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Spotify : Après la disparition de R. Kelly, à qui le tour ?

En août 2017, Spotify avait déjà banni de son service des groupes de musique qualifiés de "haineux", lié au mouvement suprémaciste blanc ou aux néo-nazis | © Pixabay

Musique

Ce jeudi, Spotify a décidé de faire disparaître de ses playlists et autres suggestions les titres de R. Kelly, le chanteur accusé d’abus sexuels.

Utilisateur de Spotify, vous vous êtes sans doute déjà laissé surprendre par les suggestions algorithmiques et les playlists thématiques de la plateforme : Discover Weekly, RapCaviar, New Music Friday ; l’occasion opportune de (re)découvrir des titres en tous genres. Mais depuis hier, en raison de la nouvelle charte sur les contenus et les comportements haineux de l’entreprise suédoise, certaines chansons sont portées disparues. Leur point commun ? Des interprètes accusés de violences à l’égard des femmes. Parmi eux, R. Kelly, le célèbre chanteur de R&B.

Une fois de plus, tout a commencé avec un hashtag. Le 30 avril dernier, l’organisation Time’s Up, créée au lendemain de l’affaire Weinstein, lance la campagne #MuteRKelly (« faites taire R. Kelly »). Jusqu’ici, l’industrie musicale avait été étonnamment épargnée par le mouvement #MeToo qui continue pourtant de secouer les mondes du cinéma, des médias ou plus récemment de l’Académie du Prix Nobel. Cette fois-ci l’organisation qui dénonce les agressions sexuelles, le harcèlement et les inégalités au travail, a interpelé Spotify, mais aussi Apple Music, Ticketmaster et RCA Records pour leur collaboration avec R. Kelly.

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R. Kelly a été jugé pour pornographie enfantine et accusé de « relation sexuelle indécente » avec des mineures, mais n’a jamais été condamné. © Belga

Dix jours plus tard, Spotify acte et cesse toute promotion des titres du chanteur, parmi lesquels l’incontournable « I believe I can fly », qui demeureront néanmoins en ligne et écoutables sur la plateforme. L’idée est simple pour le groupe suédois : continuer sa lutte contre les contenus qui incitent à la haine et à la violence. « Nous ne censurons pas le contenu en raison du comportement d’un artiste ou d’un créateur, mais nous voulons que nos décisions éditoriales – ce que nous choisissons de programmer – reflètent nos valeurs. Quand un artiste ou un créateur fait quelque chose de particulièrement préjudiciable ou haineux (par exemple, la violence contre les enfants et la violence sexuelle), cela peut affecter la façon dont nous travaillons avec ou soutenons cet artiste ou ce créateur », peut-on lire sur son site.

Eminem, Chris Brown et les autres

Cette décision arrive neuf mois après les manifestations de l’extrême droite américaine à Charlottesville (État de Virginie), à la suite desquelles Spotify avait déjà entamé le combat en mettant plusieurs hymnes suprémacistes définitivement hors-ligne. Un peu après R. Kelly, ce sont les musiques de XXXtentacion, accusé d’avoir battu sa femme enceinte, qui ont disparu des listes de lecture de la plate-forme. Alors la question se pose : qu’adviendra-t-il par exemple des albums de Chris Brown, d’Eminem et Bobby Brown, tous accusés de violences conjugales ?

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Interpellé sur Twitter par un journaliste du New York Times, il répond : « Je n’ai aucun commentaire, juste une question : Spotify va-t-il retirer tous les noms de cette liste de ses playlists ? », avant d’énumérer une vingtaine d’artistes accusés de violences domestiques ou sexuelles. Ce à quoi Spotify rétorque : « Comme vous pouvez l’imaginer, c’est un processus qui peut faire objet de débats et de désaccords (…) nous collaborons avec des partenaires qui travaillent au cas par cas ».

Dans l’annonce qu’elle a postée hier sur son site Internet, la société de streaming admet que sa nouvelle politique touche à des « sujets délicats » et que pour cette raison, elle continuera d’évoluer : « Nous ferons des erreurs, nous apprendrons de ces dernières et nous vous écouterons toujours pendant que nous travaillons à continuer de construire la plateforme Spotify ».

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