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Harlan Coben et les débuts difficiles d’un romancier à succès

Harlan Coben | © AFP PHOTO / JOEL SAGET

Littérature

L’auteur prolifique Harlan Coben n’en finit pas d’enchainer les succès littéraires policiers. Paris Match l’a rencontré à l’occasion de la sortie de son nouveau livre Double piège.

Avec les journalistes comme avec les lecteurs qui ont la chance de le rencontrer, Harlan se comporte immuablement en véritable gentleman. Attentif, disponible, souriant. Difficile de trouver un défaut à la cuirasse du maître du suspense, venu en France pour accompagner la sortie de son nouveau thriller, Double Piège (Belfond) et se muer en parrain… de la 13e édition du festival Livre en poche à Gradignan (les 6, 7 et 8 octobre).

Ce stakhanoviste de la plume a beau multiplier les romans et les séries télé à succès (Une chance de trop et Juste un regard pour TF1, The Five pour Canal Plus), le succès ne lui est jamais monté à la tête. Sans jamais rechigner, il participe à des rencontres en librairie et dédicace ses best-sellers aux foules de lecteurs avec une vraie chaleur humaine. Et pour cause, l’homme a un souvenir qui le hante : « J’aurai toujours en tête la sortie de mon premier livre, confie-t-il. La promotion s’est faite dans une grande surface sinistre du New Jersey, et j’étais là, assis à attendre pendant des heures que quelqu’un s’intéresse à moi. Seules quatre personnes étaient venues me voir: la première, pour savoir où étaient les toilettes. La deuxième pour me demander si le dernier John Grisham était en rayon. Une troisième personne m’avait déballé sa version paranoïaque du meurtre de Kennedy… Et la dernière m’avait regardé, levé les yeux sur mon livre et demandé ‘C’est quoi ça ?’ Je lui ai répondu ‘Ça, monsieur, c’est mon rêve américain !’ Mais il est reparti les mains vides… »

Allô, Julia ?

Vingt-deux ans plus tard, en 2017, Harlan a accompli son rêve. Il fait désormais partie de la liste des happy fews de son ami Jeff Bezos, le big boss d’Amazon, et reçoit ainsi des invitations personnelles pour se rendre à ses week-ends ultra-confidentiels, qui rassemblent chaque année le gratin des artistes et des scientifiques de l’époque, et même un célèbre astronaute, dans des palaces du Nouveau Mexique ou de Californie… Et lorsque le téléphone sonne, Harlan peut avoir la surprise de tomber sur la Pretty Woman Julia Roberts, qui fan de Double Piège, a décidé d’acheter les droits de son livre, car elle tient absolument à incarner Maya à l’écran.

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©Hacquard/Leemage

Mais Coben a beau s’être fendu illico d’un scénario aux petits oignons, il est un peu désappointé que Hollywood ait fini par fourrer son nez dans l’intrigue: « Là bas, les producteurs sont souvent des incapables, ils n’ont visiblement pas lu le livre et essaient du coup de transformer Maya en mère tendre… », lâche-t-il, un peu dépité. En revanche, pas de déconvenue en perspective pour Safe, actuellement en tournage à Manchester, dont il est le show-runner attentif, veillant à ce que son scénario original soit scrupuleusement respecté. Cette série en huit épisodes, coproduction de Netflix et de C8, risque encore d’affoler l’Audimat avec son duo de choc, le psychopathe de Dexter Michael C. Hall, et la rousse Audrey Fleurot, ambitieuse avocate d’Engrenages et amoureuse éperdue du nazi Heinrich Müller dans Un village français.

Mais « dès qu’il y a une fête, avoue-t-il, je préfère m’éclipser assez vite. Mon énergie, je ne la tire pas au contact des autres, mais quand je me retrouve seul avec moi-même, dans une pièce. Si parfois, le gens me trouvent distant, c’est que je suis perdu dans mes pensées… » Et souvent dans les méandres d’idées odieusement criminelles, qui donneront naissance à un de futurs polars qu’on ne voudra plus lâcher.

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Car côté roman, Coben ne chôme pas : il a écrit deux thrillers la même année, dont un nouvelle aventure du beau Myron Bolitar qui fait son retour après six ans d’absence. «J’ai pour la première fois rédigé des chapitres entiers du point de vue de son ami Win [le riche héritier casse-cou, mais pas très finaud] Du coup, ça n’a pas été très difficile de se mettre dans sa tête !» sourit-il. Un livre qui devrait paraître en France début mars 2018.

Double piège, de Harlan Coben, éd. Belfond, 365 pages, 21,90 euros

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