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Amélie Nothomb, écrivaine « mystique » et prolifique, remporte le prix Renaudot

Amélie Nothomb, écrivaine "mystique" et prolifique, remporte le prix Renaudot

Amélie Nothomb. | © Aurore Marechal / Abacapress

Littérature

Retour sur la carrière de cette écrivaine belge si populaire.

 

L’écrivaine Amélie Nothomb a remporté mercredi le prix Renaudot pour son dernier romain Premier sang. Issue d’une famille de l’aristocratie belge bien connue, la romancière Amélie Nothomb est née, fictivement, le 13 août 1967 à Kobé au Japon, ou selon les archives notariales belges, le 9 juillet 1966 à Etterbeek.

Fabienne Claire Nothomb de son vrai nom est la fille de Patrick Nothomb, diplomate belge. Elle est également la petite-nièce du ministre d’État Charles-Ferdinand Nothomb. Rapidement après sa naissance, son père diplomate part représenter la Belgique au Japon, à Osaka. Amélie Nothomb passe la majeure partie de son enfance et son adolescence en Asie, de la Chine au Bangladesh en passant par le Laos et la Birmanie. La culture nippone la marque profondément, inspirant notamment un de ses plus grands succès : Stupeur et tremblements. Elle qualifie ses premières années « d’enfance heureuse » avant une adolescence plus rude, marquée par une agression sexuelle et des années d’anorexie.

Amélie Nothomb, écrivaine "mystique" et prolifique, remporte le prix Renaudot
Charles-Ferdinand Nothomb. © BELGA PHOTO / ERIC LALMAND

À l’âge de 17 ans, elle revient à Bruxelles pour terminer ses études secondaires et suivre une formation universitaire en philologie romane à l’ULB, vivement inspirée par ses lectures de Nietzsche, dont elle dit qu’il lui a sauvé la vie. C’est aussi à cet âge qu’elle commence à écrire, pour ne plus jamais s’arrêter.

Un roman par an

Car Amélie Nothomb compte parmi les auteurs et autrices les plus prolifiques que la langue française ait connus. Depuis son premier roman sorti en 1992, alors qu’elle avait 25 ans, Hygiène de l’assassin, l’écrivaine en a publié un par an, pour la rentrée littéraire. Elle dit en avoir écrit plus du double, des dizaines de manuscrits n’ayant pas été publiés, la femme de lettres les jugeant « trop intimes ».

Elle s’astreint à une discipline de fer pour s’adonner à son art, qu’elle exerce « à la main, sur des cahiers d’école et sans rature ». « Je me lève tous les jours à 4 heures du matin, depuis 1989. Même le lendemain d’une cuite, même quand je suis malade, même quand j’ai de graves problèmes », raconte-t-elle à l’Express. « L’état d’esprit que l’on attrape à cette heure-là de la journée, c’est-à-dire quand on se réveille trop tôt, est absolument unique. » Elle écrit de 4 à 8 heures du matin, souvent aidée d’un demi-litre de thé « beaucoup trop fort et parfaitement dégueulasse ». Sa routine quotidienne l’amène aussi dans le bureau qu’elle occupe chez son éditeur de toujours, Albin Michel, où elle met un point d’honneur à répondre aux multitudes lettres qu’elle reçoit de ses lecteurs. Vivant sans téléphone portable et sans ordinateur, ces correspondances épistolaires lui procurent le sentiment « d’être connectée autrement ». Le rituel porte ses fruits puisque chaque roman est attendu à la fin de l’été et connait un succès de foule, bien que la qualité ne soit pas toujours jugée égale.

Une reconnaissance du public et des professionnels

La reconnaissance de la critique est immédiate, son premier roman Hygiène de l’assassin (1992) remporte les prix René-Fallet et Alain-Fournier. Le Sabotage amoureux (1993) est, lui, salué des prix littéraires de la Vocation et Jacques-Chardonne. Les catilinaires (1995) obtient le Prix du Jury Jean-Giono. Mais la véritable consécration arrive à la fin des années 90 avec Stupeur et tremblements, un roman largement autobiographique inspiré de son expérience d’interprète au Japon. Il se voit couronné du Grand Prix du roman de l’Académie française en 1999 et figure dans la présélection pour le Goncourt, tout comme Ni d’Eve ni d’Adam (2007) qui reçoit le prix de Flore avant que sa carrière entière soit mise à l’honneur par le Grand Prix Jean-Giono l’année suivante.

Cette année-là, elle est également faite Commandeur de l’ordre de la Couronne, avant de se voir remettre à titre personnel, contrairement aux hommes de sa famille, le titre de baronne en 2015. Un titre qui la « fait colossalement rire ». Année qui la voit aussi, enfin, devenir membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Elle est choisie « à une grande majorité » pour « l’importance de l’oeuvre, son originalité et sa cohérence, son rayonnement international », selon les mots du secrétaire de l’académie, Jacques De Decker. L’académie l’avait déjà distinguée en 1998 pour son roman Mercure, qui a la particularité d’avoir deux fins.

Son vingt-huitième roman, Soif, dont elle dit qu’il est « le livre de sa vie » est publié à la rentrée littéraire 2019. L’ouvrage, dans lequel elle se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion, séduit immédiatement foule et critique. Tiré à 180 000 exemplaires, il se hisse en tête des ventes de livres. En 2020, elle sort Les aérostats, puis Premier sang en 2021, les mémoires fictives de son père décédé l’année précédente. Il remporte le prix Renaudot avec six voix.

Avec Belga

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