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L’auteur américain James McBride s’enflamme pour James Brown dans une biographie sans compromis

Son roman L’oiseau du Bon Dieu a remporté en 2013 le National Book Award, le plus prestigieux prix littéraire américain. | © Manuel Lagos Cid

Littérature

Dans Mets le feu et tire-toi, l’écrivain se lance sur la piste du parrain de la soul. Une enquête passionnante.

Le rêve s’est transformé en cauchemar. Quand les héritiers de James Brown ont demandé à James McBride d’écrire une autobiographie de la star noire, le romancier, journaliste et musicien a signé les yeux fermés, sans savoir qu’il s’engageait alors dans une sacrée galère. Car l’auteur n’est pas adepte de ­l’hagiographie à base de sujet-verbe-compliment. Et il se rend vite compte qu’il est tombé dans un traquenard, la faute notamment aux – très nombreux – ­fistons.

« Ils n’étaient pas dignes de confiance et n’avaient rien à me raconter, si ce n’est des propos creux, ­persifle-t-il. Tout ce qui les intéressait, c’était le fric. Mais j’ai continué car ma ­responsabilité était avant tout envers la vérité et envers M. James Brown. Et puis le sujet était plus grand que lui car, par bien des aspects, sa vie est un miroir de ce qu’est devenu notre monde : il a beau avoir suscité tant d’espoirs, connu tant de succès, son héritage s’est dilapidé dans une suite interminable de procès. Malgré ses dernières volontés, sa fortune n’a pas profité aux pauvres ! »

McBride s’est ainsi lancé durant ­plusieurs années sur la piste de ceux qui ont vraiment connu James Brown, interrogeant les incroyables musiciens de ses débuts, ses femmes, ses potes d’enfance, explorant ­toujours plus le mystère d’une personnalité qui sans cesse se dérobait.

©EPA/MARTIAL TREZZINI – James Brown en 2002.

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« Brown était tant de personnes différentes à la fois, remarque-t-il. Il compartimentait les gens dans des petites cases bien définies : les amis blancs, les amis noirs, les potes friqués, les copains sans le sou… C’était les amitiés d’un homme seul, qui ne ­faisait confiance à personne ». Le livre ne cèle rien des caprices de la star, de son caractère despotique, de son obsession folle pour l’argent. Au point que la « Cash Machine » enterrait ses dollars par ­milliers dans des jardins – ses musiciens se souviennent encore de l’odeur terreuse des billets qu’il lâchait avec parcimonie – et planquait parfois la recette de ses shows endiablés dans les faux plafonds de ses chambres d’hôtel, avant de les récupérer en douce un ou deux ans après Tout pour échapper au fisc, qui finira pourtant par le rattraper et presque le ruiner.

McBride reste admiratif de James Brown, même si saxophoniste et compositeur, il n’aurait pour rien au monde intégré son orchestre. « De toute façon, même Grover Washington Jr., un grand saxophoniste de jazz et de blues pour lequel j’ai composé, m’a confié qu’il avait été recalé car il n’était pas assez funky pour lui ! Pour jouer avec Brown, il fallait avoir un certain son, et la plupart de ceux qui ont contribué à le forger étaient des hommes du Sud. Ils ne venaient pas de Philadelphie ou de Chicago mais de Memphis, de Nashville ou de Mobile, en Alabama. Des types qui avaient grandi en écoutant Hank Williams, de la country et du blues, qu’ils avaient intégré au plus profond de leur âme ».

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Là réside, selon l’auteur, la clé de l’énigme : James Brown était resté profondément marqué par la terre où il avait grandi, cette Caroline du Sud où le racisme était plus voyant, moins hypocrite que dans le Nord, et où les solidarités étaient plus vives aussi. Un homme tiraillé qui, à force de porter un masque, s’était perdu et ne savait plus qui il était. « Brown avait fait semblant toute sa vie d’être un homme sophistiqué, s’amuse McBride, mais il ne donnait pas le change : c’était un homme de la campagne ». Et de conclure dans un grand rire : « Finalement, il avait plus de points communs avec un paysan blanc de Géorgie qu’avec un Noir du New Jersey ! »

Mets le feu et tire-toi, de James McBride, éd. Gallmeister, 318 pages.

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