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Brittany Kaiser : « Je veux juste que Facebook arrête de tromper ses clients »

Brittany Kaiser

Brittany Kaiser est maintenant co-fondatrice de la fondation Co-founder of Own Your Data. | © Belga/AFP

Médias

Après avoir levé le voile sur le système Cambridge Analytica, qui a contribué à la victoire de Donald Trump en 2016 et au Brexit, Brittany Kaiser publie un livre de 500 pages qui raconte les coulisses de cette machine de propagande. Elle a accordé à Match une interview exclusive.

 

Brittany Kaiser a été la protagoniste d’un des plus grands scandales de détournement de données personnelles de ces dernières années. Ex-directrice du développement pour Cambridge Analytica, cette trentenaire brillante a œuvré pour une implacable machine de propagande, qui a mis son expertise des données et des réseaux sociaux au service du Brexit et de Donald Trump, avec le succès que l’on sait… Devenue lanceuse d’alerte puis sujet du documentaire Netflix The Great Hack, elle raconte le scandale avec ses mots dans un livre de 500 pages, L’affaire Cambridge Analytica (éd. Harper Collins). Dans son prochain numéro en librairie ce jeudi, Paris Match publie une interview exclusive de l’auteure. Extraits.

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Paris Match. Sous votre pression, le réseau Twitter semble avoir pris conscience de certains abus concernant la publicité en politique.
Oui, Twitter a décidé récemment avec justesse d’imposer une pause dans la publicité politique sur son réseau. Il faut savoir que, lors d’une élection, il y a une explosion de faux comptes, de trolls, de bats (vampirisation des données), de désinformation, de tactiques destinées à décourager, voire empêcher les électeurs d’aller voter. Pour une intelligence artificielle autant que pour une intelligence humaine, il est très difficile de faire le tri dans cette jungle, impossible de discerner le vrai du faux sur une si grande échelle. Personne n’y arrive, ni Twitter ni Facebook… Voilà pourquoi Twitter a pris cette décision. Tandis que Facebook a une position opposée. C’est l’une des plus grandes menaces sur nos démocraties pour les années à venir.

« La propagande et la désinformation sont devenues un énorme business »

Cambridge Analytica a fermé, mais le data business est le nouveau pouvoir, un eldorado.
Oui, il y a malheureusement maintenant des centaines de sociétés dans le monde qui font ce que faisait Cambridge Analytica. J’en connais quatre ou cinq. Il y a deux mois, un rapport de l’université d’Oxford relevait que la propagande et la désinformation sont devenues un énorme business. Certaines boîtes font pire que CA : elles se spécialisent dans les comptes bidons (fake accounts), la vampirisation des données (bat forms), les trolls qui génèrent des polémiques, la propagation d’émotions négatives, ce que ne faisait pas CA. Par exemple, une intelligence artificielle est capable de créer un forum d’une centaine de personnes sur une fausse nouvelle effrayante. C’est une technologie très au point. D’où l’impérieuse urgence d’investir dans les technologies qui nous protègent de ces perversions. À l’heure qu’il est, on n’a pas encore la solution.

Avez-vous rencontré Mark Zuckerberg ou Sheryl Sandberg, les patrons de Facebook?
Non, toujours pas. J’ai rencontré leurs proches. Je les pense plus réceptifs à mes arguments. Comprenez-moi, je ne veux pas la mort de Facebook. Je veux juste qu’ils arrêtent de tromper leurs clients. Qu’ils se réforment. Mais ils restent dans le déni.

Retrouvez l’intégralité de notre entretien avec Brittany Kaiser dans Paris Match Belgique n°960, en kiosques ce jeudi.

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