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Octopizzo, des bidonvilles de Nairobi aux sommets du rap africain

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Heny Ohanga, alias Octopizzo, a grimpé les échelons du hip-hop africain. Pourtant, il n’oublie pas d’où il vient : Kibera, l’un des plus grands bidonvilles du continent.

Plus de deux kilomètres carrés de tôle et de détritus, au milieu desquels vivent 170 000 à 250 000 personnes : le bidonville de Kibera, au Kenya, est considéré comme l’un des plus grands du monde. En haut de la butte qui domine ce quartier sale où les habitants pauvres de Nairobi tentent de survivre, Heny Ohanga balaie l’horizon de la main. Kibera, il y a vécu, même si aujourd’hui, son survêtement de marque et ses boucles d’oreilles bling-bling laissent présager un autre quotidien : celui d’un rappeur à succès, qui n’a pourtant rien oublié de son bidonville natal.

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Officiant désormais sous le nom et la casquette d’Octopizzo, Henry Ohanga a enregistré trois albums et grimpé les échelons jusqu’à devenir l’un des artistes les plus respectés du continent africain. Mais « si je n’étais pas né ici, je ne serais pas devenu rappeur », réalise-t-il malgré tout au micro de l’AFP. Et depuis qu’il connait le succès, Octopizzo n’a de cesse de tenter de dédiaboliser Kibera et de soutenir jeunes kenyans qui y sont livrés à eux-même. Son nom de scène lui-même est un hommage à ces rues où il a grandi, et à la seule ligne de bus qui ose traverser ce gigantesque quartier.

©AFP PHOTO / TONY KARUMBA

Tout a débuté pour lui ici-même, en décembre 2017, alors que Nairobi est à feu et à sang, en pleine crise après des élections présidentielles contestée. Henry ne se déplace plus qu’une machette à la main, pour se protéger, raconte l’AFP. Il trouve alors dans le rap son porte-voix contestataire, et va déclamer un texte virulent dans un club de stand-up des beaux quartiers, complète Le Monde. C’est la naissance des « Voix de Kibera ». Sa prestation fait un carton.

Repéré par un programme culturel du British Council, le voilà rapidement entrainé sur les tournages de publicités et les tournés mondiales. Mais pour chaque clip, ou presque, il revient à Kibera. À chaque caprice de sa fille aussi, pour lui rappeler la dureté de la vie de ses concitoyens.

Le visage changeant de Kibera

En 2016, il enregistre éalement un album, Refugeenius, avec les réfugiés des camps de Dadaab et Kakuma. « Je veux être le visage qui incarne les possibilités », confie le rappeur à l’AFP. Car même si Kibera est « la définition même du système défaillant », le bidonville n’en reste pas moins la terre de milliers de Kenyans, tous dignes de se voir offrir un peu d’espoir, à travers ce modèle du pays. Qui plus est, pour Heny Ohanga, ses rues bruyantes d’enfants sont à l’origine d’une « ambiance unique et magnifique ».

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D’ailleurs, « j‘ai l’impression que depuis que je rappe, les choses ont changé. De nos jours, c’est cool d’être de Kibera », remarque le rappeur, alors que les jeunes de tout Nairobi portent désormais des t-shirts barrés du nom du bidonville.

J’ai une voix et je dois l’utiliser, que cela plaise ou non.

Pourtant, la crise n’est jamais loin, à Nairobi. En 2017, alors que de nouvelles manifestations éclatent à Kibera, c’est Heny Ohanga qui fait tampon entre les habitants et la police. Il apaise le feu des contestations tout en condamnant la violence des forces de police. Un enfant du pays, conscient de ses failles, qui n’a pas oublié que ses racines vont puiser sous la terre battue d’un bidonville.

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