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Boudin, dj’s et artisanat : un apprenti boucher détourne le concept de la Boiler Room

Simon Bomans et le DJ Aidons Antoine, à la première édition de la Boudin Room, le 10 décembre dernier. | © Nicolas Musty

Musique

De la finance à la charcuterie, en passant par des soirées electro improvisées, un apprenti boucher liégeois fait le choix de ne pas choisir et bouscule, rigolard, les codes des soirées bruxelloises.

Si on devait la faire courte, on résumerait l’évènement avec les mots de son créateur : « deux artisans, l’un derrière les fourneaux, l’autre derrière les platines ». Mais quand il s’agit de fait-main, de home made façonné avec passion, on prend son temps.

Comme celui qui a passé, avant que Simon Bomans ne réalise qu’il aurait pu choisir une autre voie que celle de la finance. Après deux années passés chez ING, ce trentenaire liégeois diplômé en droit des affaires affronte en septembre dernier une évidence : pour lui, il est temps de se réaliser autrement que dans son costume d’analyste légal. En tablier de boucher, en l’occurence – un métier manuel qu’il apprend désormais trois fois par semaine, en continuant à mener de front sa carrière en salle de marché.

La fête au boudin, clap première

De la finance au pâté de campagne, il y avait un sacré pas. Celui qui le sépare de la « Boudin Room » sera spontané, presque foulé par hasard. Le concept, qui s’est invité dans le petit appartemment bruxellois de l’apprenti, est dérivé des célèbres soirées electro « Boiler Room », qui mettent en scène des DJ’s dont les performances publiques sont retransmises en direct via webcam. Chez Simon Bomans, qui a tenu la première édition de la Boudin Room en décembre 2016, pas de gros sponsors ni de hype surfaite, mais des artistes locaux et des bouchers qui préparent la viande en live.

Boudin Room
©Nicolas Musty – Simon Bomans et l’un de ses amis de cours, venu lui prêter main-forte.

Si tu amènes tes platines, moi je mets une webcam

L’idée a débarqué un soir un festival, où l’apprenti mélomane croise un ami DJ. « À la base, c’était une bêtise, ça ne devait même pas être une soirée : juste un truc de copains », raconte l’analyste au couperet. Il attend alors la visite d’amis parisiens, à qui il a promis une petite démonstration de ses nouveaux talents, chez lui. « Si tu fais du boudin chez toi, c’est pas compliqué, j’amène mes platines », lui lance le DJ, qui officie la nuit sous le pseudo Aidons Antoine. « Si tu amènes tes platines, moi je mets une webcam », répond Simon Bomans, au mot.

Il lance alors un évènement Facebook et invite également DC Salas, un autre artiste respecté du milieu encore relativement confidentiel de l’electro bruxelloise. « Plus j’y pensais, plus je me disais que ce n’était pas si bête. Une semaine avant l’évènement, sans pub et sans structure, je me suis rendu compte que je ne connaissais pas la moitié des gens inscris à l’évènement ».

Boudin Room
©Nicolas Musty – Le DJ bruxellois DC Salas

En fin d’après-midi, le jour-même, pendant que son appartement du centre-ville se remplit de visages inconnus et d’amis curieux, la tête de veau pressée et les boulettes à la sauce mentholée circulent parmi les invités. On va du salon, où jouent Aidons Antoine et DC Salas, à la cuisine, voir à quelle étape en est la préparation du boudin blanc, qui a donné son nom à l’évènement. Le clou du spectacle est la mise en boyau de la charcuterie cuite, qui s’effectue sous les yeux d’enfants et les smartphones des clubbeurs carnivores, pour la plupart.

Une soirée carnivore et sociale

Après l’intrônisation du boudin-roi et les DJ sets, tout le monde rentre chez soi. Au moment de partir, un couple insiste pour donner quelques billets à l’organisateur, dont la soirée était pourtant totalement gratuite. Plutôt que de les empocher, il propose alors à l’un de ses amis présents, aussi apprenti boucher, de les reverser à l’orphelinat dans lequel ce dernier est bénévole.

« J’ai suivi Simon, parce que j’ai trouvé ça audacieux et au final, c’était même assez sérieux, puisque j’ai appris comment on faisait du boudin, en jouant », raconte Diego Cortez Salas, l’un des deux DJ’s présents, qui jouera également bénévolement à la prochaine édition de la Boudin Room, le 25 février. « Ca peut paraître un peu ridicule de prime abord, mais ça le fait ! En plus, il y a cette dimension sociale que je trouve vraiment intéressante ». Pour ceux qui seront forcés de regarder le spectacle de chez eux via le streaming live, parce qu’ils n’auront pu faire le déplacement ou auront été gentiment refoulés à cause de la capacité limitée de l’appartement, il y a aussi désormais la possibilité de soutenir le projet en achetant un t-shirt siglé « Boudin Room ». Tous les bénéfices seront reversés à la maison pour enfants.

Boudin Room
©Nicolas Musty

On peut très bien manger son boudin en écoutant de la techno

« Ce que ça représente pour moi maintenant », explique Simon Bomans qui n’avait pourtant rien vu venir, « c’est l’opportunité de créer un nouveau genre de soirées à Bruxelles, pour une association et dans le but de continuer à faire découvrir de la musique », poursuit le futur boucher qui écrit aussi des chroniques musicales pour un webzine belge. « On peut très bien manger son boudin en écoutant de la techno », assène-t-il.

La prochaine étape, pour celui qui se dit « obsédé par le savoir-faire paysan », au terme de ses deux années d’études bouchères, c’est un voyage initiatique à la rencontre des artisans spécialistes d’Europe – des préparateurs d’agneaux d’Écosse à ceux du veau sous la Mère de Corrèze. « Découvrir le savoir-faire qui est chez les gens pour peut-être ensuite le ramener chez nous », rêve-t-il, à voix haute. Reste maintenant à savoir de quelle manière, un peu délirante certes, mais pleine de sens, Simon Bomans va cette fois-ci faire entrer la musique dans le projet.

 

Il y a quelques semaines c’était encore une idée un peu mongolo qui nous faisait beaucoup rire : des gens qu’on aime bien qui passent des disques, le rédac’ chef adjoint qui prépare du boudin et des copains qui profitent de ce beau bordel streamé. La Boudin Room quoi. Aujourd’hui, la Boudin Room est une réalité et on a DC Salas et Aidons Antoine pour lancer le projet. Méga coeur avec les doigts plein de boyaux.

Posted by Goûte Mes Disques on sábado, 10 de diciembre de 2016

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