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Dans sa bulle : André Malraux imbibé et en roue libre à bord du France !

Quelques idées BD pour passer ce week-end pluvieux en s'évadant de son canapé! | © DR

Littérature

Cette semaine nous vous présentons 4 bandes dessinées dont le dernier Jeremiah, une nouvelle série futuriste Outlaws, une nouveau type de fantasy avec Alamänder… Et en tête de pont, l’histoire incroyable du voyage en bateau d’un ministre d’Etat français et de la Joconde sous l’ère du Général de Gaulle !

Par Elodie Metral et Laurent Depré

Depuis cet été, Parismatch.be vous invite chaque semaine à vous plonger dans l’univers de la bande dessinée en vous proposant toute une série d’aventures pour adultes, pour jeunes et ados ! L’offre en 2022 est abondante et de qualité : c’est un secteur qui a, période de crise oblige, connu un boom durant la Covid-19. Voici nos coups de coeur cette semaine !

Le Ministre et la Joconde : Malraux facétieux et presque touchant…

Le pitch : André Malraux, ministre d’Etat chargé à la Culture, convainc le président De Gaulle d’exposer La Joconde à New York en signe d’amitié franco-américaine. Nous sommes en 1962. Le projet est risqué car il faut escorter le trésor du Louvre pendant la traversée à bord du France, nouveau fleuron des chantiers navals français. Une équipe de sécurité accompagne le Ministre, mais celui-ci, en pleine crise paranoïaque due à sa consommation excessive de stupéfiants, rend l’affaire délicate…

Notre avis : Bienvenue à bord, mille sabords ! On serait tenté de débuter la chronique par ce clin d’oeil à l’univers de Tintin. En effet, les dessins ne sont pas sans rappeler une certaine ligne claire chère à Hergé. Ce qui est certain, car cela se ressent et le lecteur en profite, les deux scénaristes Franck Bourgeron et Hervé Bourhis se sont bien amusés en imagineant un Malraux grandiloquent. Totalement absorbé par sa grandeur et à travers lui celle de la France qu’il en est souvent pathétique dans un récit bien ficelé. Souvent imbibé et en proie au delirium tremens, il y a beaucoup de burlesque également dans cette histoire vraie évidemment dynamitée par l’imagination des auteurs. On rit et on croise des figures du 20e siècle comme la chanteuse Barbara ou encore Jacqueline Kennedy et bien entendu le Général… La BD ne tombe jamais dans la caricature ou l’excès qui en aurait fait une farce. Belle réussite !

© Casterman

Jeremiah – Rancune, tome 39 : Dark et réussi comme d’habitude

Le pitch :  Alors que Kurdy se trouve coincé dans une prison crasseuse, Jeremiah est enlevé par les hommes de main du mystérieux clan de « Madame ». Kurdy, aussi violent qu’inventif, va vite se sortir de ce mauvais pas, emmenant avec lui son compagnon de cellule, un second couteau qui va se révéler plein de surprises. Ensemble, ils vont tenter de libérer Jeremiah…

Notre avis: Cela fait 45 ans que le Liegeois Hermann nous propose les aventures de Jeremiah et de son inséparable copain, aussi sec qu’un coup de trique, Kurdy. Ce 39e tome démontre s’il le fallait que le vétéran, précisions qu’Hermann va gentiment sur ses 85 ans, n’a rien perdu de sa maîtrise. N’ayons pas peur des mots, c’est l’un des derniers monstres sacrés de la BD belge. Une nouvelle fois, il nous projette dans ce monde post-apocalyptique dans lequel deux potes essayent de s’en sortir en ne faisant pas trop le mal. Mais évidemment si on les y contraint… Cela risque de saigner et le liquide ne sera pas le leur. Les ficelles sont souvent connues mais l’histoire parvient à nous prendre et on ne lâche plus la BD. Les hommes se déplacent comme des vers de terre, vivent dans des taudis et ne voient en l’autre que le reflet de leur propre mort. C’est « dark » à souhait avec ces couleurs qui placent de fait les protagonistes dans un monde obscur. Seuls, parfois, les uniformes de flics corrompus et violents sont un peu colorés. Et encore, ils semblent délavés… Comme leur morale…

© Dupuis

Outlaws – Le cartel des cimes, tome 1 : Embarquement immédiat pour un futur inquiétant

Le pitch : Année 2779. Un vaisseau dépose sur une planète lointaine des clandestins forcés de travailler six mois pour le cartel des Cimes, la mafia qui a organisé leur passage. Parmi ces hors-la-loi, une jeune terrienne se retrouve confrontée au racisme anti-humain, race méprisée pour être la dernière à avoir intégré la Confédération. Mystérieuse et persévérante, elle va se trouver au cœur d’une incroyable lutte de pouvoir d’où le cartel des Cimes pourrait ne pas sortir gagnant. Mais elle, peut-être…

Notre avis : C’est un début de série très efficace pour Outlaws. Dès la première planche, on se fait happer dans cet univers futuriste de science-fiction. Les fans de Star Wars retrouveront des éléments chers à leur saga : des créatures extraterrestres, des passagers clandestins, des cartels sans foi ni loi… mais aussi des rebelles prêts à changer le système corrompu. Cette nouvelle série est un spin-off du space-opéra Orbital, suivant ici la sœur de Caleb : Kristina. Avec Sylvain Runberg au scénario et Éric Chabbert au dessin, ce premier tome se lit d’une traite et nous donne terriblement envie de lire la suite.

© Dupuis

Alamänder – Mystère à la Tour de l’Horloge, tome 1 : Du roman fantasy à la bande dessinée

Le pitch : Jonas Alamänder, mage et détective, vient de perdre sa maison, confisquée par un royaume voisin. Accompagné de son facétieux compagnon Retzel, un démon de 2ème ordre, il part pour la capitale de Kung-Bohr afin d’y plaider sa cause. Ce sont finalement intrigues de cour et ennemis redoutables qui se dresseront devant les deux compagnons d’infortune. Montrant autant de talent dans l’art de la magie que d’incrédulité face aux mystères qui s’opposent à lui, Jonas Alamänder devra déployer tout son talent pour tâcher de déjouer la terrible machination qui se prépare…

Notre avis : Les amateurs de la saga Le Cycle d’Alamänder apprécieront de retrouver Jonas Alamänder et tout cet univers fantasy prendre vie en dessin. Pour les autres, il faut ardemment s’accrocher. Les mots sont inutilement compliqués dès la première page et il y a bien trop d’informations pour un seul tome. En 64 pages, on découvre un tout nouvel univers, avec des noms de royaumes (heureusement qu’une carte est présente en début et fin), des nouveaux personnages… et en plus de tout ça, on suit deux histoires en parallèle. Il y a aussi beaucoup de textes ce qui allourdi notre évolution à travers les pages. À titre personnel, je préfère quand on a certaines cases sans bulles pour pouvoir s’immerger dans l’univers en admirant le dessin sans avoir à lire. Le rythme est plutôt lent au début, et l’intrigue de l’enquête commence réellement au milieu de la bande dessinée. Malgré ces bémols, on découvre des personnages attachants qui nous donnent envie de suivre leurs aventures en ayant fini ce premier tome. Il aurait seulement fallu un peu plus de légerté pour cette entrée en matière pour ne pas surplomber le lecteur de trop d’informations.

© Kamiti
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