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Typh Barrow : « La voix de Maurane était à l’image de son âme »

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Maurane et Typh Barrow sur scène, lors de la Fête de l'Iris à Bruxelles. | © Capture d'écran Instagram/Typh Barrow

Musique

Maurane a tiré sa révérence quelques jours à peine après des émouvants retours sur scène, ce 3 mai lors de 14e édition de l’Inc’Rock BW Festival, puis à la Fête de l’Iris à Bruxelles et au gala donné en l’honneur du prince Albert de Monaco ce dimanche 6 mai. La tête pleine de projets, elle parlait de sa « renaissance » après plus de deux ans de silence. Elle chanta par deux fois « Les vieux amants » avec la jeune chanteuse belge Typh Barrow. Le dernier duo d’une très grande carrière.

« En quelques jours, je passe par des sentiments totalement contradictoires. Une immense joie, celle d’avoir pu partager des moments privilégiés avec l’une des plus grandes voix de la chanson française, et puis cette immense tristesse de sa disparition. Tout cela en quelques heures. Ce sont des émotions en montagnes russe que j’ai du mal à gérer », nous dit Typh Barrow. Le destin a voulu que cette jeune chanteuse belge soit la dernière artiste à chanter en duo avec Maurane à Incourt d’abord, à Bruxelles ensuite, dans des soirées où elles rendaient hommage à un autre monument de la chanson belge, Jacques Brel, disparu il y a quarante ans. « Une expérience extraordinaire », dont témoigne Typh Barrow : « Quelque chose d’unique s’est passé, on a eu l’impression de s’être connues depuis toujours. Elle semblait heureuse et puis, deux jours après, elle n’est plus là. C’est un choc incroyable. Tellement incompréhensible et injuste. Je suis trop bouleversée, je ne trouve pas les mots ».

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Ce retour sur scène de Maurane n’était pas évident. L’organisateur de l’Inc’Rock, Benoît Malevé, a dû le négocier pendant plusieurs semaines avec le manager de Maurane, Jean-Claude Doyen, ainsi qu’avec la sœur de l’artiste : « Ces deux dernières années, elle a vécu des moments difficiles. Sans doute une forme de trop plein après ‘La Nouvelle star’ auxquels se sont ajoutés des problèmes de cordes vocales. Comme tellement d’artistes de grand talent, Maurane avait des failles émotionnelles, des fragilités, un cœur trop immense. Mais je la voulais absolument dans cette soirée d’hommage à Jacques Brel. Elle est finalement venue. Avant de monter sur cette scène, cette grande dame de la chanson avait le trac d’une débutante. Et puis, dès qu’elle a commencé ce duo avec Typh Barrow, la magie a opéré. Elle était là à nouveau. C’est une prestation qui la remplit de bonheur et les 1 200 personnes qui ont eu la chance d’y assister ne l’oublieront pas. Elle a été fort applaudie. L’émotion était palpable ».

« Elle regardait vers l’avenir »

« Après avoir chanté, on s’est serrées longuement dans les bras l’une de l’autre. Je tremblais d’émotion », reprend Typh Barrow. « En backstage, on a beaucoup parlé, on a bien rigolé aussi. Elle était taquine. Nous étions très excitées, joyeuses d’avoir partagé quelque chose de fort. Je lui ai proposé que nous rechantions ensemble à la fête de l’Iris et elle a accepté tout de suite. Cette-fois là encore, après le concert, on a passé du temps ensemble. Elle regardait vers l’avenir, elle était très enthousiaste à l’idée de pouvoir sortir bientôt un album rendant hommage à Jacques Brel. Mais elle a m’a aussi parlé d’un projet de trio. Elle rêvait de faire une sorte de Destiny’s Child, version belge. Cela m’aurait plu d’y participer. Elle m’a dit aussi qu’elle m’écrirait une chanson ».

« Je pensais qu’elle partirait immédiatement après sa prestation mais elle est restée pour le final, pour partager un moment de communion avec les autres artistes », complète Benoît Malevé. « Elle vivait cela comme ‘une renaissance’. C’est d’ailleurs le terme qu’elle avait utilisé sur scène avant de chanter. Une dizaine de ces proches l’accompagnait. Elle était entourée, elle avait besoin de cet amour. Ils l’ont rejoint par l’entrée des artistes et ils sont encore restés quelques heures, heureux de ce retour réussi. Personne n’aurait pu imaginer ce qui allait se passer ».

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« On ne sait pas encore tout »

Très ému, Jean-Claude Doyen confirme ce sentiment. Rien n’annonçait cette brutale disparition. Ces mini-concerts auxquels elle venait de participer l’avaient rendue « extrêmement heureuse », alors qu’ « elle sortait enfin d’un période très difficile. Comme d’autres artistes, elle a eu un problème de voix. Elle n’était pas bien et elle avait mis deux ans pour revenir. On était bien reparti. On avançait dans l’enregistrement de son album sur Brel. Tous les feux étaient verts… Et précisément à ce moment où tout allait bien, où tout repartait… Rideau. C’est fini. On l’a retrouvée sans vie chez elle. Elle est tombée. Est-ce une attaque qui a provoqué la chute, est-ce sa chute qui l’a tuée ? Le parquet a mis les scellés. On ne sait pas encore tout. Mais ce qui est arrivé est possiblement un banal accident, c’est aussi con que cela. Voilà… Je ne peux rien dire de plus. Je ne veux rien dire de plus. Vous comprendrez qu’aujourd’hui, je veux donner mon temps à sa famille plutôt qu’à la presse. Je travaillais avec elle depuis 1986. Je perds une artiste, je perds un membre de ma famille, je perds une partie de ma vie ».

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Christelle Anceau/Inc’Rock Festival

Maurane avait rendu plusieurs fois hommage à Jacques Brel. Mais désormais, c’est son tour, c’est à elle d’être l’objet de louanges méritées. « Je ne l’ai connue qu’à travers ces deux duos que je vois comme un cadeau de la vie », conclut Typh Barrow. « Par conséquent, je ne sais pas tout de Maurane; je ne l’ai pas connue pendant sa période de difficulté et ce n’est pas à moi d’en parler. Mais j’ai envie de dire que la femme que j’ai rencontrée était d’une extrême gentillesse et qu’elle avait des idées plein la tête, de l’enthousiasme à partager. C’était une immense professionnelle, une technicienne de la musique qui avait le sens de l’harmonie et de l’improvisation. Elle avait une oreille absolue. Sa voix était à l’image de son âme : grande et belle. Entière et généreuse ».

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