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Soixante printemps en hiver : La bande dessinée qui donne une furieuse envie de liberté

Soixante printemps en hiver : La bande dessinée qui donne une furieuse envie de liberté

Josy sur le toit de son van Volkswagen. | © Dupuis

Littérature

Pas besoin d’avoir soixante ans pour répondre à l’appel de la liberté ! Cette ode à l’émancipation convainc par son ton juste et par la poésie de ses dessins.

 

Le jour de ses soixante ans, Josy quitte tout. Mari, enfants, vie tranquille : cette vie sans saveur n’est plus pour elle. Cette jeune sexagénaire prend les clés de son vieux van Volkswagen et part explorer sa nouvelle vie. Si ce grand changement apporte son lot de joie et de jolies rencontres, Josy doit également faire face au cruel regard des autres. Pour ses enfants, elle est l’égoïste qui abandonne son mari sans essayer de comprendre le mal-être de leur mère. Josy trouve finalement du soutien dans le « Club des Vilaines Libérées », auprès d’autres femmes qui ont aussi quitté leur mari. Elle y rencontre Christine avec qui elle vivra une aventure passionnée. Mais cette liberté retrouvée et ce bonheur arriveront-ils à faire face à la pression exercée par la société ?

Soixante printemps en hiver : La bande dessinée qui donne une furieuse envie de liberté
© Dupuis

Autour d’un convivial repas, Aimée De Jongh (dessinatrice) et Ingrid Chabbert (scénariste) nous racontent leur rencontre il y a quatre ans à l’occasion de la fête de la BD. Ingrid était « fan de son travail » et propose à Aimée de travailler avec elle sur cette bande dessinée. « J’ai trouvé le scénario super dès le début », confie la dessinatrice néerlandaise. « Dès sa première apparition, j’ai beaucoup aimé le personnage de Josy. » Le travail entre les deux femmes se fait très rapidement et de manière très fluide. « Il y avait beaucoup de liberté dans le scénario, ce qui permet d’apporter quelques modifications et son âme », rajoute Aimée De Jongh.

La réaction ne serait pas du tout la même si c’était l’homme qui partait.

Cette bande dessinée fait un bien fou à lire ! Car au-delà de l’histoire et du personnage de Josy, ce changement de vie (très courageux) à soixante ans montre les travers d’une société que l’on pense à tort progressiste. La femme est encore trop souvent réduite à son rôle de mère ou d’épouse, et on oublie trop souvent de la considérer comme une personne à part entière avec ses envies et ses besoins. « On voit dans la réaction de ses enfants qu’ils jugent beaucoup leur mère et infantilisent leur père. Si elle part, qui va s’occuper de leur père ? Comme si Josy n’était là que pour faire à manger et entretenir la maison », développe Ingrid Chabbert. « Ils font beaucoup culpabiliser Josy sur son rôle de grand-mère également… mais ce n’est pas une nounou ! La réaction ne serait pas du tout la même si c’était l’homme qui partait, c’est certain. »

Ce roman graphique arrive à mélanger avec subtilité le combat pour l’émancipation des femmes avec la poésie et la douceur des dessins. On vit à travers Josy toutes ses émotions : ses doutes et ses peines, comme ses joies et ses éclats de rire. Cette bande dessinée rappelle aux lectrices qu’il est important de s’écouter (peu importe son âge), et qu’à soixante ans, « on n’est plus une veille mémé comme on pouvait l’être à l’époque de nos grands-parents » lâche dans un rire Ingrid Chabbert. « C’est sûr que c’est plus compliqué de partir à 60 ans, souvent à cause de problèmes économiques comme la pension qui est souvent au nom du mari. C’est plus simple de rester que de tout recommencer. Mais on peut y arriver et à n’importe quel âge », insiste la scénariste remplie d’espoir.

Soixante printemps en hiver : La bande dessinée qui donne une furieuse envie de liberté
© Dupuis

Soixante printemps en hiver, Ingrid Chabbert et Aimée de Jongh, (Editions Dupuis, mais 2022, 120 pages)

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