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Franz Ferdinand : « Le journalisme peut changer le monde, et c’est pour ça que Trump est terrifié »

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Cinq ans après leur dernier album, le célèbre groupe britannique revient avec l’illuminant et dansant Always Ascending. Rencontre.

 

Franz Ferdinand est de retour et a décidé de fermer la parenthèse FFS (leur supergroupe formé avec les Sparks) après un album en 2015 et une tournée : « On avait mis Franz Ferdinand de côté en créant FFS. Et quand nous avons fini notre tournée, je me suis dit qu’il était temps de revenir. J’ai toujours su que je ferai un autre album avec Franz Ferdinand. Il fallait juste trouver le bon moment. Tout est toujours question de timing ». Nick McCarthy (batterie et clavier) parti en juillet 2016, Dino Bardot (guitare) et Julian Corrie (claviers et guitare) rejoignent le groupe.

Nouvelle année, nouveau départ, nouvelle bande, nouvel album, nouveaux sons

Oui, cela fait beaucoup de « nouveaux » pour Always Ascending. D’ailleurs, Alex Kapranos, leader et chanteur du groupe parle même d’une renaissance : « C’est ironique car au fond, nous sommes toujours les mêmes. L’ADN du groupe n’a pas changé. Quand je pense à certains de mes artistes préférés comme The Beatles, David Bowie, Sparks… ils ont tous fait des albums totalement différents, ils ont essayé des nouveaux sons… Mais quand on écoute une de leurs chansons, on les reconnaît immédiatement car elles ont leur identité. Il y a plein de raisons qui expliquent en quoi ‘Always Ascending’ est complètement différent de tout ce qu’on avait fait jusqu’à présent, mais je ne veux pas vous spoiler : je veux que les gens les découvrent par eux-mêmes en l’écoutant ».

Avec ce cinquième album, les Britanniques ont voulu expérimenter des sons plus « futuristes et naturels », en y infusant une dose de psyché et en y mêlant beaucoup de synthé. Car Always Ascending fait danser aussi bien le slow que la disco : « On peut danser sur toutes les chansons ! Même un slow sur « Slow Don’t Kill Me Slow ». Mais quand je joue en live, j’aime bien danser sur « Feel The Love Go » » admet Alex Kapranos. « On voulait faire de la musique dansante. On est un peu comme un « groupe dancefloor » dont les chansons sonnent comme en concert. Il n’y a pas de « sequencies » dans nos chansons, rien de « corrigé »… On entend juste le son de quatre personnes dans une pièce qui passent du bon temps et jouent de la musique » ajoute Julian Corrie, le nouveau venu, et également fondateur du groupe Miaoux Miaoux.

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« J’ai débarqué à Glasgow en 2006, là-bas on peut être qui on veut musicalement et humainement. J’ai créé Miaoux Miaoux en 2007. Puis j’ai rejoint en 2016 Franz Ferdinand. Je suis arrivé en me disant qu’il fallait que je reste moi-même et que je devais essayer d’apporter des choses nouvelles et différentes. Franz Ferdinand cherchait un collaborateur et non un imitateur ».

Un collaborateur, mais aussi un pote : « Faire partie de Franz Ferdinand, c’est comme faire partie du meilleur gang du monde ! On ne fait pas que de la musique ensemble, on est aussi des amis ! » déclare Kapranos. Des amis qui se sont d’ailleurs amusés à trouver la recette de la frite parfaite quand ils étaient en studio : « On avait une friteuse, et on testait toutes sortes de pommes de terre -des violettes, des jaunes, des blanches…- pour faire nos frites. Et on les notait à chaque fois. On voulait faire la meilleure frite, trouver la recette de LA frite parfaite ». Et entre deux frites et quelques bières, le groupe posait ses valises à Paris pour enregistrer une partie de l’album produit par Philippe Zdar, -moitié de Cassius, et qui a travaillé dans le passé avec Phoenix ou encore les Beastie Boys- : « On aimait beaucoup les albums sur lesquels il avait bossé et on a de suite pensé à lui pour cet album. C’était un réel plaisir de travailler avec lui. Je suis vraiment content du résultat. J’adore sa façon d’être ! Il est complètement habité par la musique. Et c’est tout là l’intérêt de la musique, vous faire ressentir des émotions ».

Ce que vous voyez, ce que vous entendez, c’est nous.

Entre sa pochette et son premier clip, l’esthétique lumineux de l’album le résume très bien en un mot : brillant. « Nous avons construit une boîte avec des jeux de lumières et de miroirs, et cela a donné cette illusion d’optique de lettres qui semblent arriver de nulle part. C’était important pour nous que le visuel de la pochette soit réalisé par des humains et non des machines. Car on avait la même approche pour cet album : qu’il soit fait par nous, qu’on ressente l’humain derrière et non les machines. On aurait pu utiliser des logiciels pour faire cette fameuse boîte, mais cela ce serait vu. Tout comme l’on ne voulait pas que les gens entendent des logiciels en écoutant l’album. Ce que vous voyez, c’est ce que vous entendez, c’est nous » explique Alex Kapranos.

© David Edwards

Ce qu’on entend par exemple quand Franz Ferdinand chante dans « Lois Lane », c’est que le journalisme peut changer le monde : « Poutine, Trump… ce sont des personnes dangereuses qui utilisent la propagande, et qui tentent de discréditer le vrai journalisme en parlant constamment de “fake news”. Il faut qu’on se lève contre ça, qu’on prenne position. En Grande-Bretagne par exemple, nous avons Michael Gove (ministre britannique et pro-Brexit, ndlr) qui a même déclaré qu’il ne fallait plus croire aux experts ».

« Le journalisme peut changer le monde, et c’est pour ça que Trump est terrifié »

Et d’ajouter : « On remet en question l’intégrité des gens. Je crois qu’en fait, la raison derrière tout ça, c’est qu’ils savent très bien que le journalisme est la plus grande menace qui pèse sur leur existence. Trump n’est pas le premier criminel à avoir accédé à la Maison-Blanche. N’oublions pas le Watergate. C’est grâce au travail de deux journalistes et de « Deep Throat » (le surnom de l’informateur dans l’affaire qui avait révélé par la suite être William Mark Felt, agent du FBI ndlr) que le président Nixon a démissionné. Le journalisme peut changer le monde, et c’est pour ça que Trump est terrifié ». Que ce soit le Brexit ou Trump, Alex Kapranos n’a jamais caché ses opinions politiques. Franz Ferdinand avait même sorti « Demagogue », une chanson anti-Trump en octobre 2016 dans le cadre du projet musical 30 Days, 30 Songs. Et il s’était également exprimé sur le Brexit sur Twitter.

Dans “The Academy Award”, Franz Ferdinand chante cette fois le cinéma hollywoodien et ses acteurs… Impossible alors de ne pas évoquer avec le chanteur l’affaire Weinstein : « Tout ceci est tragique. Cela n’a pas été un choc pour moi, mais un soulagement. Si je vous dis “casting couch” (coucher pour avoir un job, ndlr), vous savez très bien de quoi je parle. Dans les années 90 à Hollywood, ce terme était connu de tous et cette pratique devait sûrement exister bien avant. Car il y a toujours eu des prédateurs sexuels, des hommes qui abusent de leur pouvoir pour obtenir ce qu’ils veulent de la part de personnes vulnérables. Je suis soulagé que ce soit enfin mis en lumière aujourd’hui et que la parole se libère ».

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Avant d’être chanteur, Alex Kapranos était chef. En 2005, il écrivait des critiques culinaires pour The Guardian. En 2014, il publiait le livre Franz Ferdinand, la tournée des grands-ducs (sur tous les mauvais plats mangés en tournée): « Je suis aventureux, j’aime tester de nouveaux plats. Une fois, lorsque que j’étais au Japon, j’ai goûté un sashimi… au poulet. Le poulet cru ? Eh bien, plus jamais ! » Et quand on lui demande la bonne recette pour faire un bon album, il répond tout simplement : « Une chose que l’on apprend quand on est chef, c’est qu’on peut faire plein de plats différents avec les mêmes ingrédients. Tout est dans la technique. Et je pense que c’est à peu près la même chose lorsque l’on fait un album. Les ingrédients sont les instruments, les voix… Et on arrange le tout différemment pour faire quelque chose de nouveau ». Julian Corrie est quant à lui plus pragmatique : « Pratiquement parlant, l’album a été fait avec du whisky sour, d’énormes tartes et des tacos ».

Et qu’on se rassure, Alex Kapranos ne compte pas lâcher le micro pour les fourneaux : « J’ai travaillé dans plusieurs restaurant dans le passé, et l’une des choses que je me suis toujours juré, c’est que jamais, de toute ma vie, j’en ouvrirais un. J’ai vu des propriétaires ruinés, des mecs super qui sombraient dans l’alcoolisme et la dépression ». « J’ai entendu dire qu’ouvrir un restaurant était la pire des choses au monde ! Cela semble si stressant. Les enfants, n’ouvrez pas de resto ! » plaisante Julian Corrie. Eh bien alors, dansez maintenant. Et sur du Franz Ferdinand.


« Always Ascending » – sortie le 9 février chez Domino Records

Franz Ferdinand sera en concert à Bruxelles le 28 février 2018 à Forest National.

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