métier. Il tire sa révérence après quarante années à la RTBF (il était entré en 1980 au centre de Namur), dix-sept ans à la tête des sports et quinze années de « Tribune », l’émission qu’il avait lancée et dont il a confié les rênes à Benjamin Deceuninck et ses chroniqueurs. Lecomte est bon.

« Mes arrêts sur image (quarante ans de journalisme sportif) », éd. Kennes, 175 p., 19,90 €.

 

 

CIM Internet