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Grand Corps Malade : « La vie est une succession de secondes chances »

Grand Corps Malade

Avec le succès de Plan B, Grand Corps Malade voit l'avenir sereinement | © Zuzana Lettrichova

Musique

Depuis son passage chez Laurent Ruquier, le nouvel album de Grand Corps Malade Plan B cartonne en France et en Belgique. Doué avec les mots, posé et intelligent, Grand Corps Malade réconcilie la finesse des mots avec le succès populaire. Un très bon plan B.

 

Douze ans déjà que Fabien alias Grand Corps Malade balade sa grande carcasse abimée et ses mots ciselées au fil de six albums. Tout a commencé en 2006 avec « 6e sens », un slam où il raconte cette nuit où tout a basculé sur le fond d’une piscine pas assez remplie. C’était l’été et ce fut le fracas. De ce choc, « votre fils ne marchera plus, voilà ce qu’ils ont dit à mes parents », ne naîtra pas une carrière de slammeur ou de chanteur. Cette carrière, il l’avait déjà en lui : « J’écrivais déjà un peu quand j’étais encore basketteur. Je gardais les textes au secret mais c’était très anecdotique. Après l’accident, j’ai découvert le slam. Ca a fait écho à ce que je faisais en secret et c’est parti ainsi ».

Le parquet des salles de basket, plus jamais il ne les foulera. Ce seront les planches des scènes qui seront sa nouvelle aire de jeu comme il le déclame dans « La syllabe au rebond ». Un plan B comme une philosophie de vie et non pas comme un pis-aller après l’échec. « Le plan B est une seconde chance. Bien sûr, mon plan A était le sport mais je ne lie pas tout cela à l’accident que j’ai eu. La vie est pour moi une succession de secondes chances. Dans la notion de plan B il n’y a rien de péjoratif. La vie ne se passe jamais vraiment comme on l’avait prévu et mon album est un hymne à l’adaptation de l’être humain ».

De Renaud à Orelsan

Un plan B qui sonne depuis six albums comme une magnifique aventure musicale où le slammeur a permis de faire se rencontrer des textes intelligents et un large public. « C’est clair qu’il se passe quelque chose autour de cet album. Alors que l’industrie du disque voit les ventes chuter depuis des années, on constate ici un véritable engouement. Ca fait plaisir ». Un succès que Grand Corps Malade a toujours construit avec honnêteté et cohérence racontant sa vie et ce qui le touche sans en faire trop mais avec toujours le mot juste. « Au moment de l’écriture, j’essaie souvent de me remettre dans l’énergie des débuts mais je ne vais pas faire le mytho : je sais que mes textes quand ils seront sur un album seront analysés et décortiqués donc je fais attention tout en essayant de garder ma spontanéité des débuts quand j’écrivais un texte pour aller slammer en bas de chez moi ». Les textes, Grand Corps Malade les aime aussi chez les autres. « Je suis très attaché au rap qui met le texte en avant. Il n’y a aucune collaboration en vue mais il y a plein de gens que j’apprécie comme Orelsan dont je trouve le dernier album très bon car très axé sur le texte. J’aime aussi beaucoup Gael Faye qui a une plume magnifique. Et je regarde avec beaucoup de bienveillance Bigflo et Oli que j’ai croisés quand ils avaient 14-15 ans et qui remplissent aujourd’hui des Zénith. Ils ont un succès colossal avec de très bons textes ».

Et puis, parmi les gens qu’il aime, il y a bien sûr Renaud. Son idole de jeunesse à qui il a remis « le pied à l’encrier » en l’accompagnant à l’écriture de « Ta Batterie ». Depuis lors, les deux artistes se parlent.

« J’ai encore des contacts avec Renaud. Il est sur un projet d’album pour enfants. Il travaille tranquillement à son rythme. Après 7 ou 8 ans, c’était un grand moment pour lui de retrouver son public et la tournée fut éprouvante »,

explique-t-il comme un écho voilé aux dernières rumeurs qui annonçaient le « Phénix » au plus mal.

De slammeur, Grand Corps Malade se découvre aujourd’hui chanteur sur des morceaux comme « Ensemble » ou « Tu peux déjà ». C’est que l’univers musical est bien plus riche que le cliché du slammeur qui déclame pourrait le laisser penser. Et c’est aussi cette diversité qui fait la force de Plan B. « Je ne sais pas si je suis devenu chanteur mais c’est la première fois que je chante. C’est une petite porte ouverte née sur scène durant la dernière tournée. Et c’est agréable d’entendre le public reprendre un refrain ou chanter avec moi. Je m’en amuse ».

Dimanche Soir et le plan B de Christine Angot

Quand Grand Corps Malade envisage un sixième album, produit comme les précédents par Jean-Rachid sur le label Anouche, il fait le choix de « le sortir en indé ». Sans maison de disques. Sans le circuit traditionnel pour le soutenir.  « On a fait le choix de tout faire nous-mêmes sauf la distribution. Ce n’est pas un choix économique imposé par le contexte car mes précédents albums se sont plutôt bien vendus mais on voulait être totalement indépendants pour la production et le marketing. On s’est dit qu’on commençait à bien connaitre le métier et on avait envie d’y aller en solo. Et vu les chiffres actuels, on se dit que c’était peut-être le bon moment pour y aller ».

C’est que « Plan B » explose les charts. Premier en France. Second en Belgique. L’album a pu compter sur un double buzz chez Laurent Ruquier dans « On n’est pas couché ». Tout d’abord, un emballement musical autour de « Dimanche soir » qui, partagé sur les réseaux sociaux de France 2, devient viral. C’est que l’homme sait poser les mots pour parler avec amour ou tendresse de sa vie et de ses proches. De sa femme et de ses enfants. De ses drames et de ses joies. La vidéo fait des millions de vues et de partages. Sur le plateau, Bruno Solo en pleure. « C’était clairement pour nous une bonne promo car notre musique a été entendue. C’est une frustration que j’ai avec les radios : en dehors des périodes de promo où évidemment ils diffusent un de mes titres lorsque je suis en studio, je ne suis pas ou très peu dans les playlists. Du coup, lorsque je fais des télés, j’essaie toujours d’avoir du live pour pouvoir montrer ce que je fais. Et le choix de « Dimanche soir » a manifestement été un bon choix vu les chiffres ». Et puis, il y a la tirade de Christine Angot sur la notion de plan B. L’auteure française s’était lancée dans une explication alambiquée sur l’idée qu’être artiste était d’office un « second choix ». « Je n’ai pas compris sa phrase. C’était tellement incohérent. Pour moi, oui c’est un plan B mais sa phrase ne voulait absolument rien dire. Plein d’artistes n’ont pas apprécié et l’ont dit. Ils ont eu raison ».

De la scène aux salles

Il n’y a pas aujourd’hui que la musique qui sourit à Grand Corps Malade. Son premier film, Patients, aurait pu être couronné aux derniers Césars mais l’équipe est repartie sans statuette. « Il y avait une pointe de déception car sur les quatre nominations, on espérait celle du meilleur premier film. Mais le palmarès est tellement beau qu’on n’a pas été volé. Et puis le succès en salle fut tel que c’est déjà une magnifique victoire ». Patients, c’est son histoire. Celle d’un homme physiquement brisé qui doit se battre pour retrouver son autonomie et vaincre la paralysie. Le combat mené est violent, mais il est traité avec énormément d’humour et d’autodérision. Des valeurs que le papa espère transmettre à ses deux jeunes enfants. « J’espère que je transmettrai des valeurs liées à ce combat. On ne peut pas transmettre de la force mais on peut transmettre des valeurs de combativité et de prise de recul en essayant de prioriser les choses. Mes enfants sont très jeunes mais j’espère leur transmettre l’optimisme que mes parents m’ont transmis. Cet esprit combatif m’a toujours habité. Et quand tu traverses un tel drame dans ta vie, ça contribue à renforcer à cette capacité à prendre du recul et se battre face à l’adversité ». Une force qui parfois quitte Grand Corps Malade ? « Bien sûr. Je n’arrive pas toujours à rire de tout et quand je suis trop fatigué ou en colère, je gueule. Mais une fois que je me calme, j’essaie de prendre le recul et à trouver cette touche d’autodérision qui permet toujours de retrouver l’espoir ».

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Dans l’immédiat, le futur de Grand Corps Malade se situe sur scène. Avec une date déjà bookée à Esperanzah durant l’été et une tournée belge à l’automne dans différentes villes du pays. Plus tard, ce sera une seconde expérience au cinéma. « Le prochain film sera autour de l’école. On va suivre la vie d’un collègue de banlieue parisienne. On va pas mal rigoler avec les gamins et puis on va essayer de se poser quelques questions sur ces quartiers ».

Aujourd’hui, tout va donc plutôt bien pour Fabien. « C’est un privilège de faire ce que l’on aime et de voir que cela rencontre le succès que l’on voulait. Mes albums se vendent, j’ai pu faire un film qui a bien fonctionné, je parcours les routes pour faire ce que j’aime le plus, donc tant que ce ‘plan B’ fonctionne je m’y accroche. Après, tu ne sais pas de quoi sera fait demain donc on s’adaptera à ce que la vie nous réservera ».

Plan B, Grand Corps Malade – Anouche Productions. En concert le 5 août à Esperanzah et en tournée à l’automne en Belgique.

Le clip de Plan B a été réalisé en Belgique avec la société Digizik. « Ce choix, de Digizik et de venir le faire en Belgique, était clairement un plan A car Digizik nous accompagne aussi dans notre communication »

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