Caricature jugée antisémite : Le New York Times arrête ses dessins politiques face aux polémiques

Caricature jugée antisémite : Le New York Times arrête ses dessins politiques face aux polémiques

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Le New York Times Building à Manhattan. | © ANGELA WEISS / AFP.

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Après la diffusion en avril d’un croquis jugé antisémite, le quotidien américain a décidé de ne plus publier de dessins politiques dans son édition internationale. Nombreux sont les dessinateurs à avoir réagi face à une décision « dangereuse pour la liberté de la presse« .

« L’humour et les images dérangeantes font partie de nos démocraties ». Cette pique signée Plantu, le célèbre caricaturiste du journal Le Monde cité par l’AFP, témoigne du virage dangereux choisi par le New York Times, un des quotidiens les plus prestigieux au monde. Celui-ci a annoncé ce lundi qu’il mettait un terme aux traditionnels dessins politiques dans son édition internationale. Une décision qui survient un mois après une polémique liée à la diffusion d’une caricature jugée antisémite. Le quotidien a indiqué qu’il réfléchissait depuis un an à « aligner » l’édition internationale sur celle publiée aux États-Unis, qui ne comprend plus de dessins politiques depuis de nombreuses années. Il compte mettre ce projet à exécution à compter du 1er juillet.


La cause ne serait autre que la publication en avril dernier d’un croquis jugé antisémite par grand nombre de lecteurs. On pouvait y voir Donald Trump, aveugle, kippa sur la tête, traînant en laisse un chien, avec pour visage celui du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Autre détail, le collier du chien arbore l’étoile de David. S’en est suivi un tollé sur la toile, puis des excuses du journal, via Twitter et dans ses colonnes.

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« Sans l’humour, nous sommes tous morts »

Le quotidien avait présenté des excuses, mais était finalement allé plus loin, la polémique ne faiblissant pas. Le directeur de la publication A. G. Sulzberger avait décidé de lancer une procédure disciplinaire contre le responsable d’édition qui avait choisi la caricature du dessinateur Antonio Moreira Antunes. Il avait également décidé de ne plus utiliser de caricatures proposées par une société extérieure, d’où provenait la caricature controversée.

Peut-être devrions-nous commencer à nous inquiéter. Et nous rebeller. Les dessinateurs de presse sont nés avec la démocratie et lorsque les libertés sont menacées, ils le sont aussi. (Patrick Chappatte).

Sur son site, le dessinateur-phare du New York Times Patrick Chappatte fait directement le lien entre l’arrêt des caricatures et ce croquis. « Ça fait beaucoup d’années de travail qui restent défaites à cause d’un seul dessin – qui n’est même pas de moi – qui n’aurait jamais dû être publié dans le meilleur journal du monde »écrit-il sur son site. Sur son compte Twitter, il a partagé le billet avec un dessin où l’on peut lire : « Sans l’humour, nous sommes tous morts ». « Ces dernières années, certains des meilleurs dessinateurs de presse aux États-Unis (…) ont perdu leur travail parce que leurs éditeurs les trouvaient trop critiques envers (Donald) Trump », a-t-il poursuivi.


Le responsable de la rubrique éditoriale du New York Times, James Bennet, a indiqué sur Twitter que le quotidien souhaitait continuer à travailler à l’avenir avec Patrick Chappatte et avec Heng Kim Song, son autre dessinateur vedette, sur d’autres formats.

Des images d’opinion nécessaires à la démocratie

Plantu, qui est le fondateur de l’association Cartooning for Peace, a critiqué mardi cette décision et s’est dit persuadé que le prestigieux quotidien renoncerait à ce choix. Le dessinateur est convaincu que le journal, qui s’est « aplati devant les réseaux sociaux en s’excusant plusieurs fois d’avoir publié un dessin », va « se ressaisir » et dire qu’il a eu « tort de se séparer des dessinateurs, car on ne peut pas imaginer des journaux sans les images d’opinion ».

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« Comme nous avons soutenu le dessinateur Antonio qui avait été censuré par le New York Times (…), l’association Cartooning for Peace soutient le dessinateur Patrick Chappatte », a souligné Plantu. « Comme Patrick a un immense talent, nous ne sommes pas inquiets pour son avenir », mais, en revanche, « nous sommes inquiets pour l’avenir de nos démocraties et de la liberté d’opinion », a-t-il ajouté.

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