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Les Négresses Vertes de retour : « On a gardé notre âme d’ado »

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30 ans après leur premier album Mlah, les Négresses Vertes signent un retour inattendu pour une tournée qui a débuté par la Belgique. Tour de chauffe pour un groupe qui a marqué la scène française bien au-delà de ses succès et de ses ventes.

C’était en 1988. Il y a de cela des siècles en années connectées. Les places de concert s’achetaient chez le disquaire, le CD allait dépasser pour la première fois la vente de vinyles. Face aux vagues électroniques de la new wave, une génération à l’esprit plus punk résiste. La Mano Negra de Manu Chao sort son premier album. À Paris, la légende veut qu’au fond d’un bar, les Négresses Vertes soient nées. Sort Mlah, leur premier et iconique album. Au chant et à l’écriture, un certain Helno. Son charisme, son talent et, hélàs, sa mort quelques heures après l’enregistrement d’une émission "Taratata" en 1993 feront la légende pour une génération qui aujourd’hui compte ses cheveux gris et blancs. « Helno nous inspire encore aujourd’hui dans mon écriture. Il avait une façon tellement poétique et décalée de voir les choses. Il était tellement unique dans cette émotion. On venait du punk et lui déjà à 18 ans il écrivait des textes qu’il gardait pour lui. Des choses surprenantes. Il est en nous, on ne peut pas faire sans lui. Son âme de poète elle nous habite encore », explique Paulo, un des chanteurs et guitaristes du groupe où les rôles sont interchangeables à chaque chanson.

Derrière Helno, il y avait aussi un groupe qui musicalement cassait les codes. Le punk se fait alors acoustique. L’accordéon se fait instrument rock. Les cuivres bousculent les guitares. Sèches. Sans les copier, des groupes comme les Ogres de Barbak' ou les Hurlements de Léo perpétueront le style et revendiqueront les Négresses Vertes comme influence.

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Avec Mlah, les tubes s’alignent. "Zobi la Mouche" et "Voilà l’été" sont les deux chansons les plus iconiques de l’album qui se vend à plus de 300 000 exemplaires. Dont la majorité en dehors de la France. C’est que le groupe sait s’exporter. Fin des années 90, Massive Attack remixera d’ailleurs "Face à la Mer". Consécration internationale. Il est d'ailleurs amusant de constater que 30 ans après Mlah, les Négresses Vertes remplissent aussi des salles en ... Flandre.

Le retour de la danse des Négresses Vertes

L’histoire aurait pu s’arrêter au début des années 2000. Le groupe monte sur scène une dernière fois en 2001. Chacun partira dans des directions musicales différentes. Alors, pourquoi après un silence de presque 20 ans, revenir au risque de ne plus séduire ?  "C’est un concours de circonstances. La maison de disques Because a racheté le back catalogue à Warner pour ressortir les albums. Et comme tout se sait rapidement dans le milieu, une maison de production dont le patron a commencé il y a 20 ans avec nous a sauté sur l’occasion pour lancer l’idée d’une tournée. Il en a parlé à Stéphane qui nous a tous appelés. Tout le monde était partant alors on y est allé » (NDLR : sur scène, le groupe a cependant un nouvel accordéoniste et un nouveau batteur), explique  Paulo.

La tournée démarre alors par la Belgique. Dans trois petites salles archi-soldout où après la curiosité, on doit bien avouer que les Négresses ont encore l'énergie pour porter leurs morceaux. Si les Négresses Vertes ont pris du poil blanc, elles ont gardé cette énergie qui permet encore à ces quinquas d’entonner "Zobi la Mouche" face à un public qui découvre les morceaux ou retombe, pour quelques instants, en adolescence. Une énergie que le groupe n’a pas dû forcer. « Les Négresses Vertes, ce fut notre école de musique. Dès qu’on a repris le répertoire, toute cette énergie est revenue. C’était là, au fond de nous. On a 30 ans de plus mais on en a encore sous la pédale. Sur scène, on est des ados », affirme Paul-O. Une certitude qu'ont eu de nombreux progammateurs de concerts et de festivals puisque plus de 80 dates à l’affiche du « Mlah Tour » dont plusieurs festivals en Belgique.  « On est surpris de cet intérêt car on n’a pas joué ensemble depuis seize ans mais en même temps, on savait que les Négresses avaient eu un impact dans le passé », explique Paulo.

Les Négresses Vertes version 2.0

En seize ans d’absence de la scène, le monde de la musique a totalement changé. Pour les Négresses Vertes, c’est une identité numérique à construire sur les plateformes de streaming et les réseaux sociaux. Pour eux, et malgré le succès passé, c’est une faille temporelle à combler pour un groupe qui vient à peine d’investir Facebook. « On a prévu de fournir au mieux les réseaux avec nos sons et nos images même si on sait qu’on ne pourra évidemment pas contrôler. On va faire filmer nos concerts quand on sera encore plus au point et on créera notre chaine officielle pour montrer aux anciens et aux jeunes qui nous sommes aujourd’hui. Par rapport aux concerts, c’est sûr que voir les gens qui filment plus qu’ils nous regardent, ça change mais ça n’est pas très grave », explique Stéfane Mellino voix et guitare du groupe également.

Et après cette tournée 2018 qui s’allonge de nouvelles dates preuves d’un enthousiasme réel annonce-t-elle de nouveaux morceaux ? « On veut se retrouver autour de Mlah et puis après on ne s’interdit rien. Qui sait si au bout des 80 concerts, on n'aura pas écrit quelque chose, mais ce n’est pas vraiment pas à l’ordre du jour », tempèrent Stéfane et Paulo.

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Les Négresses Vertes seront en Belgique à Sint Niklaas le 5 mai (complet), à Rikvorsel le 6 mai (complet), Leuven le 8 mai et ensuite au Dranouter Festival le 8 août, au Brussels Summer Festival le 14 août et au Festival des Solidarités à Namur le 25 août prochain.

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