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Lomepal : "Ce serait mentir de dire que je n'essaie pas de sortir de la case 'rap'"

Vidéo Musique

Fort d'un disque d'or qui devient une habitude dans le rap francophone, Lomepal sort une version "Deluxe" et acoustique de son album. Entre chanson française et hip-hop, le rappeur se bâtardise sans un regard pour les codes de son genre.

Skateboarder adolescent avec le sens de la figure, rappeur entré sous les projecteurs à la force du couplet et désormais, chanteur à succès : celui qu'on appelle Palpal - Antoine Valentinelli, alias Lomepal - saute d'une carrière à l'autre comme dans un test d'orientation raté. Après près d'une demi-douzaine de mixtapes plus ou moins bankable, le Parisien proche de l'Entourage coche enfin toutes les cases : des mélodies efficaces comme un chewing-gum malicieusement oublié sur un banc, des textes au potentiel karaoké élevé et une tracklist plus complète qu'un concert de Beyoncé au Stade Roi Baudouin. Avec FLIP, Lomepal maîtrise enfin le "trick » hors du skatepark. À tel point qu'il ne craint désormais plus de se mettre en danger avec une version "Deluxe » acoustique de son album.

Je savais que je n'étais pas un grand chanteur, et je me disais que ce n'était pas mon rôle.

Pourtant, la guitare et le chant n'étaient pas au programme de cet opus gagnant : "Je n'imaginais même pas que ça soit possible. Ceux qui l'ont fait avant l'avaient fait différemment, et je n'avais pas spécialement envie de le faire comme ça, avec une batterie et plusieurs musiciens, à la Hocus Pocus et Oxmo [Puccino]. Je trouvais ça cool, mais ça ne me ressemblait pas du tout », raconte Lomepal. D'autant que, si on pouvait facilement imaginer le tube "Yeux disent » en version acoustique, des morceaux explosifs comme "Pommade » ne se prêtaient a priori pas à une alternative langoureuse. Mais force est de constater que "l'homme pâle" l'a fait. Et c'est une idole venue du passé qui débloque ses chakras de chanteur français : un enregistrement de Julian Casablanca des Strokes aux Electric Lady Studios se rappelle au rappeur et devient l'inspiration majeure de FLIP Deluxe. "J'ai énormément écouté ce morceau, auquel 'Yeux disent' ressemble beaucoup ». Et voilà Palpal de retour sur le chemin du studio.

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©DR - La version "Deluxe" de FLIP.

"Maintenant, je me rends compte que quand j'étais petit, j'aimais beaucoup chanter. C'est quelque chose que j'avais totalement oublié, toute cette partie de ma vie », se souvient enfin l'interprète de "70", avant d'ajouter : "Mais la vérité, c'est que j'étais nul. Je savais que je n'étais pas un grand chanteur, et je me disais que ce n'était pas mon rôle. Que le chant, ce n'était pas pour moi ». Paradoxalement, c'est son succès sur la scène rap francophone qui lui redonne confiance en ses cordes vocales et lui rappelle qu'une voix se dompte. "Ça fait un an, peut-être, mais je continue à m'améliorer. Et les versions acoustiques m'ont beaucoup aidé aussi à éduquer mon oreille ».

Outsider intégré

"Ce serait mentir de dire que je n'essaie pas de sortir de la case 'rap'. J'aime le fait de casser le jeu, de faire mon truc à moi. Je suis vachement content de faire un album qui ne ressemble à rien de ce qui s'est fait avant, et être disque d'or, pour moi, c'est une réussite : ça veut dire que j'ai été capable de gagner de l'argent et de l'estime avec ma musique, et pas avec la musique du moment », avoue-t-il. "Flip ne ressemble pas à la musique du moment ».

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©Julie Oona

Toujours plus loin des racines du rap tel qu'il les a plantées il y a plusieurs années, Lomepal aurait pu se mettre à dos une partie de la scène en sortant Deluxe. Mais ils sont de plus en plus nombreux à lui emboiter le pas ou à lui avoir montré la voie des croisés du genre. "PNL étaient des outsiders, Roméo Elvis en est un... Même des gars comme Booba commencent à s'ouvrir à des choses qui ressemblent à de la variété. Ils sont un peu partout ceux qui essaient de faire les choses à leur sauce. Ils ressemblent à des hybrides de styles musicaux qu'on connaissait déjà, mais mélangés au rap. C'est très intéressant. Les codes, au final, on s'en fout : ce qui compte, c'est faire de la bonne musique. Quand on s'oblige à faire de la musique actuelle, le résultat, c'est qu'on fait des albums périssables », analyse le rappeur, fier d'excellentes ventes depuis la sortie de FLIP. Lomepal est un outsider à succès - si cela existe - et tire la langue aux codes du genre en jouant avec eux. Le rappeur voyageur aura sa part du gâteau du rap francophone, même en s'en éloignant de plus en plus.

Dans la musique, c'est compliqué de faire de belles choses tout seul.

Conscient qu'on n'a rien sans rien dans une industrie du disque qui a oublié d'actionner les freins, il s'est déjà remis au travail : "Je sais qu'il ne faut pas que je tarde trop. Ça me prend beaucoup de temps d'écrire un album, et je sais que si j'attends trop, je vais me retrouver dans le ventre mou, et je n'en ai pas envie. Je vais partir en janvier m'enfermer pour l'écrire, et je serai reparti en février en tournée. Si tout va bien, pour la fin du printemps, je serai déjà dans les mixes de cet album. À la fin de ma tournée, je serai prêt à ressortir quelque chose ». Une efficacité impensable sans l'équipe qui gagne, celle qui l'a aidé à concevoir FLIP. "Dans la musique, c'est compliqué de faire de belles choses tout seul. Il y a beaucoup de choses pour lesquelles je dois compter sur les autres. Et avec eux, j'ai confiance, tout simplement ».

 

La tournée de Lomepal passera par la Belgique, le 2 mars à l'Eden de Charleroi, le 3 à la Madeleine de Bruxelles et le 4 au Reflektor de Liège. Toutes les dates sont sold out.

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