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De Johnny à Souchon, réussir son album hommage en 5 leçons

Eddy Mitchell, Johnny Hallyday et Jacques Dutronc lors de la tournée des Vieilles Canailles, le 10 juin 2017. | © BELGA/MAXPPP

Musique

Le succès retentissant d’« On a tous quelque chose  de Johnny » le prouve : les reprises ont de beaux jours devant elles. Surtout si elles se plient à certaines recommandations… 

 

Disque de platine en seulement trois  semaines avec plus de 134 000  exemplaires vendus à l’heure où nous écrivons ces lignes, « On a tous quelque chose de Johnny » est un carton commercial qui, en cette période de fêtes de fin d’année, réchauffe le cœur de son label, MCA. Après le succès de Souchon dans l’air (Polydor) un deuxième volet arrivera en mars  2018, tandis que La même tribu (Polydor), où Eddy Mitchell reprend ses titres emblématiques en duo, a aussi prévu une redite en avril. Hormis quelques sorties plus faibles (Henri Salvador ou Pierre Perret), la grande tendance des albums hommages compte en son sein des numéros  un : Génération Goldman (1,2  million d’exemplaires), Balavoine(s) (100 000 ventes) ou encore Sardou et nous…  (125 000 exemplaires). Leur secret de séduction ? Suivre ces cinq commandements à la lettre.

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1. Rester fidèle…

C’est à Lagos que le chanteur français Leeroy a enregistré Fela is the Future (BMG), aux côtés des deux fils du dieu de l’afrobeat, Femi et Seun Kuti, ses claviériste et saxophoniste… Histoire de feeling mais aussi de crédibilité. Une leçon acquise pour les fils Souchon, qui ont réalisé Souchon dans l’air, ou pour Gérard Depardieu, qui s’est accompagné du fidèle pianiste de Barbara, Gérard Daguerre. Pour On a tous quelque chose de Johnny, c’est son directeur artistique depuis plusieurs années, Yarol Poupaud, qui s’y est collé. D’après lui, le but était de « rester fidèle à l’identité musicale de Johnny, d’utiliser des instruments organiques et une grande partie de ses musiciens. Pas de “Tennessee” version reggae ou de “Pénitencier” en mode salsa ». Ouf !

2. … Mais pas trop

Pour s’approprier une chanson, il faut savoir prendre ses distances. « Si on n’est pas libre, on n’y arrive pas, explique Edith Fambuena, qui a produit Elles & Barbara (Mercury). Il faut rajouter, enlever, réinventer les arrangements ». Sur On a tous quelque chose de Johnny , Patrick Bruel a insisté pour commencer au piano « J’ai oublié de vivre », alors que les premiers vers sont : « À force de briser dans mes mains des guitares » ! Au-delà des qualités d’interprétation, éprouver un réel plaisir est une condition sina qua non, ce que confirme Camille Lou, qui chante Sheila avec « Love Me Baby » (Warner) : « Si j’ai franchi le cap, c’est avant tout parce que ça m’amusait ! »

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3. Avoir un bon chef d’orchestre

Yarol Poupaud, Edith Fambuena, Ibrahim Maalouf pour Dalida, Corson et Boban Apostolov pour Sheila… Les labels ont compris qu’il fallait des producteurs solides sous peine d’avoir l’impression d’assister à un concert de reprises en club vacances. Si l’artiste est vivant, son approbation peut être un gage de qualité. « Quand Johnny a écouté le disque, il était surpris, séduit et fier, se souvient Poupaud. Il était très touché que tous ces artistes, dont certains qu’il n’avait jamais rencontrés, s’attaquent à ses chansons ».

4. Miser sur l’éclectisme des intervenants

Mika et Monica Bellucci pour Dalida ou Christophe et Shy’m pour Balavoine(s) : sur la plupart des disques hommages, le grand écart est requis. Quitte à faire grincer les dents des puristes. « Si par le biais de Kendji Girac ou Gauvain Sers, des ados découvrent le répertoire de Johnny, c’est génial, affirme Poupaud. Le défi est de rester cohérent, même s’il y a des identités vocales très différentes… mais c’est ce qui fait tout l’intérêt de l’exercice ». D’ailleurs, certains artistes en redemandent ! Nolwenn Leroy s’est illustrée chez Barbara, Johnny et Balavoine, Izia Higelin chez Souchon et Dalida, Thomas Dutronc chez Dalida et Johnny.

5. Choisir les bonnes chansons

Lorsqu’il s’agit d’un hommage, mieux vaut miser sur les classiques et ne pas s’aventurer sur le terrain glissant des faces B, histoire de les garder pour un second volet et d’entretenir le lien affectif du public avec des tubes parfois entrés dans l’inconscient collectif. « Au début, je pensais que le répertoire de Sheila n’était pas révélateur de ma génération, avoue Camille Lou. Puis j’ai compris que j’en connaissais une grande partie sans même le réaliser : des titres comme “Les rois mages” me rappellent la bûche de Noël et les fêtes de famille, pleines d’amour et de bonheur ».

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