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La bromance musicale de Damien Chazelle et du compositeur de La La Land

Si Ryan Gosling est lui aussi musicien - il était notamment la moitié de l'excellent duo Dead Man's Bones -, il n'est pas à l'origine de la bande son du film. | © La La Land

Musique

Damien Chazelle, le réalisateur du gigantesque succès cinéma de l’année, La La Land, le concède aisément : sans Justin Hurwitz, son acolyte compositeur, le film n’aurait jamais vu le jour. Depuis l’université, le duo est inséparable et collabore sur chaque pellicule.

©AFP PHOTO / VALERIE MACON – Justin Hurwitz aux derniers Grammy Awards.

Depuis qu’on l’a vu, difficile de se sortir de la tête ses mélodies tantôt mélancoliques, tantôt grandioses – comme le music hall et le jazz ont toujours si bien su en enfanter. « Someone in the Crowd » et le morne trajet en métro prend des airs de comédie musicale chatoyante, à deux doigts d’être pris d’un accès de danse irrépressible. « City of Stars » dans les écouteurs et la journée semble immédiatement plus douce – tache de café matinale sur le chemisier comprise.

Ces ambiances musicales, qu’on couplerait bien à celles de sa propre vie, sont l’œuvre de Justin Hurwitz, un compositeur et scénariste américain. Pour La La Land, il a réussi le pari de créer une bande originale à la fois moderne et nostalgique, chargée en émotion, mais sans jamais verser dans le mélo gratuit. Sa musique colle à la perfection à la pellicule – la sublime même. En attestent un Golden Globe et trois nominations aux Oscars. Comme si l’artiste avait su exactement ce que voulait le réalisateur.

Du boys band au duo de cinéma

Et c’est probablement le cas, car Justin Hurwitz et Damien Chazelle sont amis. De ceux avec qui on partage tout – un appartement en colocation à l’université, des disques et une passion commune pour le cinéma. Les deux collaborateurs avaient déjà travaillé ensemble sur Whiplash, le précédent succès cinématographique de Chazelle. Mais leur tout premier partenariat remonte à leurs années à Harvard, où ils se sont rencontrés. Après avoir officiés tous deux dans un groupe pop baptisé Chester French – Chazelle à la batterie et Hurwitz au synthé – , le pianiste s’est attelé à la création de la musique de Guy and Madeline on a Park Bench, le travail de fin d’étude de l’apprenti réalisateur d’alors.

S’il avait dit non, nos routes auraient été bien différentes et il n’y aurait certainement pas eu de La La Land.

Le film comporte de nombreuses similitudes avec La La Land : une comédie musicale tournée vers le jazz, emplie de scènes de danses. Celle-ci est en noir et blanc et remporte alors un franc succès dans le milieu du cinéma indépendant, alors que Damien Chazelle n’est encore qu’un étudiant. « S’il avait dit non, nos routes auraient été bien différentes et il n’y aurait certainement pas eu de La La Land », confie le réalisateur à NPR, qui dit également n’avoir écrit ce film que pour pouvoir collaborer avec son ami – qui n’a composé que pour sa réalisation à ce jour.

1 900 essais pour La La Land

Cette dernière année d’études fut cruciale pour le duo, devenu inséparable, chacun se poussant dans ses retranchements artistiques, dans un rythme de travail éffrené. « Damien et moi étions vraiment liés par cette philosophie de travailler très dur et de sacrifice, cette dernière année… Je me souviens que nous nous poussions très fort et nous faisions sentir l’un l’autre coupable de ne pas travailler assez », se remémore le maestro. « Nous avions beaucoup de conversations à propos du fait que nous voulions tous les deux être vraiment, vraiment bons dans ce que nous faisions et ce que ça impliquait », confie-t-il au magazine de leur ancienne université, Harvard.

©AFP PHOTO / ROBYN BECK – Justin Hurwitz (au centre) s’est entouré des songwriters Benj Pasek et Justin Paul pour « City of Stars ».

Aujourd’hui, c’est toujours cette saine compétition et ce challenge permanent qui dirige la collaboration entre les deux artistes, désormais largement reconnus dans leur domaine respectif. Le travail commence toujours par de multiples e-mails envoyés par Justin Urwitz à Damien Chazelle. En pièce jointe, des enregistrements de tests au piano. La réponse habituelle tient en trois lettres : « non ». Mais de temps en temps, un message lui revient : « C’est incroyable. J’adore ». Au total, ce sont 1 900 démos qu’a créées Urwitz pour Chazelle, rien que pour La La Land, d’après Indiewire.

Un travail collectif

Pour La La Land, les deux artistes ont travaillé main dans la main. La première étape pour Justin Urwitz : composer la mélodie qui illustrerait la romance de Mia et Sebastian – le « thème principal » du film. Si le pianiste s’est inspiré de comédies musicales mythiques comme Les parapluies de Cherbourg ou Les demoiselles de Rochefort, cette pièce se devait d’être unique.

Le travail s’est également poursuivi avec les deux acteurs, Emma Stone et Ryan Gosling, qui l’ont aidé à dessiner l’ambiance musicale du film en chantant certaines chansons live, pendant que Hurwitz jouait du piano. « Nous l’avons fait parce que nous voulions que ces moments vraiment intimes aient l’air authentiques et pour avoir cette vulnérabilité en direct », raconte Chazelle à NPR. « L’idée était de l’embrasser, pas de s’en excuser, pas de la recouvrir d’une quelconque ironie », ajoute-t-il.

Le réalisateur travaille déjà à un nouveau projet de film, dont la thématique ne sera pas musicale, cette fois – ce qui n’empêche Justin Hurwitz de se tenir derrière son piano, prêt à dégainer une bande originale qui sera, c’est certain, scrutée par les oreilles les plus enthousiastes.

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