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Délinquance précoce, gendarmes du web, tueur en série, étudiantes disparues… Notre sélection de thrillers

Nancy Tucker, auteur d'un prodigieux roman, "Le dernier jour du printemps". ©Edward Grant

Littérature

Ils parlent de délinquance précoce, des exubérances nauséabondes du web, de quatrième âge malmené, d’un tueur en série rusé, d’une Américaine qui disparaît dans les Caraïbes, d’une rencontre du troisième type… Notre sélection d’été compte notamment quelques thrillers anglo-saxons, coups de coeur de ces derniers mois.

Mauvaise graine

Dans ce premier roman intuitif et sophistiqué, Nancy Tucker esquisse le portrait, de l’intérieur, d’une femme qui fut, dès l’enfance, animée de pulsions meurtrières.

C’était le premier jour du printemps. Chrissie, 8 ans, étrangle à mains nues un garçonnet de 2 ans, dans une maison abandonnée de la banlieue pauvre où elle vit. Elle le fait doucement, sans une ombre de remords ensuite. Description asphyxiante de la scène. Elle se délectera de ce pouvoir qu’elle détient. Celui d’un secret bien gardé tandis que l’enquête s’égare. A sa décharge, cette idée de gosse : la mort n’est qu’un passage, un sommeil qui ne dure pas. On en revient, mais quand ? s’interroge-t-elle. Étouffement social, broyage d’une âme. Méfiance progressive de la communauté. Aliénation d’une gamine sans la moindre balise. Chrissie est une poupée désarticulée. Déformée par un destin d’emblée compliqué. Son père est un royal absent. Elle l’aime, le vénère. Le paternel, lors de ses rares visites, lui donne quelques sous. Le reste il l’écoule en pintes de bière. Sa mère l’ignore, l’affame, la maudit, tente de la faire adopter et puis la reprend épisodiquement. Lui offre des friandises empoisonnées, tente de s’en débarrasser et puis se résout à la retrouver brièvement, occasionnellement, dans une maison où on crève la dalle.

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C’est l’histoire d’une enfance maltraitée, malmenée et une plongée dans les méandres du cerveau et de l’âme, le récit d’une délinquance en puissance. Le ver est dans le fruit. Chrissie est fascinée par les enfants gâtés qu’elle peut croiser. Tente elle-même de se faire adopter par une belle dame qui lui préférera une gosse parfaite comme une figurine de cire. Chrissie ronge son frein. Se tait quant à l’infanticide déjà commis. Elle rumine cette agonie dans laquelle l’ambiance de son propre foyer l’a plongée. Cette fin de de vie programmée.
La gamine sera mise au frais quelques années dans un centre fermé. A sa sortie, elle obtient une autre identité et tente de se refaire une forme de virginité. Elle est alors mère d’une fillette de 5 ans. Elle va s’attacher à démontrer qu’elle peut élever son enfant. Chercher la rédemption à la force du poignet. Lutter contre le destin noir tout tracé.

Nancy Tucker, psychologue clinicienne, formée à Oxford, travaille dans un service psychiatrique. Le premier roman de la Britannique offre une plongée dans les tripes d’une éternelle enfant blessée. Dans l’opacité crasse qui baigne une âme traumatisée. Prédétermination, conditionnement social, et, peut-être, des bribes de génétique. La mauvaise graine est plantée. Accroché jusqu’au bout du récit, on se demande si son personnage a l’ombre d’une chance de mûrir en beauté. Un texte direct et sophistiqué, à la crudité secrète.

« Le premier jour du printemps » de Nancy Tucker, éd. Les Escales. 352 p., 22 €.

 

Roman/Christina McDowell
Washington intime

Christina McDowell, fille d’un escroc de Wall Street, offre une plongée au cœur du pouvoir américain, où « classisme » et racisme dominent les cages dorées.

Christina McDowell est née en 1985 à Washington au sein de l’une des « communautés les plus privilégiées au onde, dans l’épicentre même du pouvoir, parmi les familles des politiciens,de militaires de haut rang, des agents de la CIA, des géants des médias, des avocats, des mondains et des philanthropes. » Elle connaît ce monde comme sa poche. Son père était un financier devenu escroc, un avocat associé du « loup de Wall street ».
Cet espace clos, hyper-protégé, où la jeunesse dorée se permet tous les excès dans les limites des propriétés huppées, elle le décrit comme personne. «  Dans mon enfance, Washington était une ville majoritairement noire. Pourtant je n’ai que rarement fréquenté des personnes qui n’étaient pas blanches et je n’ai pas été encouragée à le faire. »

Christina McDowell, auteur de L’Usine à privilèges. Elle y décrit par le menu Washington et ses milieux protégés qu’elle connaît comme sa poche. Fille d’un avocat du « Loup de Wall Street », emprisonné pour escroquerie, cette Américaine qui fait dans le détail infime et utile, maîtrise son sujet. © Tony Powell

Un jour dans une de ces demeures écrasantes, une famille d’industriels est décimée. Un jeune noir est accusé des faits. Une collégienne enquête. Derrière les façades blanches, le sang coule-t-il pour protéger le intérêts obscurs d’un business nauséabond ? Bien au-delà de l’intrigue, c’est un univers étourdissant que nous décrit McDowell. Où l’enfance peut être explosée pour répondre aux intérêts familiaux majeurs. Une sorte de monde blanc invisible à l’œil du non-initié qui met, par contraste, en lumière aussi quelques ténèbres underground.
Dans ce tableau haché menu, exploré au microscope, c’est une nature vivante et en déliquescence que décrit l’auteur.

Si parfois le souffle du roman se perd, elle excelle dans la dissection de toutes les débauches, les excès de ces élites bouffées par les privilèges. Elle entend notamment « briser les cycles, conscients ou non, du classisme (discrimination de classe) et du racisme ». Elle crache dans cette soupe qu’elle maîtrise avec le talent que lui a donné la rage d’une immersion imposée. Après son livre autobiographique dans lequel elle évoquait la déchéance paternelle, elle jette un nouveau pavé dans la mare opaque d’une Amérique sur son quant-à-soi.

« L’usine à privilèges», de Christina McDowell. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valentine Leys. Éd. Liana Levi, 410 p., 23 €.

 

Roman/Hanna Bervoets
Les égoûts de la Toile

Son titre déjà est éloquent. Dans « Les choses que nous avons vues », Hanna Bervoets, figure célèbre de la littérature néerlandaise, ex-signature du journal De Volkskrant, fait une incursion au sein du dark web. Ou plutôt de ces «éboueurs » d’internet. Ceux qui censurent les éléments douteux sur les réseaux sociaux, les fameux « modérateurs » de contenu. Ils œuvrent pour un géant technologique, via une plateforme de sous-traitance. Ils sont placés au quotidien face à des vidéos abjectes où la violence gratuite côtoie la provocation la plus inconcevable. Jets de corps du haut d’un immeuble, morts filmées en temps réel, yeux crevé en direct, cadavres d’animaux rigidifiés servant de fouets, menaces racistes… : dans le lot classique des tréfonds de l’humanité 2.0, rien n’est épargné à ce jeunes qui, à force de côtoyer la noirceur humaine, voient rouge, dérapent parfois, sombrent à leur tour.

Hanna Bervoets, propose dans « Les choses que nous avons vues », un portrait bien roulé du quotidien noir et sang des « éboueurs du web ». Un rythme inégal mais une plongée détaillée et enlevée dans une sphère où le cynisme ronge toute pulsion humaine. ©Klaas Hendrik Slump

Les règles de la modération sont complexes et ces équipes de choc doivent les maîtriser sur le bout des doigts, sous une pression d’enfer. La narratrice s’adresse, non sans ironie, à un avocat qui lui propose une « class action » contre son employeur pour se plaindre des conditions de travail et de leurs dérives. Elle tord le cou aux idées reçues. Car souvent, l’humanité s’écrase sous le broyeur de la Grande Toile.
Elle évoque aussi son coup de foudre pour une collègue qui semble glisser du côté obscur de la force. Au-delà des descriptions et d’une deuxième moitié de livre en perte de vitesse, c’est le caractère introspectif de l’aventure et le ton, mordant, insolite, personnel d’Hanna Bervoets qui tiennent le lecteur.

« Les choses que nous avons vues », (Wat wij zagen) d’Hanna Bervoets, traduit du néerlandais par Noëlle Michel, éd. Le Bruit du monde, 160 p., 16 €.

 

Roman/Michel Houellebecq

Etourdir

Il s’appelle « Anéantir ». C’est, qu’on le veuille ou non, un des musts de ces derniers mois, voire davantage. En librairie depuis janvier mais on le recommande aussi en lecture d’été, pour les distraits.

Car c’est le huitième Houellebecq, et ça se célèbre. Quand on est mordu, on le dévore quoi qu’il arrive. La brique est là, tentante. Une cover dure. Un ruban rouge pour marquer les (plus de 700) pages. Pas vraiment utile car Houellebecq se lit d’une traite souvent. La brique s’appelle Anéantir. On a titré ce papier « Étourdir » car c’est finalement ce que l’auteur réussit systématiquement. Il désarçonne l’adversaire, même le partenaire, l’ami lecteur qui ne lui veut que du bien. Flammarion, en envoyant le pavé, a prévenu aussi : « Aucune exclusivité (en caractères gras) d’aucune sorte n’est ou ne sera accordée à qui que ce soir. Michel Houellebecq ne donnera pas d’entretien, ni à la presse écrite ni à la presse audiovisuelle (en gras aussi). » Ce n’est pas nouveau mais on ne s’en lasse pas. Une bouffée d’air frais : cette impression aérienne que ces mots ont été rédigés par le maître lui-même.
Bon, nous nous égarons. Anéantir donc. On l’a lu d’une traite, dans une béatitude appliquée. Ce n’est pas notre Houellebecq de prédilection, non. Mais son style premier degré, ou vingtième, c’est selon, nous fait toujours mourir de rire. Même si ce n’est pas le but, ce côté pseudo ras des pâquerettes de l’auteur peut être enchanteur. « Après avoir lancé la blanquette de veau, elle se concentra sur le dessert, ce serait un gros morceau, le fraisier n’est pas un gâteau facile, ça faisait des années qu’elle n’en avait pas fait mais elle se sentait bien, à l’aise, sûre d’elle. » Aucune ironie ici, sans doute. Mais une délectation.

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Sinon, ce roman, c’est un peu de tout. Houellebecq écrit comme il respire, juxtapose les notes, les associe dans une fantaisie liée peut-être à l’humeur du jour. Et dans un aplatissement revendiqué, poussé à l’extrême. Des mots qui se répètent de façon taquine. Comme un petit refrain concret et agaçant. Ludique et oxygénant. Monomaniaque et irritant.
Un faux suspense, de la politique en haut lieu, des « cabinettards », de l’espionnage, une droite radicale banalisée en toile de fond, des signes cabalistiques, un genre de futur proche, des scènes de flottement, des porte-conteneurs démolis (voire anéantis), des vidéos terroristes, de l’amour, une culbute malheureuse, un type d’extrême droite plutôt passe-partout, quelques vagues chevaliers blancs, une histoire d’amour vrai. Un père. Sa compagne qui l’aime. Sa fragilité. Son passé. Des silences épais. De la cuisine. Un soupçon de sexe vite fait. Du pas permis aussi. Une femme qui s’appelle Prudence, comme dans la chanson du White Album des Beatles (excellemment reprise en son temps par Siouxsie and the Banshees, mais nous nous éloignons encore). Un homme qui s’appelle Paul Raison. Une maladie, putain de vie. Des dernières fois. Des vieillards qui errent, abandonnés, dans des couloirs. Et beaucoup d’autres choses.

D’aucuns ont évoqué un « thriller politico-ésotérique ». Oui, mais non. Ç’aurait été bien (ce sont ces scènes futiristico-fantastico-environnementalo-menaçantes qu’on préfère), mais c’est différent. Houellebecq nous embarque où il veut et, si on aime sa musique, on suit docilement. Qu’importe le récit. Ce dernier né, même s’il comporte dix trames en une, embarque joyeusement son lot d’aficionados endurcis. Souvent, ils en redemandent.

« Anéantir », de Michel Houellebecq, éd. Flammarion, 735 p ., 26 €.

 

All inclusive

Sur une île des Caraïbes, une jeune Américaine disparaît. Sa sœur tentera de refaire l’enquête, sous l’éclairage des préjugés de classe derrière le tourisme de masse.

C’est une perle des Caraïbes, un confetti chic investi par des touristes américains de bon ton. Toute l’Ivy League (les étudiants issus des grandes universités) est là ou presque. Le titre original de ce roman haletant est, comme souvent, plus éloquent que sa traduction française : « Saint-X ».  Ça claque. C’est cette idée d’anonymat et de lieu aseptisé. Une île parmi d’autres. Avec sa verdure, son sable blanc, ses cascades. Décor de carton-pâte pour familles repues. Et derrière, en coulisses, des vies. Complexes bien entendu.
Il est question dans ce roman inclassable, entre thriller psychologique et récit initiatique, d’adolescence, de conflit de classes, de racisme profond. De vies qui se délitent à la suite d’un fait divers obscur. Du mal qui se transmet dans les âmes. Le poison de la suspicion, des a priori. De sororité, de liens du sang. Du deuil au coeur d’une fratrie. De sexualité aussi.
En fil conducteur, une quête personnelle, secrète, profonde, qui jette des ponts entre les corps et les rompt aussi sec. Joint les classe sociales dans un combat charnel, avant de les scinder plus cruellement que jamais. En accentue les irrémédiables différences. Les injonctions de la masse mouvante, d’une horde humaine farcie de préjugés.

Alexis Schaitkin, auteur de l’étonnant thriller « Un si joli nulle part » (« Saint X » en anglais) ©Nancy Borowick

Alison, étudiante, séduisante en diable – disparaît à la fin d’un séjour au paradis. La famille – classe moyenne supérieure, parents pétris d’idéaux – vivent les premières heures dans une tension indicible évidemment. L’enfer est là, déjà. Le corps de la jeune fille sera retrouvé sur un ilôt proche de Saint-X, auréolée du mystère des légendes locales, figures errant autour des chutes d’eau.
Avant cela Alison – fine mouche, provocatrice, bravache, arrogance et panache d’une poupée venue des grandes universités – a croisé au bar de l’hôtel club un étudiant blondinet bien sous tous rapports. Mais elle a surtout savouré la compagnie des deux plagistes, Clive et Edwin, petites mains locales qui ont pour habitude de partager des joints avec des touristes séduisantes. Ils ont passé du temps avec Alison le soir de sa disparition. Ils sont immédiatement soupçonnés.
Claire, la sœur d’Alison, sept ans au moment des faits, raconte cette perte indicible de l’intérieur. Elle vit la séquence dans sa chair et s’interroge sur la personnalité et le vécu de cette sœur aînée dont l’aura estompait tout.
Quelques années plus tard, les parents, minés, sont exilés en Californie, la tête dans le sable, les photos jaunies, une vie de robots. Claire quant à elle a trouvé un emploi chez un éditeur new-yorkais. Un jour, dans un taxi elle reconnaît un nom. Le chauffeur s’appelle Clive Richardson. Le visage colle. C’est ce Clive qui a été soupçonné du meurtre de sa sœur, emprisonné, relâché plus tard. Il a dû quitter l’île, a trouvé du travail à New York.
Obsédée par ce personnage, elle va le filer, le traquer, le rencontrer sans dévoiler son identité. Elle va tenter de refaire l’enquête, à la découverte de cette sœur qui la fascinait et qu’elle n’a pu connaître vraiment. Elle va affronter les angles morts, les non-dits familiaux, ses propres hantises et celles qui obscurcissent la société américaine.
Alexis Schaitkin pose, en parallèle au récit intimiste, le portrait d’une société raciste et de ces îles anonymes pour le touriste, dont la main d’œuvre est tapie dans l’ombre, broyée par les éclats rutilants des brochures all inclusive.
Entre deuil, fait divers, exposition médiatique et vie intérieure dans les cités obscures, le texte se déploie sur un ton inédit, désarçonnant, souvent palpitant. Cet étrange objet de désir va être adapté en série pour une plateforme de streaming.

« Un si joli nulle part », d’Alexis Schaitkin, éd. Les Escales 464 p., 22 €.

 

Enquête/Maureen Callahan

Serial killer, la méthode et les hommes

2012. Dans un fast-food en bord de route à Anchorage, Alaska, Samantha Koenig, serveuse avenante, disparaît. Une haute silhouette est aperçue sur les images des caméras de surveillance. Après des vérifications méthodiques, la police identifie Israel Keyes, ouvrier du bâtiment. Un homme en apparence paisible, comme la plupart des tueurs en série. Mais l’homme a la particularité de voguer d’État en État, de brouiller les pistes comme un chef. Il enterre aussi au fil de ses pérégrinations des armes et munitions conçues de ses propres mains, avec soin. Le titre du livre en anglais évoque « la chasse du serial killer le plus méticuleux du XXIe siècle ».

Maureen Callahan, journaliste entre autres au New York Post livre par le menu, dans un texte addictif, les interrogatoires d’un des tueurs en série « les plus méticuleux ». © Dorothy Hong

Dans ce récit hyperréaliste, pointilleux, Maureen Callahan, journaliste au New York Post, retrace l’enquête de police complexe qui retrace les tranches de vie d’un tueur en série parmi les plus redoutés. Élevé en famille dans des sectes successives, l’homme a développé au fil des ans une personnalité marginale et des talents d’ingénierie imparables.
Le texte est concret, sans l’ombre d’un effet de manche. Il plonge le lecteur dans les méandres et la scénographie des entretiens, à peine romancés, menés par de grands flics et un procureur un rien déplacé. C’est réaliste, direct et addictif pour qui a la passion des enquêtes criminelles de haut vol. De la « non-fiction » qui se dévore comme un roman vrai.

« American Predator », de Maureen Callahan, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Corinne Daniellot, éd. Sonatine, 368 p., 21 €.

 

Thriller/Iain Reid
Rencontre du troisième type

C’est presque un huis-clos. Un homme, une femme, un intrus. Un envahisseur. Le couple vit dans une ferme isolée. Un homme en col blanc, représentant d’une société appelée OuterMore, débarque un soir, annoncé par les phares de son véhicule. Il apprend solennellement à l’époux que ce dernier été retenu pour une mission pointue : un trip expérimental dans une station spatiale. Un honneur imposé. Avec un effet secondaire non négligeable : durant le périple qui pourrait durer quelques années, un homme-robot, sorte de clone élaboré, quelque part entre S-F et vraie vie, viendra le remplacer au sein du foyer.

Dans un huis-clos simplissime en apparence, Iain Reid nous téléporte dans un futur proche oppressant. Un thriller intimiste aux confins du conte philosophique. © Rob Whelan

L’intrus va donc minutieusement noter au fil de ses visites les habitudes, tics et tocs du mari. Connaît-on un jour sa moitié ? Peut-on se baser sur les acquis supposés ? Sait-on au fond qui on est ? Dans ce texte au style direct, épuré, situé dans un futur proche, Iain Reid, le Canadien, auteur de Je sens grandir ma peur (2016) livre un récit atmosphérique qui nous propulse aux frontières du conte philosophique.

« Le remplaçant », de Iain Reid, éd. Presses de la Cité, 288 p., 18 €.

 

Roman /Joe Browning Wroe
Embaumer

Un roman tout en finesse sur les options de la vie, la friabilité des choses, la mort les trahisons et le pardon.

Octobre 1966. William Lavery, 19 ans, vient de recevoir son diplôme. Il se prépare à devenir embaumeur pour l’entreprise familiale. Pompes funèbres de père en fils. Soudain, lors de la cérémonie, une annonce pétrifie l’assemblée : un glissement de terrain dans la petite ville minière d’Aberfan a enseveli une école. William se lance sur les lieux où s’activent ses pairs. L’événement sera fondateur.

« Une terrible délicatesse » de Jo Browning Wroe (parution le 25 août prochain), est qualifié d’événement littéraire de l’année au Royaume-Uni. © Ruby Wroe

L’auteur, Joe Browning Roe, a elle-même grandi dans un crématorium à Birmingham. Son roman, événement littéraire de 2022 au Royaume-Uni, séduit par un style ciselé, des dialogues fins, une introspection ample et nourrie sur les choses de la mort et de la vie.

« Une terrible délicatesse », de Jo Browning Wroe, traduction Carine Chichereau, éd. Les Escales, 400 p., 22€. Parution le 25/08/22.

 

Roman/Theo Clare (Mo Hayder)

Atmosphérique et posthume

« Ils sont treize, originaires des quatre coins du globe, et bien qu’issus de milieux différents, ils forment une famille : les Sensitive. » Une tribu « empathique, tolérante ». Ensemble, ils vont parcourir un désert gigantesque, « le Cirque », qui les retient. Ils cherchent un exutoire, visent la survie. Il y sera question, dans un autre volet, de concepteur de logiciel, de souvenirs, de révélations, entre réalité et fiction…

Theo Clare, alias Mo Hayder. © Arnaud Février

C’est un thriller ambitieux que livre ici, à titre posthume, la talentueuse Mo Hayder décédée il y a moins d’un an (dix livres et plus d’1 million d’exemplaires vendus rien qu’en France). Ce dernier roman, à paraître en deux volets, sous son vrai nom, Theo Clare, flirte avec la S-F, se joue de l’espace-temps.

« Le Livre du désert », de Theo Clare/Mo Hayder, éd. Presses de la Cité, 560 p., 23€.

 

Sélection livres publiée en partie dans Paris Match Belgique, édition du 22/07/22

 

 

 

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