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« C’est tout meuf », le premier podcast féminin de la RTBF : « Aujourd’hui, le féminisme fait peur aux nanas et aux mecs »

Produit par Bridges et la RTBF, "C'est tout meuf" est piloté par la journaliste française Maïwenn Guiziou. | © RTBF webcréation

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La RTBF lance son premier véritable podcast, et il est féminin. Mais pourquoi le premier du genre en Belgique va-t-il forcément taper en-dessous de la ceinture ?

 

« Oh mon dieu, j’ai un truc à te raconter ». Ç’aurait pu passer pour un stéréotype de soirée pyjama, si seulement on pouvait assurer ne jamais avoir prononcé telle phrase, les joues un peu rouges ou déjà à deux doigts du fou rire. C’est ainsi, entre autres punchlines, que « C’est tout meuf » a décidé de se lancer dans le – plus en plus – grand bain des podcasts féminins. Si le montage final a su masquer les bruits de verres à vin sur la table d’enregistrement, l’idée est là : une conversation « sans langue de bois et bien belge » entre 25 femmes jusqu’à 35 ans, « comme une discussion de filles », décrit sa créatrice Maïwenn Guiziou.

Les femmes au micro

« La RTBF a décidé de lancer sa première série sonore particulièrement adaptée à la consommation mobile », annonçait ainsi en amont la RTBF, plutôt enthousiaste. Et le choix de la thématique de cette première série radiophonique – une véritable création et non une rediffusion d’émission – est entre autres stratégique : si 2017 est l’année des podcasts, elle est aussi celle des productions – souvent indépendantes – féministes et de la parole qui se libère.

Dans le paysage francophone, c’est probablement la Française Lauren Bastide et ses rencontres dans « La Poudre » qui tiennent le haut du pavé depuis presque deux saisons. Éclairant et résolument tourné vers les questions qui fâchent et entachent les femmes, le podcast de la journaliste et ancienne chroniqueuse du « Grand Journal » est entouré d’une floppée d’autres émissions du même genre : « Eve et Pandore » – avec l’accent québécois -, « Quoi de meuf » – également assorti d’une newsletter féministe -, l’émission « Dans le genre » de Radio Nova, ou encore le très réussi « Un podcast à soi », signé Arte. Outre-Atlantique, c’est tout simplement la corne d’abondance façon menu XXL, avec presque autant de créations sonores féminines qu’il n’y a de féminismes. Et en Belgique ? Rien, ou bien si peu. « C’est tout meuf » est d’ailleurs l’adaptation belge d’un concept français produit par France Télévisions, « Trucs de meufs », déjà réalisé par Maïwenn Guiziou. Le podcast est en tout cas le tout premier à se tourner, en Belgique, vers des sujets propres aux femmes.

On voulait ce format de discussions de nanas, parce que c’est vrai, cru, et donc marrant. Cette liberté-là, on ne l’entend pas souvent – Maïwenn Guiziou

Contrairement à « La Poudre » ou « Les Savantes » de Lauren Bastide, la RTBF a décidé de se passer d’expertes et d’invitées thématiques : ce sont des anonymes qui bâtissent le concept, épisode par épisode, au fil des conversations. Les femmes se partagent le micro de « C’est tout meuf » avec leurs voix qui caressent ou cassent sans s’inquiéter des oreilles indiscrètes. Dans le premier épisode – sorti ce mardi 14 novembre – intitulé « Les plans cul », elles racontent sans filtre ni honte leurs déceptions, la gêne et le plaisir, les sentiments qui naissent ou ne viennent jamais. Une série de dix « discussions-thérapie », qui ne cache pas ses dessous – si ce n’est le saucisson et les bières ingurgités durant les enregistrements.

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« Féminin », le contraire de « féministe » ?

Mais avec des thématiques comme « la masturbation », « les préliminaires », ou « la libido », qui restent donc principalement dans le spectre des questions sur la sexualité ou les relations aux hommes, le nouveau podcast étonne. À l’heure où, semble-t-il, il s’agit encore de prouver tous les jours que les femmes ne sont pas de simples objets de désir ou des êtres uniquement sexués, pourquoi avoir choisi le prisme érotique pour parler et s’adresser au genre féminin – et masculin, puisque le dernier épisode de la série s’intitule « C’est tout mec » ? Dans son communiqué officiel, la RTBF annonçait vouloir dresser « le portrait de cette génération d’entre-deux – arrivées après les combats féministes et la révolution sexuelle, mais pas encore dans un monde totalement paritaire ». Le cliché à capturer est-il pourtant forcément situé entre les cuisses des femmes ? Et fallait-il à tout prix qu’il prenne le ton badin des « papotages » ?

Vous vous épilez pour aller chez le gynéco ? Ça, c’est une grande question ! – Extrait de « C’est tout meuf »

« Ma mission, c’était de faire entendre ce qu’on n’entend quasiment jamais dans les médias traditionnels. Même sur Internet, on ne trouve pas forcément grand chose sur la sexualité, sous cette forme-là. À aucun moment on n’entend de vraies filles parler de leur quotidien. Ces discussions peuvent pourtant enrichir un tas de femmes », décrypte pour nous Maïwenn Guiziou, qui a réalisé la version belge. Quant à la responsabilité du premier – et à ce jour unique – podcast par et sur les femmes du Royaume, diffusé par un média public, Maïwenn Guiziou avoue avoir voulu aborder d’autres thèmes que ceux-ci. « Mais je ne pense pas que ça fasse avancer les choses, en fait. Ça peut alimenter des débats, mais ce n’est pas forcément très rigolo. J’avais proposé le sujet du harcèlement, mais c’était un peu lourd, et ça ne collait pas à une discussion légère, entre meufs, à l’apéro ». Tout dépend de l’apéro, du moins.

Pour Maïwenn Guiziou, finalement, « l‘idée, c’était de rester dans l’intime. Et l’intime, ce sont surtout les questions de sexualité ». Pour le politique, on repassera donc plus tard. « Quand on parle de sujets féminins, ce sont souvent à travers des militantes féministes », estime la podcasteuse et journaliste française. « Et aujourd’hui, le féminisme fait peur aux nanas et aux mecs : c’est devenu un gros mot, alors que dans les faits, quasiment toutes les femmes sont féministes. ‘C’est tout meuf’, c’est une série féministe, mais qui n’en a pas la forme », conclut celle qui se verrait néanmoins bien piloter une seconde saison du projet, afin d’avoir l’opportunité d’explorer d’autres sujets plus sensibles.

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