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NTM : Leur nouvelle reformation est-elle opportune ?

Kool Shen et JoeyStarr. | © Richard Aujard / Paris Match

Musique

Dix ans après, Kool Shen et JoeyStarr reprennent le micro. Des retrouvailles inattendues mais tendues… Et de bonnes affaires en perspective !

 

C’est le temps éclair qu’il a fallu à NTM pour écouler les plus de 30 000 places de ses deux concerts des 8 et 9 mars à l’AccorHotels Arena. Un carton plein pour des retrouvailles sous le signe d’un anniversaire qui ne rajeunira personne : les trente ans de la création du groupe. Si les fans de la première heure et ceux qui ont pris le train en route sont ravis d’aller transpirer sur des titres loin d’être oubliés, les plus sceptiques ont de quoi s’interroger quant à la véritable motivation derrière ces concerts. Pas d’album en prévision, des dates qui tombent au compte-gouttes, une entente entre les membres du groupe plus que relative… Il semble que le duo JoeyStarr-Kool Shen ait été attiré par la douce mélodie de la monnaie qui tombe dans la caisse. Jackpot.

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Outre les 45 000 billets vendus de 60 à 76 euros la place rien que pour Paris – une troisième date s’est ajoutée entre-temps –, le duo a préparé le terrain avec une ligne de vêtements créée pour l’occasion, dont certaines pièces sont en rupture de stock depuis des semaines. Quelques jours avant le premier concert, une boutique éphémère à Paris a ouvert pour écouler ces objets collectors comme des pots de Nutella en promotion chez Intermarché. Sans compter les milliers de souvenirs qui se vendront dans les couloirs de Bercy, sachant que la marge bénéficiaire sur un tee-shirt en merchandising est de plus de 400 %. Difficile pourtant de croire à ce plan marketing à la lecture du livre-confessions de JoeyStarr, « Le monde de demain » : « A-t-on le droit d’imprimer un tee-shirt NTM ? En faisant ça, en le vendant à nos concerts, n’étions-nous pas en train de laisser tomber la musique pour devenir d’affreux marchands de tapis ? » Le duo a fait du chemin…

JoeyStarr en concert, au Festival de Poupet. © PHOTOPQR/OUEST FRANCE

À sa création, NTM, comme n’importe quel groupe qui débute, gagne des clopinettes. Cachet à zéro, 300 francs pour une première partie à La Cigale… Les choses évoluent quand ils signent chez Sony en 1990. Chacun touche d’entrée 20 000 francs (environ 3000 euros d’aujourd’hui). JoeyStarr, qui ne possède même pas de compte en banque où poser son argent, a envie de partir avec la caisse. Il est retenu par Kool Shen, plus pragmatique. Pendant dix ans, chaque membre touche 700 francs (160 euros) par concert, chiffre qui peut être gonflé en fonction des occasions : NTM prend notamment 40 000 francs pour faire la première partie de Wu-Tang Clan lors d’un festival en 1997. Ensuite, tout roule : « Paris sous les bombes » se vend à plus de 400 000 exemplaires, « Suprême NTM » bat tous les records (environ 800 000 albums vendus à ce jour, c’est l’album le plus streamé du groupe), squattant le Top 10 France pendant onze semaines, détrônant la bande originale de « Titanic ». « J’avais l’air d’un Antillais qui avait gagné au Loto avec ma grosse Mercedes, mes dents en or et mes bagouzes partout. Je n’avais pas de projet, ça m’est tombé dessus comme ça. J’étais comme un politique à qui on donne le pouvoir, il le veut, mais une fois qu’il l’a, il ne sait plus quoi en faire », a raconté bien plus tard JoeyStarr sur « Le divan » de Marc-Olivier Fogiel.

JoeyStarr, qui brûle la vie par les deux bouts, multiplie les projets pour rembourser ce qu’il doit

Sauf que ça ne dure pas… Le jaguar enchaîne les frasques, les amendes pleuvent pour diverses violences, le procès de l’hôtesse de l’air lui coûte en image et en cash : il débourse près de 2 millions de francs à l’époque, pas assez semble-t-il… L’avocat de la plaignante assure qu’il lui doit encore 40 000 euros, ce qui lui vaut, mi-2017, la visite surprise à son domicile d’un huissier de justice accompagné de plusieurs policiers.

Kool Shen en 2016 à l’occasion de la sortie de son album solo « Sur le fil du rasoir » © Patrick Fouque / Paris Match

Après leur séparation houleuse, Didier Morville et Bruno Lopes se lancent dans différents projets. Outre une carrière solo, Kool Shen crée IV My People, label de musique géré pendant neuf ans d’une main de maître. Les finances sont au vert, la société génère un chiffre d’affaires de près de 4 millions d’euros. Mais un mauvais investissement le contraint à revendre la boutique avant que le navire ne prenne l’eau. Heureusement, sa passion pour le poker, qu’il pratique à haut niveau, va lui rapporter plusieurs dizaines de milliers d’euros par soir, et ses projets cinématographiques en tant qu’acteur se succèdent.

De son côté, JoeyStarr joue de malchance. Il lance aussi un label, B.O.S.S, avec Sébastien Farran, son manager (Kool Shen n’a pas fait appel à lui, préférant laisser la gestion de son patrimoine à sa mère). Le jour où leur amitié vole en éclats, c’est la douche froide. « Comme dans toute séparation, il y a eu des mots. Et puis arrivent les chiffres. Et c’est sans appel », écrit-il dans « Le monde de demain ». Retard de paiement sur les impôts, impayés sur les loyers, cachets perdus dans la nature… « A l’approche de mon demi-siècle, je constate que je n’ai rien. Rien en banque. Pas la moindre possession, ni appartement parisien, ni maison de campagne, aucune sécurité, rien », constate Joey. Concernant B.O.S.S, le tableau n’est pas brillant : l’argent gagné a été utilisé par le manager pour financer d’autres productions, les ventes des derniers disques ne sont pas celles attendues. En 2007, la société est placée en liquidation judiciaire.

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Un an plus tard, le groupe tente une reformation pour cinq dates à Bercy à guichets fermés et sur d’autres grandes scènes de France. Début 2009, manque de bol, JoeyStarr est condamné à six mois de prison. Le duo est contraint d’annuler ses dates estivales. « Cela a coûté très cher. Les assurances ne prennent rien en charge dans ces cas-là. […] J’ai fait des concerts en solo gratuitement pour juste payer les pénalités d’annulation, et encore cela n’a pas tout remboursé », raconte Bruno Lopes au Parisien en 2009. JoeyStarr, qui brûle la vie par les deux bouts, multiplie les projets pour rembourser ce qu’il doit et payer les pensions alimentaires de ses deux enfants : « Nouvelle star » (les jurés gagnent en moyenne 250 000 euros), albums solos, partenariat avec des marques, cinéma, e-shop. Il touche aussi les droits d’auteur sur ses titres et sur le streaming, NTM comptabilisant 30 millions de streams rien que sur Spotify. Accro au live, il se produit régulièrement dans des petites salles pour une bouchée de pain. Kool Shen, a, lui, été quasi invisible en concert depuis trois ans. Mais en 2018, il a su se faire violence. Preuve que l’homme d’affaires avisé a une nouvelle fois eu du pif…

« Anthologie » (Sonymusic), sortie le 2 mars. En concert du 8 au 10 mars à Paris (complet), et en tournée.

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