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« Bella Ciao » : Quand les industries musicale et de séries tablent sur un hymne à la résistance

La Casa de Papel. | © Netflix

Musique

Remis au goût du jour à travers la série La Casa de Papel diffusée sur Netflix, le chant révolutionnaire « Bella Ciao » séduit désormais l’industrie musicale alors qu’il s’apprête à être réadapté par… Maître Gims.

On se souvient l’avoir fredonné autour d’un feu de camp en plein été, sur les notes d’une guitare désaccordée. Des années avant, c’était au tour de nos parents et grand-parents d’entonner à l’unisson le refrain de cet hymne des partisans italiens.

Un chant lointain…

Avec le succès planétaire de la série La Casa de Papel, l’éternelle « Bella Ciao » voit aujourd’hui sa popularité remonter d’un cran. Même sans connaître l’histoire du braquage phénoménal de la Fabrique nationale de la monnaie madrilène, les uns se surprennent à siffloter un air qui ne les quitte plus, pendant que les autres continuent de l’écouter en boucle dans les oreillettes. Ce que certains savaient déjà, c’est qu’avant de devenir l’hymne d’un groupe de braqueurs espagnols masqués, « Bella Ciao » était d’abord un chant révolutionnaire italien qui revient de (très) loin. Des rizières de la région du Pô, où les ouvrières agricoles dénonçaient au début du vingtième siècle leurs épouvantables conditions de travail, en passant par la Seconde guerre mondiale et la lutte antifasciste, la chanson va traverser les âges ainsi que les territoires. Jusqu’à devenir un hymne à la résistance dans le monde entier.

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Et si le réalisateur Alex Pina a fait un tel choix musical pour sa série à succès, ce n’est probablement pas par hasard. Pour le chercheur Pierre Sérisier interrogé par le Monde, la série espagnole « s’empare du thème du braquage pour en faire une utopie sociale ». Dès lors, la mélodie de « Bella Ciao » apparaît idéale pour illustrer le thème principal de la série : la rébellion. « L’utilisation récurrente de la chanson révolutionnaire italienne ‘Bella Ciao’, les tenues portées par les braqueurs rappelant celles des prisonniers de Guantanamo, ou leurs masques évoquant ceux des Anonymous ainsi que le visage de Salvador Dali, briseur de codes par excellence », sont autant de détails dans lesquels s’inscrit la contestation suprême des protagonistes de La Casa de Papel.

… repris à toutes les sauces

Bien avant qu’il soit repris par Berlin et El Profesor, le refrain populaire des partigiani italiani a été rapidement récupéré par la scène musicale, connaissant au fil de temps de plus ou moins gros succès. Après Yves Montand, Manu Chao, traduit du français à l’espagnol, jusqu’aux Choeurs de l’Armée Rouge, le refrain révolutionnaire s’apprête aujourd’hui à être remixé « comme jamais ». Alors qu’on se souvient de son énorme tube qui s’appelait déjà « Bella », Maître Gims travaille actuellement sur un nouveau son qui pourrait bien faire autant de bruit. Aux côtés des artistes Vitaa, Slimane et Dadju, le rappeur français a dévoilé ce dimanche les premiers extraits d’une version pour le moins revisitée. « Tu vas t’envoler, j’attends ton retour, oh bella ciao, j’ai beau chanter, mais j’attends toujours, que tu reviennes ô mon amour », entend-t-on de la voix de la chanteuse Vitaa. Une traduction loin (très loin) du message initial qu’est censé porter la célèbre mélodie. Une projet qui s’annonce à haute visée commerciale et qui laissera sceptique plus d’une oreille…

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