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Un journaliste de la RTBF conteste les déclarations de la police après son arrestation

Le centre 127 bis se trouve à Steenokkerzeel. | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

Médias

En reportage sur l'action du collectif "Not In My Name" au centre 127 bis à Steenokkerzeel, une équipe de la RTBF a été embarquée par la police. Les deux journalistes et les trois techniciens ont été libérés quelques heures plus tard. 

Edit : Cet article (publié le 20 juin) et son titre ont été mis à jour le 22 juin avec les dernières déclarations du journaliste Himad Messoudi.

Après son arrestation mercredi dernier au centre 127 bis de Steenokkerzeel, en plein reportage pour la RTBF, le journaliste de la chaine Himad Messoudi a publié sur Twitter plusieurs extraits du compte-rendu des faits de la police, qu'il conteste en partie.

"Estomaqué par les imprécisions - restons courtois - de la police dans le compte-rendu des faits », a-t-il posté sur la plateforme, avant d'ajouter : "Comme ce que je préfère dans la vie, après le foot, les frites et les séries, c’est les faits, voici quelques précisions. Et on a des images, nous ». Dans deux captures, il appose ensuite ses corrections personnelles au rapport des forces de l'ordre.

Himad Messoudi conteste notamment la version de la police selon laquelle les journalistes - qualifiés de "manifestants » - ont accédé au site "en grimpant sur les clôtures au moyen d'échelles » : "Le chantier était totalement ouvert, les échelles n'ont servi qu'à grimper sur le toit des unités en construction ». Le reporter affirme également avoir mentionné immédiatement la raison de sa venue - un reportage -, dès la première confrontation avec la police, contrairement à ce que cette dernière affirme. Dans un autre commentaire, il soulève par ailleurs que le matériel et le véhicule des journalistes, estampillés "RTBF », les identifiait immédiatement comme journalistes.

©Twitter/@Himad

Privés de liberté et de leur matériel

Une équipe de la RTBF était en reportage ce mercredi matin au centre 127 bis à Steenokkerzeel pour couvrir l'action du collectif "Not In My Name". En cette journée mondiale des réfugiés, des activistes protestaient contre les travaux d'extension du centre, qui doit accueillir prochainement des familles en situation illégale. Sur place, une équipe de la RTBF filmait leur rassemblement, avant d'être arrêtée administrativement par la police et de se voir confisquer leur matériel par celle-ci.

"Ça s'est passé dans le calme », a témoigné Himad Messoudi au JT de 13h de mercredi. Jusqu'à ce que ce dernier se soit vu apostrophé par la police. "Nous étions avec trois collègues à travailler de façon normale, assure-t-il. Du côté de la police, on nous a demandé d'arrêter de filmer. Cinq minutes après, on nous a carrément pris notre matériel, même mon téléphone ». Le journaliste n'a donc pu terminer son reportage. Il témoignait au JT grâce à sa montre connectée dans un fourgon de la police.

Un autre journaliste de la RTBF a publié les images du moment qui, selon ses propres dires, "a tout fait basculer ».

La RTBF a signalé à 14h20 que son équipe avait été libérée.

"Les journalistes ont fait leur travail »

Les réactions n'ont pas tardé. Pour Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information cité par la RTBF, "il s'agit d'une entrave grave et exceptionnelle à la liberté d'information. Cette arrestation administrative abusive a empêché la RTBF d'informer son public sur un événement d'intérêt général qui se déroulait à la mi-journée. Les journalistes ont fait leur travail avec professionnalisme. La RTBF envisagera avec ses avocats les recours à mettre en oeuvre ».

L'AJP a dénoncé cette arrestation qu'elle a qualifiée d'« abusive", "une atteinte disproportionnée à la liberté d’informer ». "L’arrestation administrative de journalistes est une mesure grave, qui ne pourrait se justifier que pour maintenir l’ordre public et la sécurité. En l’espèce, les journalistes concernés ne faisaient que leur travail et n’ont même pas eu l’occasion de quitter les lieux une fois qu’on leur a demandé d’arrêter de filmer. En les arrêtant abusivement, les policiers ont également privé le public de son droit à l’information à propos d’un événement d’intérêt général en cours de déroulement ». L'AJP a également annoncé qu'elle interpèlera le Premier ministre Charles Michel et le ministre de l’Intérieur Jan Jambon sur cette question étroitement liée au "droit à l’information et [à] la liberté d’informer, garantis par la Convention européenne des droits de l’homme et la Constitution ».

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