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Julie Morelle : « Au début, je souffrais du syndrome de l’imposteur »

Julie Morelle habite depuis quinze ans dans une charmante petite maison de la fin du XIXe siècle située dans un village du Brabant wallon. | © Ronald Dersin

Médias

Elle est la force tranquille de l’info à la RTBF. Elle l’était aussi au JT, mais elle vient de le quitter, laissant les téléspectateurs orphelins de son aisance et de ses compétences, enveloppées dans une douceur rare à ce poste où l’on traite les actus les plus dures. Julie Morelle se lance dans une nouvelle aventure. Elle se nomme « Déclic ». Comme celui qu’elle a eu avec Paris Match, elle qui a toujours eu peur de se dévoiler.

 

Récit et interview Nadia Salmi
Reportage photographique Ronald Dersin

La surprise est tombée sur Twitter. Le 1er août, à 7 h 53, Julie Morelle publie quelques mots bien choisis : « Ce soir, ce sera la dernière fois. Merci de m’avoir accueillie chez vous ces dix dernières années. C’était un honneur et un bonheur de vous informer. »

C’est court, c’est clair et l’image qui accompagne le message invite malgré elle à la réflexion. Car on y voit le plateau du journal télévisé de la RTBF vide. Le coup de massue dès le réveil. C’est sûr, elle va manquer. Les réactions sur le réseau habituellement aux allures de ring le prouvent ici. Il y a les émoticônes tristes et puis les compliments. Toujours les mêmes. Julie Morelle, c’est « le professionnalisme », « la classe », « l’empathie ».

C’est aussi beaucoup d’autres choses que l’on devine derrière son regard et son sourire quand elle accepte de nous rencontrer. On pourrait épingler sa taille, car elle est très grande, ou sa voix, car elle a un timbre particulièrement doux, mais on sent très vite que ce serait réducteur. Alors, on s’abstient et on se concentre sur les questions à poser. Il ne faudrait pas croire qu’interviewer une journaliste est facile. Surtout une de sa trempe. Julie Morelle connaît les rouages. Elle sait qu’il faut donner. Parce que c’est ce que l’autre attend. Elle l’a suffisamment expérimenté lorsqu’elle présentait. Un invité qui reste paralysé ou qui ne se livre pas, c’est terrible. « C’est vrai que ce n’est pas un exercice facile. Au JT, on a très peu de temps pour installer un climat de confiance, pour aller chercher quelque chose chez la personne. »

Julie Morelle n’aime pas les malentendus, encore moins la facilité. Son moteur, c’est le défi. C’est pour ça qu’un jour de 2011, elle décide d’aller contre sa nature profonde en postulant à la présentation du Journal. La discrète, habituée à l’ombre, se demande ce qu’elle pourrait vivre dans la lumière. « Il y avait une ouverture de poste, alors j’ai saisi ma chance. Quand on commence, on se fait une idée du présentateur du JT. Moi, j’avais des modèles forts comme Françoise Van de Moortel, Jacques Bredael ou encore Fabienne Vande Meerssche. J’ai donc essayé de correspondre à cette image. Je me suis éloignée de ce que j’étais. Ce n’était peut-être pas très perceptible mais cela se manifestait dans ma manière de m’habiller, de me coiffer ou de poser ma voix. »

 

Julie lit Le voyant d’Étampes d’Abel Quentin. Derrière elle, de nombreux souvenirs de voyage. ©Ronald Dersin

Reviennent alors les photos d’elle en brune, posant les mains croisées devant elle, pour faire sérieux. Une autre époque. Julie Morelle a fait du chemin en même temps qu’elle a appris à se faire confiance. « Il a fallu le temps. Au début, je souffrais du syndrome de l’imposteur. Je me demandais si j’étais à ma place. J’avais vraiment peur de ne pas être légitime. Je m’imaginais qu’un présentateur savait tout sur tout, puisqu’il parlait de tout, tout le temps. Or moi, je ne sais pas tout. Je me demandais dès lors comment je pourrais interroger le Premier ministre ou parler d’économie. Et puis, j’ai appris. Comme tout journaliste, si on n’a pas une information, on va la chercher. Comprendre ça m’a permis d’acquérir des clés qui ne donnent plus le vertige. »
Aujourd’hui, Julie veut continuer à donner un sens à son travail. Parce qu’elle a eu le déclic, elle veut en provoquer d’autres chez les téléspectateurs. « Le Journal a toujours sa place. C’est juste que j’ai envie de ralentir et de proposer un produit complémentaire. De nos jours, c’est de plus en plus compliqué de comprendre le monde dans lequel on vit. Il y a tellement d’informations, de polémiques inutiles… Tout va tellement vite aussi. Quand on analyse les dix dernières années, on constate la multiplicité des crises : sanitaire, climatique, politique, économique… Sans parler du terrorisme. Ça a un côté flippant. C’est d’ailleurs peut-être une manière de calmer mes angoisses que de vouloir comprendre. »

S’ensuit un éclat de rire qu’on a envie de remercier. C’est toujours bien de ne pas alourdir ce qui l’est déjà. Et ça, la journaliste l’a bien intégré. « C’est au moment de l’accident de Sierre (un accident d’autocar en 2012 dans lequel de nombreux enfants belges sont décédés, NDLR) que j’ai été confrontée pour la première fois au questionnement sur la distance à prendre par rapport à un événement. C’est très délicat, car il faut montrer de l’empathie sans être froid pour autant. »

Pari réussi pour elle. À l’écran, sa présence rassure, même quand elle annonce des tragédies. Une qualité rare. Mais comme elle n’est pas du genre à se lancer des fleurs, elle préfère passer à un autre sujet. On évoque alors son premier JT, d’autant plus stressant qu’il y avait Daniel Auteuil comme invité (charmant). On revient après sur ses moments forts. « Il y a trois interviews qui m’ont particulièrement bouleversée. Celle de mon collègue Michel Visart au moment des attentats de Bruxelles, après le décès de sa fille dans le métro. C’était d’autant plus particulier que je le connaissais bien. Et c’est devenu un ami proche par la suite. Il y a aussi Félicité Lyamukuru, une survivante du génocide rwandais et, plus récemment, Kenza Isnasni, cette jeune Schaerbeekoise dont les parents ont été tués par un voisin raciste. Ce sont trois rencontres où quelque chose de très fort s’est passé, et peut-être était-ce accru par le fait qu’on était devant les caméras. »

(…)

©DR

 

 

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