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5 novembre 1977 : Goscinny meurt, la France pleure

Portrait souriant de René Goscinny | © Michel Piquemal / Paris Match

Littérature

René Goscinny, le créateur d’Astérix et du Petit Nicolas, meurt le 5 novembre 1977 à la suite du pire des scénarios.

D’après un article Paris Match France de Dorothée Duparc

Alors qu’il se livrait à un banal test d’effort sur un vélo d’appartement chez son cardiologue, René Goscinny est victime d’une crise cardiaque le 5 novembre 1977. Transporté dans une clinique du 17e arrondissement à Paris, il y meurt à l’âge de 51 ans.

René Goscinny fut l’un des rédacteurs en chef de « Pilote », revue emblématique de bandes dessinées (1959-1989). Mais dans tous les esprits, il reste le créateur d’Astérix, d’Iznogoud et du Petit Nicolas. Il a également donné un second souffle au personnage de Lucky Luke. Autant de héros qui ont survécu à l’un des auteurs les plus lus au monde.

Paris Match, 18 novembre 1977. Par Gaston Bonheur

Il avait des phrases à l’emporte-pièce qui disaient son bonheur et sa méfiance du bonheur. « Je suis heureux, proclamait-il, et j’ai l’impudeur de le reconnaître ». Il ajoutait : « Le succès, hélas, a sa rançon : c’est la hargne des autres… Il faut savoir qu’on est toujours l’imbécile d’un autre… » Il concluait : « Avant d’en arriver là, avant de goûter à la “potion magique” du succès, j’ai mangé de la vache enragée. »

René Goscinny, au domicile de son vieux complice, Uderzo, à Neuilly-sur-Scène. Manuel Litran / Paris Match

Au temps des vaches maigres

En ce temps-là, en ces temps lointains de vaches maigres, Goscinny qui avait déjà tâté de divers métiers, dont celui d’aide-comptable, était dessinateur stagiaire dans une “usine à publicité”. « Un client me commanda une étiquette pour une bouteille d’huile d’olive, racontait-il. J’ai donc fignolé une très belle allégorie avec des olives aux couleurs admirables. Fureur du client ! « Je voulais une femme nue ! », dit-il. Conclusion : « Ca a été pour moi une très bonne leçon : dans la publicité comme dans la vie, le client a des goûts et des préférences dont il n’est pas toujours conscient et qu’il faut savoir exprimer. Ca m’a rudement servi quand je suis devenu un créateur de bandes dessinées ».

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Cette vocation est née de la rencontre de Goscinny avec le dessinateur Albert Uderzo. « Ca a été une sorte de coup de foudre mutuel, a-t-il avoué. On a parlé des heures. Nous avons décidé de travailler ensemble ». Obélix et Astérix, auxquels le général de Gaulle et le Premier ministre Pompidou allaient être affectueusement comparés, sont nés ce jour-là.

Ce métier de scénariste de bandes dessinées, je peux dire que je l’ai inventé

« Ce métier de scénariste de bandes dessinées, disait Goscinny, je peux dire que je l’ai inventé. Il fallait aimer ce travail comme nous l’aimions pour nous lancer dans pareille entreprise. La bande dessinée avait à cette époque une très mauvaise image de marque. On lisait couramment dans les journaux que si un malfrat avait assassiné une rentière, c’était parce qu’il lisait des bandes dessinées. »

Albert Uderzo (à gauche) et René Goscinny. Richard Jeannelle / Paris Match

Mais la plus grande rencontre, le plus grand bonheur pour Goscinny, ce fut d’épouser une Niçoise, Gilberte, rencontrée durant une croisière. C’était il y a dix ans. Goscinny a avoué : « Elle est comme moi, très timide. Nous sommes à notre manière de grandes violettes des bois ».

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