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[INTERVIEW] Pour 2018, MC Solaar prépare son commando géopoétique

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De l’as de trèfle à un astre solaire qui pique toujours autant notre cœur, MC Solaar est (enfin) de retour avec un huitième album : Géopoétique. Rencontre.

 

Cela faisait dix ans qu’il n’avait pas fait de nouvel album. Cinquième As, Mach 6, Chapitre 7… Depuis 2007, plus rien. Alors dès qu’il a annoncé la sortie de Géopoétique et a balancé un premier single, l’excitation était à son comble. Forcément. MC Solaar c’est « Bouge de là », c’est « Caroline », c’est « Solaar pleure »… autant de titres qui ont marqué la France mais aussi la Belgique dans les années 90 et ont popularisé le rap.

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19 nouvelles chansons pour un album qui dure environ une heure et deux minutes et s’affranchit des précédents avec son titre : pas de numéro 8. « C’est juste que c’était une autre période. L’album parle du monde, on passe par New York, l’Afrique… Plein de pays sont représentés dans le morceau ‘Géopoétique’. Et comme on est dans le temps de la realpolitik, c’est à dire “on n’y peut rien, c’est comme ça”, j’ai voulu apporter l’alternative, la “géopoétique” : on peut changer positivement. C’est en tout cas l’idée que j’ai trouvé a posteriori » nous explique le chanteur de 48 ans.

Il faut se brûler pour savoir que ça brûle.

Un album qui aura donc pris dix ans à se faire : « Je suis allé dans des studios, j’ai fait des ricochets, je suis allé voir des expos, j’ai voyagé… En fait, j’ai vécu la vie normale. Mais malheureusement -ou heureusement- avec du temps libre. Comme je n’avais pas d’agenda, je papillonnais ». Un papillonnage que Claude M’Barali reconnaît regretter aujourd’hui : « Après coup, oui… J’aurai pu m’organiser différemment, mais il faut se brûler pour savoir que ça brûle ». Et qu’on se rassure, on n’aura pas à l’attendre dix ans à nouveau pour son neuvième album : « Je ne pense pas encore au prochain, mais c’est sur que ce ne sera pas une aussi longue absence. Je l’ai déjà fait, et si on fait ça deux fois dans sa vie, wow, ça serait un peu trop ».

Mais ce qui a poussé MC Solaar a enfin se bouger (de là) à sortir de nouveaux morceaux et arrêter de flâner, c’est l’arrivée de deux compositeurs : « Ils sont venus m’apporter du son dans la même semaine, un nouveau micro et un double des clés des studios. Et ce qui fait encore plus accélérer les choses, c’est quand tu as ta matière, que tu l’entends et que tu te dis “oh c’est pas mal, je vais en faire un autre”. C’est en forgeant qu’on devient forgeron ».

C’est un super métier, on s’exprime, on fait la fête, on donne du plaisir.

Et surtout, cela permet de se rendre compte que parfois, cela fait du bien de s’absenter pour encore mieux revenir : « Je suis content, c’est vraiment super. De un, on a fait quelque chose d’artisanal, on a notre poterie. De deux, on va l’exposer, faire des concerts. De trois, on se rend compte que c’est un super métier, on s’exprime, on fait la fête, on donne du plaisir. Cela m’avait manqué. Je ne m’en rendais pas autant compte à l’époque parce que je le faisais tout le temps, mais un peu de diète et on retrouve l’appétit ! ». Et un peu de recul aussi, pour réaliser certaines choses.
Avec « Ekksassaute », on pense à “All My Friends” de LCD Soundsytem : ce moment où l’on passe sa vie à trop bosser, à oublier de passer du temps avec ses amis quitte à trahir son art pour le succès : « C’est vrai, mais cette chanson n’est pas autobiographique. C’est plus un hymne à la liberté, à ne pas entrer dans les moules. Zut, que les gens fassent de l’art ! Et LCD Soundsystem, quel groupe ! Qu’est-ce qu’ils sont bons ! Ça déchire, je les ai vus deux fois« .

Dans “Intronisation” qui ouvre l’album, MC Solaar fait référence à plusieurs de ses anciens tubes et chante : « J’ai en moi plus de Claude que de Solaar ». Il nous explique : « Je suis deux personnes. En concert, je suis un peu offensif, en mode ‘hip-hop rap’ quoi. Puis il y a le Claude, plus politico-socio, plus féministe… Et en vrai, je fais de l’égo trip aussi. Avant, je signais Claude et Solaar car c’était pas les même genre de thèmes. On a fait l’intronisation car on aimait bien le côté à cœur, en chœur ».

« Oui, je suis féministe »

Et la cause des femmes fait justement partie de ces choses qui lui tiennent à cœur.  Dans “Jane et Tarzan”, il rappe : “Le monde est mâle et cette femelle veut le mettre à mal / En se disant : « Sale époque », cela n’est pas une litote”. Dans “I Need Gloves”, il parle de cette fille mannequin et de ce “gros client aux manières de porc”. Des échos à #balancetonporc, à l’affaire Harvey Weinstein… « Oui, je suis féministe. Je crois en l’égalité homme-femme, au même traitement. C’est une valeur et il ne faut pas l’oublier. J’ai dû être un thermomètre, cela est arrivé dans mon cerveau et j’ai dû en mettre sur mon papier. C’est indispensable d’en mettre. Je l’avais un peu déjà fait avec ‘In God We Trust’ et ‘Dévotion' ».

Alors forcément, en tant que rappeur et féministe, quant on lui demande ce qu’il pense de Lorenzo aux paroles telles que : « Les collégiennes j’adore ça les mettre enceinte » (titre « J’adore ça »), « Ramène ta pute au bendo, j’le fais maison son avortement / les hommes sont tous mauvais c’est juste que moi je l’assume pleinement » (titre « Fais pas le mec »), il répond : « Je connais pas, mais à écouter comme ça, ça fait forcément bizarre. Faut que je l’écoute avec le flow pour voir s’il est au second ou au premier degré, s’il rentre dans un personnage… À lire comme ça, c’est sur que ça fait bizarre… Je vais l’écouter, mais à mon avis il doit le faire avec un bon flow pour avoir autant de succès ».

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En tout cas, si Lorenzo lui est étranger, ce n’est pas le cas d’autres rappeurs qu’il affectionne particulièrement, notamment les Belges Roméo Elvis et Damso. Ainsi que les Français Jul, Orelsan, Nekfeu, Bigflo et Oli : « Je les aime bien tous ceux là ! Ils ont tous une identité propre, ils ont réussi à réinventer leur art. Ils ont créé des choses à eux ». Mais l’artiste qu’il admire par dessus tout reste Serge Gainsbourg, auquel il a déjà rendu hommage dans ses précédents albums et avec “Super Gainsbarre” dans Géopoétique.

Johnny Hallyday, quel interprète, quelles belles chansons, quelles émotions !

Impossible du coup de ne pas évoquer avec lui un autre grand artiste français disparu le 5 décembre 2017, Johnny Hallyday : « Je n’irais pas jusqu’à dire que je le connaissais, mais on s’est rencontrés plusieurs fois. C’était quelqu’un de super, qui n’hésitait jamais à te faire venir à sa table. Il aimait bien parler. Et là, en voyant toutes les rétrospectives qui lui sont consacrées, mais waouh ! Quel interprète, quelles belles chansons, quelles émotions ! Je ne sais pas si on s’en rendait compte en temps réel. Quel mec top. Ses chansons sont émotionnelles, il fait passer quelque chose ».

2017 aura donc été l’année du grand retour du MC : « Cela a été une année de plaisir, de construction d’une poterie, d’artisanat… On va dire que c’était une année pro-active. Oui voilà, je la résumerais par le mot “active”, une année active ». Et 2018 sera l’année de son retour sur scène (et dans ses baskets) : « Je dois faire au moins un footing tous les dix jours et préparer ma tournée, faire l’équipe, un commando géopoétique, une sorte de viking de la poésie ». Voilà qui résume bien le rappeur, un viking de de la poésie.

 

MC Solaar sera en concert le 6 juillet au Ardentes, le 4 août au Ronquières Festival et le 16 novembre à Forest National.

« Géopoétique », sortie le 3 novembre 2017 – © Label Pias
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