Paris Match Belgique

Encore le plein d’idées BD & livres pour ce début 2022 !

Pour démarrer l'année en belle découverte littéraire ! | © DR

Littérature

Une sélection et une proposition de notre journaliste Frédéric Loore à dévorer en ce début d’année !

 

Enfant de salaud

©DR

Sorj Chalandon raconte le premier de ses traîtres : son père… On ne sort pas indemne de ce récit à la fois très intime et universel

« C’est un enfant de salaud, et il faut qu’il le sache ! ». C’est comme ça que Sorj Chalandon l’a appris. De la bouche même du père de son père qui lui avait dit que pendant la guerre, son paternel était « du mauvais côté ». C’était en 1962, il avait 10 ans. Durant des décennies, l’écrivain-journaliste a été hanté par cet obscur aveu. Jusqu’au jour où il a pu se procurer le dossier judiciaire de son père, en 2020, six ans après son décès. Il y a découvert les multiples rôles endossés par ce dernier : SS de pacotille, patriote d’occasion, résistant de composition. Les documents officiels lui ont raconté la drôle de guerre de son papa, tantôt dans le camp des nazis, tantôt dans celui des combattants de la liberté.

Mais un tourbillon de mots, de faits, de dates a continué de brouiller les pistes et d’étourdir Sorj Chalandon comme avaient été étourdis tous ceux qui ont interrogé et suspecté son père, les Américains, les partisans, les policiers et les juges qui l’ont finalement condamné. Au sortir de ce labyrinthe, le fils a fini par comprendre pourquoi il était un enfant de salaud : « Pas à cause de tes guerres en désordre papa, de tes bottes allemandes », écrit-il. « Non. Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans trace, sans repère, sans lumière, sans la moindre vérité ».

Groggy à la suite de ces révélations, Sorj Chalandon aurait tant aimé y confronter son père, pour le faire enfin accoucher d’une vérité au terme de sa vie de mensonges. Dans l’impossibilité d’y parvenir, il a eu recours à la fiction pour orchestrer cet affrontement. Toute la force du livre tient dans le fait de l’avoir transposé en 1987, au coeur du procès du « boucher de Lyon », Klaus Barbie, le sinistre chef de la Gestapo, responsable de l’arrestation de Jean Moulin et de la déportation des enfants d’Izieu. A l’époque, Chalandon avait couvert les audiences pour « Libération » et obtenu le prix Albert Londres.

Au travers de ce récit intimiste, dans lequel l’auteur regarde la vérité en face, les témoignages bouleversants des survivants répondent au mutisme de Barbie et aux impostures du père. La petite et la grande histoire s’entrecroisent et donnent au roman une portée universelle. On n’en sort pas indemne.

« Enfant de salaud », de Sorj Chalandon, éd. Grasset, 330 pages, 20,90 €.

Bernie Gunther en BD

©DR

Riche idée des Editions Les Arènes cette adaptation en bande dessinée de « La Trilogie berlinoise », chef-d’oeuvre du regretté Philip Kerr. Avec ce premier tome, on retrouve, sous la ligne claire de François Warzala, Bernie Gunther, ancien flic renconverti en enquêteur privé. Dans le Berlin de 1936, où les nazis font disparaître des rues les traces de leur propagande antisémite en vue des prochains jeux olympiques, un riche industriel confie au détective l’enquête sur l’assassinat de sa fille et de son gendre, un SS très en vue. Le scénario, revisité par Pierre Boisserie, met le rusé, subversif et toujours aussi délicieusement frondeur Bernie aux prises avec Göring, la gestapo et la pègre. Une réussite.

« La trilogie berlinoise. L’été de cristal », de Kerr, Boisserie, Warzala, éd. Les Arènes BD, 134 pages, 20 €.

Lire aussi > Sous le sapin : Six idées de livres décalés à offrir à Noël

Domaine sanglant

©DR

Roy tient la station service d’un bourg norvégien. Après des années d’exil canadien, son frère Carl revient au pays, auréolé d’une réputation de businessman à succès et flanqué de sa charmante épouse. Le cadet a le projet de bâtir un hôtel spa de luxe sur le domaine familial dont Roy et lui ont hérité suite au décès accidentel de leurs parents des années auparavant. Mais le retour de Carl fait remonter du passé de douloureux secrets de famille en même temps que des cadavres que les frangins croyaient à jamais enfouis. Jo Nesbo signe un thriller magistral, troublant, constamment sur le fil du rasoir. Stephen King en personne a confié « n’avoir pu le lâcher ».

« Leur domaine », de Jo Nesbo, éd. Gallimard, 636 pages, 22,00 €.

Lire aussi >BD & beau livre : trois musts à offrir en étrennes

Fortis, retour sur un gâchis

©DR

Nicolas Keszei, journaliste à L’Echo, a couvert l’affaire Fortis depuis ses prémices et jusqu’à son épilogue judiciaire, en septembre 2020, lorsque le parquet de Bruxelles a fait le choix de renoncer aux poursuites. Les dizaines de milliers d’actionnaires qui s’estimaient floués par le démantèlement du bancassureur en 2008 en sont pour leurs frais. Comment en est-on arrivé là après une commission d’enquête parlementaire, douze années de procédures judiciaires, quatre ans d’instruction pénale et l’inculpation des principaux dirigeants de l’ex-fleuron belge ? Au travers d’une enquête fouillée, l’auteur retrace l’histoire d’un immense gâchis.

« Fortis, le procès volé. », de Nicolas Keszei, éd. Kennes, 272 pages, 19,90 €.

CIM Internet