Paris Match Belgique

Le chanteur Raphaël sort son second recueil de nouvelles : « chaque histoire fonctionne comme une petite tragédie »

Chez l'écrivain comme le musicien, le beau réside dans la simplicité... | © Arno Lam

Littérature

Avec son dernier album « Haute Fidélité » sorti il y a quelques mois et son recueil de nouvelles Une éclipse, l’artiste démontre, une fois encore, la fulgurance de son écriture. Avec des histoires dont la musique résonne entre douleur et douceur.


Premier recueil, Retourner à la mer, en 2017 et d’emblée le Goncourt de la nouvelle. Le chanteur- auteur-compositeur Raphaël laissait alors place à l’écrivain Raphaël Haroche. Pourtant, son écriture participe de la même cohérence : la recherche de l’épure et nous toucher au cœur en racontant, par bribes, l’amour et ses déclinaisons.

Paris Match. Peut-on considérer vos nouvelles comme des bouts de vie et vos chansons comme étant plus intimistes ?
Raphaël. Il est vrai que, dans les nouvelles, l’intimité, de par le nombre de personnages, s’y trouve plus diluée. Dans les chansons, on parle souvent à la première personne, dans une expression à la fois plus simple et directe. Le lien qui unit les deux réside, peut-être, en une certaine musicalité. S’il vaut mieux avoir le sens de la rythmique en tant qu’auteur-compositeur, sinon autant passer à autre chose, il est tout aussi essentiel en littérature, il faut que les phrases sonnent, dégagent une évidence poétique ou des jaillissements inattendus. Et dans les deux cas, le public n’a pas le droit de s’ennuyer. De toute façon, j’aime les choses épurées et l’art minimal.

Vous évoquez ce qui nous lie et nous éloigne mais la séparation et la solitude sont-ils deux thèmes plus abordés dans vos nouvelles ?
Les nouvelles nécessitent une dramaturgie. Mon fils de 13 ans a dû en lire certaines de Maupassant pour l’école, il a trouvé ça vachement beau mais pesant. Je comprends qu’on puisse mettre en avant le côté très sombre de mes deux livres mais chaque histoire fonctionne comme une petite tragédie. J’aime aussi flirter avec le fantastique, l’effroi, le mystère… Comme dans la vie. Je suis assez cartésien et capable de croire aux fantômes, l’un n’empêche pas l’autre, on cohabite avec les rêves et la réalité. L’amour évoque l’élan vers l’autre tout comme le constat implacable d’une forme de solitude inéluctable. Mais la musique a, sur moi, un effet très réparateur et j’ai une sorte de rythme intérieur qui me pousse à composer très régulièrement, comme un besoin de me connecter avec ce que j’aime faire le plus au monde. Je me mets au piano, à la guitare, dans un coin chez moi, j’écris, je dessine et retrouve cette activité qui est mienne depuis 25 ans. Mes retrouvailles avec la musique, après un temps d’arrêt pour la scène ou vivre d’autres choses, se révèlent toujours merveilleuses.

Êtes-vous un angoissé ?
Qui ne l’est pas ? Et je le suis très certainement mais j’essaye surtout de me marrer. Les gens pensent parfois, de par mes chansons ou mes écrits, qu’on ne rigole pas avec moi alors que je suis le premier à dire des conneries. L’humour est ce que je préfère chez les autres, une qualité essentielle, j’ai du mal avec une personne qui n’a pas le sens de l’humour. Mes gosses sont les plus drôles de la terre. Le rire sauve la vie, on en saisit l’absurdité. D’ailleurs, je suis très sensible à l’absurde, on s’en rend compte avec mes nouvelles. De toute façon, 90% de notre existence peut nous paraître absurde, ce qui pourrait nous conduire à la dépression la plus profonde. Alors mieux vaut en rire, même jaune, même noir.

Les mots ont toujours été très importants dans votre famille de lettrés.
La manière dont on s’exprime, l’emploi du mot juste, la précision me semblent en effet fondamentaux et j’essaye de les transmettre à mes enfants. J’aime les écouter, observer les mots qu’ils emploient. La beauté comme la violence passent par le langage. Je vois l’écriture comme la recherche d’une musique qui me plaît. Je vise toujours la simplicité. Regardez un artiste comme Neil Young, ses compositions sont tellement belles.

« Je vois l’écriture comme la recherche d’une musique qui me plaît »

Seriez-vous un faux solitaire, dans la recherche constante de nouvelles rencontres artistiques ?
J’ai signé mon premier disque en 1999. Même si la musique reste une impulsion naturelle, le chemin parcouru me rappelle des dizaines de chansons écrites, dont 30 ou 40 que j’adore et qui m’accompagnent comme des amis précieux. Je fonctionne par contradiction vis-à-vis du travail précédent. Cet album « Haute Fidélité » est très électronique, plus rock, chargé d’énergie, peut-être plus complexe aussi, je l’aime beaucoup. C’est aussi un album de partage, que ce soit avec Arthur Teboul de Feu ! Chatterton devenu un ami très proche, Clara Luciani que je connais depuis longtemps, Pomme que j’apprécie beaucoup… J’ai toujours vécu cette beauté du partage, avec Jean-Louis Aubert, Bashung, Christophe. J’ai été tellement chanceux d’apprendre à leurs côtés.

©Arno Lam

On vous sent plus serein sur scène. Étiez-vous écrasé par votre succès fulgurant à vos débuts ?
J’ai eu peur, c’est vrai, je me suis laissé parfois dépasser. Jouer dans une salle comme Forest National c’est énorme pour un artiste qui, comme moi, n’affectionne pas vraiment les concerts participatifs où on demande au public de taper dans les mains. Mais aujourd’hui, j’ai compris combien j’aime cet échange avec le public et j’assume d’être l’élément central de la scène, je n’ai plus besoin de me cacher. Ma peur a changé de visage, je dois me montrer plus audacieux et créatif. D’où ce spectacle qui sera présenté au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris en mars 2022 puis en tournée. Et nous passerons évidemment par Bruxelles.

Vous retrouvez votre compagne Mélanie Thierry dans le clip « Le train du soir », extrait de votre album, 16 ans après Caravane. Elle vous impressionne ?
C’est surtout une grande joie de la regarder, c’est une actrice magnifique. Je suis impressionné de la voir dans ses films mais si je devais l’être au quotidien, je tremblerais en permanence !

Vous portez une très belle bague bleue. A-t-elle une signification particulière ?
C’est Mélanie qui me l’a offerte. Elle représente un petit ours polaire, un camée romain, j’y suis en effet très attaché.

Album : Raphaël, Haute Fidélité, Sony Music
Livre : Raphaël Haroche, Une éclipse, Gallimard

CIM Internet