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L’été à la page : La sélection bouquins de la rédaction, S01E02

Deuxième partie de notre sélection de livres à dévorer cet été. | © Flickr/thoroughlyreviewed.com

Littérature

Puisque toute valise mérite bouquins, au pluriel s’il vous plaît, Paris Match vous propose chaque dimanche ses coups de cœur à dévorer d’une traite cet été. Deuxième épisode de notre sélection littéraire estivale par Frédéric Loore.

Pour les lecteurs occasionnels, l’été est la période propice au rattrapage et à la redécouverte du plaisir de lire. Pour les mordus de lecture, l’occasion d’en dévorer encore et toujours plus. Pour les deux, Paris Match dévoile sa bibliothèque à emporter à la plage ou de la chambre au jardin, c’est selon. Au programme cette semaine, l’amour marin, le retour d’un ex-détective légendaire, la célébration de l’amitié, des fantômes du passé et des policiers.

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Échec total

© L’aube

« En vérité, eu égard à ce à quoi j’ai consacré toute mon énergie, j’ai totalement échoué mais, en même temps, les événements m’ont régulièrement donné raison ». Ainsi se confie Jean-François Kahn sur le divan virtuel où sa consœur Françoise Siri l’invite à s’allonger, pour reparcourir en sa compagnie quarante années d’un parcours professionnel que la plupart des observateurs diraient à succès, mais que le principal intéressé qualifie pourtant d’échec.

Échec ? Alors que l’homme brille au firmament du journalisme étoilé, fondateur de trois journaux qui ont marqué le paysage médiatique français (Les Nouvelles littéraires, l’Événement du jeudi, Marianne) et auteur d’une quarantaine d’ouvrages politiques, historiques ou philosophiques le plus souvent brillants. Précisément, c’est à l’aune de ce parcours jalonné de constats lucides et visionnaires sur la recomposition politique, la rupture entre les élites et le peuple, l’étouffement du débat public par la « rhétorique binariste », le triomphe de la pensée unique, la difficulté d’être en marge du système, etc., que Jean-François Kahn mesure son échec. Car, bien qu’ayant eu raison sur tout la plupart du temps, il dit avoir cependant échoué à faire triompher son combat contre les sectarismes de tous bords.

Un propos sans doute trop sévère mais néanmoins d’une clairvoyance remarquable. Cette introspection à deux voix est d’autant plus intéressante à l’heure du triomphe d’Emmanuel Macron, l’homme qui prétend incarner le dépassement des clivages obsolètes et l’ « En avant » que n’a cessé d’appeler de ses vœux JF Kahn. Son aspiration va-t-elle enfin être rencontrée ? À voir. Dans une récente tribune publiée par Marianne, il écrit ceci : « Est-ce à dire que l’objectif est atteint ? Tout reste, en réalité, ouvert. Le dépassement était une absolue nécessité, comme l’a démontré le double naufrage du sarkozysme et du hollandisme, mais ce n’est qu’un moyen. Qui ne peut qu’à certaines conditions déboucher sur un meilleur ».

Réflexion sur mon échec, Jean-François Kahn, entretiens avec Françoise Siri, éd. de l’Aube, 202 pages, 18 €. 

Plongeon heureux

© Cherche Midi

« La musique de la mer me suffit, c’est de l’éternité dans les oreilles ». Olivier de Kersauson distille les fulgurances poétiques dans tout son récit. Autant d’étonnements heureux glanés au fil d’un demi-siècle de promenades sur tous les océans du monde. On y découvre ce qu’on savait déjà : derrière l’ « Amiral » bourru et fort en gueule, à ses heures rigide comme un espar, dur comme un hauban et fier comme une étrave, il y a le poète sensible, amoureux à la fois de sa muse, la mer, et de tous ceux qui vont dessus ; l’esthète aussi, qui confie au lecteur ses émerveillements et ses moments de magie. Ce livre est un catalogue d’enchantements que l’on ouvre où on le désire, sans se soucier d’un ordre quelconque. L’auteur trace la voie vers le plaisir de lecture, il suffit de se glisser dans son sillage.

Promenade en bord de mer et étonnements heureux, Olivier de Kersauson, éd. du Cherche Midi, 214 pages. 18,50 €.

 

Déménagement historique

© Seuil

Tandis que le « 36 quai des Orfèvres » ferme ses portes, la journaliste Patricia Tourancheau a la bonne idée de prolonger le mythe créé par les romans de Simenon et les films de Clouzot ou d’Olivier Marchal. L’ex-patronne de la rubrique police à Libération y parvient au travers de cette compilation d’histoires et d’anecdotes toutes savoureuses, engrangées en près de trente années de fréquentation des grands flics de « la maison Poulaga ». Elle raconte, à la façon du polar, mais en véritable journaliste déterrant les archives et recueillant les témoignages, les affaires et les coulisses dans lesquelles on retrouve tous ceux qui ont écrit la légende du 36. Des « poulets » bien sûr, mais également les incontournables caïds du milieu, maquereaux, trafiquants, des hommes politiques aussi, et parfois des artistes, de Gainsbourg à Delon.

Le 36, histoires de poulets, d’indics et de tueurs en série, Patricia Tourancheau, éd. du Seuil, 385 pages, 22,50 €.

 

Fondation occidentale

© Fayard

Parvenu au carrefour de toutes les crises, économique, financière, sociétale, environnementale, spirituelle, etc., l’Occident s’interroge sur son destin. Pour tenter d’en baliser les contours, Jacques Attali, économiste et écrivain, ainsi que Pierre-Henry Salfati, réalisateur et scénariste, spécialiste de la philosophie juive, proposent ici ce qu’ils désignent comme une « sorte de psychanalyse de la civilisation occidentale ». Cette entreprise de compréhension de notre monde implique de revenir aux origines, « car là réside la condition de sa survie », écrivent les auteurs. Et ceux-ci de faire la démonstration érudite, mais en même temps très accessible, que les fondements de l’Occident sont essentiellement juifs et grecs. Ils retissent les fils de ce dialogue originel tissés entre la pensée juive et la pensée grecque pour dessiner la trame du système de valeurs sur lesquelles repose notre civilisation.

Le destin de l’Occident. Athènes, Jérusalem, Jacques Attali et Pierre-Henry Salfati, éd. Fayard, 216 pages, 20 €.

 

Lumineux

© Seuil

Comment les vingt-huit volumes in-folio de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, œuvre majeure du siècle français des Lumières, mis à l’index par l’Église catholique, se sont-ils retrouvés à l’Académie royale espagnole à Madrid ? Répondre à cette question, c’était tenir un excellent début de polar historique. Or, dans ce domaine, l’un des tous meilleurs auteurs contemporains n’est autre qu’Arturo Pérez-Reverte, ex-reporter de guerre auréolé d’un succès mondial depuis son passage à la littérature. Lui même devenu membre de l’auguste institution à deux siècles de distance, il a fouillé la mémoire de celle-ci pour résoudre l’énigme et découvrir la solution qui lui a en même temps fourni les héros de son dernier roman : deux académiciens furent dépêchés vers 1780 dans le Paris prérévolutionnaire, pour dénicher un édition originale du sulfureux ouvrage et déjouer la censure afin de la ramener dans l’Espagne de Charles III.

L’accroche était trouvée, il ne restait qu’à filer la suite de la trame. Au terme d’un vote entérinant la réalisation de ce projet controversé, deux hommes de bien – le bibliothécaire de l’académie madrilène, don Hermógenes Molina, et son confrère l’Amiral don Pedro Zárate, brigadier des armées de la Marine royale en retraite – sont désignés pour se rendre en France. Un très long voyage s’en suit, qui ne tarde pas à se transformer en périple aventureux tant il est parsemé d’embuches, le long de routes livrées au brigandage. Cette quête de l’Encyclopédie est également rendue périlleuse en raison des pièges tendus par un homme de main recruté par les membres les moins éclairés de l’Académie, biens résolus à faire échouer l’entreprise, considérant que les lumières de la raison et du progrès doivent demeurer l’apanage d’une élite.

Deux hommes de bien est un grand roman à l’esprit Don Quichottesque en dépit de certaines longueurs, où l’imaginaire, l’érudition et la maîtrise narrative d’Arturo Pérez-Reverte font merveille, célébrant l’amitié et l’esprit des Lumières.

Deux hommes de bien, Arturo Pérez-Reverte, éd. du Seuil, 502 pages, 22,50 €.

Véritable identité

© Seuil

1956. Bernie Gunther, ex-détective berlinois enrôlé malgré lui dans la SS durant la guerre, officie sous le nom de Wolf comme concierge du Grand-Hôtel de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Pour tromper l’ennui, il joue au bridge avec un couple d’Anglais et le directeur italien du casino de Nice. Ce qui le conduit à la villa Mauresque où le grand écrivain anglais Somerset Maugham réside avec son amant et son neveu. Découvrant le passé de son hôte, l’auteur à succès, victime d’un maître chanteur, l’engage pour lui venir en aide. Le vieux Bernie ne tarde pas à se rendre compte qu’il a mis les pieds dans une salle affaire à laquelle se mêlent les traîtres de la bande de Cambridge, espions britanniques passés à l’Est. Au même moment, le passé de Gunther resurgit en la personne d’une vieille connaissance nazie du temps de Königsberg. Philip Kerr est toujours au sommet de son art !

Les pièges de l’exil, Philip Kerr, éd. du Seuil, 388 pages, 22,50 €.

 

Rivière tranquille

© Seuil

Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, Eugène et son frère Bill participent à une partie de pêche à l’été 1969 lorsqu’ils rencontrent Ligeia, jeune fille insouciante et sensuelle, tout juste débarquée de Floride et avide de plaisirs. Les frangins se laissent prendre à ses appâts et entraîner dans le tourbillon de tentations qu’elle leur propose. Après avoir chamboulé leur existence, elle s’évanouit comme par enchantement. Près de 50 ans plus tard, des ossements rejetés par la rivière sont découverts sur la grève. Ils appartiennent à Ligeia, l’adolescente portée disparue et dont plus personne n’avait plus entendu parler depuis des décennies. Eugène et Bill doivent alors se confronter au fantôme de leur passé. Ron Rash, l’écrivain-poète excelle à décrire la nature et à dire la petitesse des hommes.

Par le vent pleuré, Ron Rash, éd. du Seuil, 200 pages (à paraître le 17/08).

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