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Dans sa bulle : Corto Maltese nous plonge dans la sombre Allemagne des années 20

Dans sa bulle : Corto Maltese nous plonge dans la sombre Allemagne des années 20

Corto Maltese revient pour un seizième tome très réussi. | © Casterman

Littérature

Cette semaine nous vous présentons cinq bandes dessinées ! La fin d’un grand conte épique racontant les aventures d’Islen et de Arzhur dans la seconde partie de Ténébreuse. On vous parlera aussi d’un héros de bd des années 1960 tout droit venu d’Italie et faussement ressuscité par Trondheim. Il y aura également l’escapade berlinoise de Corto Maltese, et la découverture d’un collectif qui s’est essayé à un mode de vie plus solidaire à la campagne.

 

Par Elodie Métral et Laurent Depré

Depuis cet été, Parismatch.be vous invite chaque semaine à vous plonger dans l’univers de la bande dessinée en vous proposant toute une série d’aventures pour adultes, pour jeunes et ados ! L’offre en 2022 est abondante et de qualité : c’est un secteur qui a, période de crise oblige, connu un boom durant la Covid-19. Voici nos coups de coeur cette semaine !

Ténébreuse (Livre second) – Le combat final de la princesse possédée

Le pitch : Islen, la douce princesse aux noirs pouvoirs, et Arzhur, le chevalier au passé torturé, s’enfuient afin de laisser s’épanouir leur amour naissant et semer leur passé familial toxique. Mais peut-on échapper à son hérédité ? Islen, usant des terribles pouvoirs de sa mère, a déchaîné ses animaux contre son Roi de père. Échappée du château de ce dernier en compagnie d’Arzhur le chevalier déchu, elle apprend à mieux connaître cet homme qui, comme elle, cherche à échapper au poids de son hérédité…

Notre avis : Rarement la prestigieuse collection Air Libre de Dupuis déçoit. Et c’est une fois de plus le cas avec cette sortie fort attendue en cette rentrée. Pour la conclusion de cette saga fantasy qui parle d’hérédité, de poids familial, de féminisme, les personnages et les auteurs nous convient à un voyage à travers espace et temps. Car il ya de la modernité dans ce récit de Hubert et Vincent Mallié. C’est une ballade au Moyen-Âge avec des esprits maléfiques au milieu de batailles d’épées et de pieux. L’histoire est somme toute classique, un beau et fort chevalier tente de sauver au péril de sa vie une belle princesse, mais cela fonctionne et le final est assez grandiose. C’est aussi un hommage au travail du regretté Hubert malheureusement décédé en 2020 à l’âge de 49 ans à peine…

Fin de la saga Ténébreuse aux éditions Dupuis
©Air Libre

Superino – Le super héros à la sauce napolitaine !

Le pitch : Superino est le super-héros vedette de New Napoli. Il n’a pas de super-pouvoirs mais des gadgets rigolos et redoutablement efficaces quand ils ne sont pas défaillants. Des fusées sont incluses dans ses grosses bottes, elles lui permettent de voler tandis que ses énormes gants contiennent mille et un ustensiles pour le combat, ils peuvent même être propulsés vers ses ennemis pour les assommer ! Héros drôle et maladroit, Superino n’a cependant pas froid aux yeux et affiche une bonhommie naturelle doublée d’un sens de la justice très poussé.

Notre avis : On a bien failli bien croire à l’histoire de ce ‘fumetto’ (Nldr: terme utilisée pour la BD en Italie) sorti des années1960 et revisité en 2022 par Dupuis… Mais très vite, on s’est rendu compte de la supercherie ! Trondheim et ses acolytes Nicolas Kéramidas et Brigitte Findakly, déjà actifs sur de nouvelles aventures de Donald et Mickey, s’étaient bien foutu de notre pomme. Ils ont été jusqu’à mettre des prétendues anciennes planches en fin de livre. Déjà l’absence de la moindre référence dans l’excellent Larousse de la BD (2004) de Patrick Gaumer nous avait fait douter… C’est donc à une ode « comique » et quelque peu moqueuse de l’univers des super héros, avec Batman et la ville de Gotham en toile de fond, que nous invite le trio. C’est drôle et dans l’esprit des auteurs qu’on connaît. Les planches sont truffées de fausse pub Superino et de « gadgets » hyper vintage. Superino est gauche et empoté lorsqu’il veut sauver les gentils des méchants. Bref, on s’amuse beaucoup en parcourant la BD d’une centaine de pages.

Dupuis et Trondheim sortent Superino !
©Dupuis

Valses à 3 soeurs – Sororal jusqu’au bout des doigts

Le pitch : Comment être une famille quand les parents ne sont plus là  ? La cohabitation mouvementée, entre joies simples et doutes, de trois sœurs (28, 22 et 18 ans) qui vivent sous le même toit depuis que, dix ans auparavant, leur mère est décédée et que leur père les a abandonnées. Chacune a ses rêves, ses secrets et ses blessures ; toutes sont des jeunes femmes bien décidées à trouver leur place dans notre époque et à en tirer le meilleur.

Notre avis : C’est le véritable esprit manga qui souffle sur ce premier tome signé du ‘mangaka » et illustrateur Melome Machida tant dans le dessin que le récit. On se prend rapidement d’affection pour ces trois filles aux personnalités différentes mais complémentaires. On se dit que cela ferait d’ailleurs un excellent sitcom. Elles ont chacune dû développer une personnalité forte ou résiliente pour pallier au départ, disons l’abandon, d’un père meurtri par le décès de sa femme. Un récit qui ravira ados et jeunes adultes sans l’ombre d’un doute.

Valse à 3 soeurs est sorti en septembre chez Casterman de Melome Machida.
© Casterman

Corto Maltese – Nocturnes berlinois, tome 16 : Une fiction plus que jamais réaliste

Le pitch : Automne 1924, Corto doit retrouver un ami très cher à Berlin. Mais à son arrivée dans la capitale allemande, il découvre que celui-ci a été assassiné. Il se lance alors dans une enquête pour retrouver son assassin, et obtenir, sinon justice, au moins vengeance. Mais la fragile république de Weimar est déjà au bord de la guerre civile, entre espions communistes et société secrète d’extrême droite, et ils semblent tous vouloir l’empêcher de parvenir à ses fins…

Notre avis : Corto Maltese nous emmène dans une aventure où la fiction rencontre étroitement la réalité. Le célèbre marin découvre la vie berlinoise des années 20, avec la montée du nazisme, de l’antisémitisme mais aussi la folie et l’extravagance des soirées animées dans les cabarets. La bande dessinée est pensée et écrite comme un film, avec à certains moments un personnage qui parle comme une voix off, alors que les dessins montrent une scène dans un endroit totalement différent. Juan Díaz Canales trouve le parfait équilibre entre le texte et le dessin, s’autorisant parfois des pages totalement illustratives, ce qui laisse respirer l’histoire. Malgré la froideur du personnage principal, on est totalement emporté.e dans le récit et l’enquête de Corto Maltese. Si le dénouement de l’histoire est un peu facile, on passe un merveilleux moment en lisant ce nouveau tome. On le recommande chaudement !

Dans sa bulle : Corto Maltese nous plonge dans la sombre Allemagne des années 20
© Casterman

Le collectif – Histoire de notre éco-hameau : La réalité derrière un projet utopique

Le pitch : Tout plaquer pour partir vivre au vert et imaginer un mode de vie plus solidaire : c’est le projet de Mich et Julie, dont la routine est joyeusement bouleversée le jour où ils décident de remonter un collectif avec les jeunes qui viennent d’arriver dans leur hameau. Tout est à inventer : poulailler partagé, groupe de parole, répartition des récoltes… Mais rapidement, les différences qui faisaient la richesse du groupe commencent à poser problème…

Notre avis : Loin de tout clichés, cette bande dessinée raconte la réalité d’un collectif qui souhaite vivre en communauté. Mise en commun de l’atelier et des récoltes, cette vision de vie n’est pas si utopique qu’elle pourrait en avoir l’air. Après tout, cette philosophie reflète beaucoup « l’esprit de village » qu’il pouvait y avoir à l’époque de nos grands-parents, où celui qui avait des poules donnait des oeufs, et celle qui avait une scie sauteuse la prêtait à ses voisins. Seulement, dans cet éco-hameau où toutes les décisions sont prises en collectif, des tensions se font vite ressentir entre le consensus de certains et la frustration d’autres. « Tu sais bien qu’en vrai, on n’est jamais aussi généreux qu’on voudrait l’être », dit très justement un personnage. Un personnage… ou plutôt une personne. Car cette bande dessinée n’a rien de fictif et raconte réellement le projet de vie de plusieurs voisins dans le sud de la France. Car au-delà des frictions, ce projet est aussi une belle aspiration écologique et remplie d’optimisme, avec beaucoup de beaux moments passés en communauté, alors que la vie urbaine prône trop souvent l’individualité. Un ouvrage qui nous fait réfléchir à comment on peut améliorer nous aussi notre mode de vie à notre échelle.

Dans sa bulle : Corto Maltese nous plonge dans la sombre Allemagne des années 20
© Dupuis
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