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Coeur de Pirate : « Dans ma vie privée, j’étais toujours attirée par les mauvaises personnes »

Coeur de Pirate en tournée à partir du 26 septembre, le 9 octobre à Paris (Olympia). | © Claire Delfino / Paris Match

Musique

Elle ne voulait plus faire de musique. Les critiques  sur les réseaux sociaux l’avaient usée. Mais en étant jurée de « Nouvelle star », Cœur de Pirate retrouva l’envie d’écrire. De dire ses blessures de jeune femme, de raconter ses histoires d’amour sans lendemain, ses hésitations liées au genre sexuel. Elle a réussi un disque intense, intime et bouleversant.

Paris Match. Pourquoi est-ce que tu ne voulais plus faire de musique ?
Cœur de Pirate. Je voulais surtout faire des choses différentes, pas forcément briller. Je pensais vraiment mettre mon savoir-faire au service d’autres gens. Jusqu’à ce que Yadam, ce candidat du Venezuela, reprenne l’une de mes chansons. Il a expliqué combien mon titre l’avait aidé dans sa vie personnelle. Et là, j’ai compris que tout ce que j’avais fait depuis dix ans pouvait aider les gens. Je n’en avais jamais vraiment eu conscience.(…)

Tu reviens donc avec un disque très personnel où tu n’hésites pas raconter tes expériences malheureuses, avec des garçons comme avec des filles.
Toutes mes chansons sont une forme de thérapie. Là, j’ai traversé une vraie dépression, état dans lequel j’étais au moment de « Nouvelle star ». Et la vague MeToo est arrivée. Cela m’a donné le courage de parler de choses que je pensais taboues par le passé. Je me suis rendu compte que, dans ma vie privée, j’étais toujours attirée par les mauvaises personnes. Je me suis demandé pourquoi je me complaisais dans des situations horribles. Pire, lorsque les choses allaient bien, j’avais envie de me barrer tout de suite. Alors, j’ai fouillé dans mon passé. Enfant, je m’ennuyais énormément et j’étais timide. J’allais toujours vers ceux qui pensaient que je n’étais pas à la hauteur. C’est malsain comme situation, mais je ne suis pas la seule à la vivre. Et j’essaie en ce moment de sortir de cette spirale.

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Les garçons ou les filles que tu rencontres sont-ils là pour les bonnes raisons ? 
C’est compliqué de faire la part des choses. Au début, je crois que tout va bien. Et puis, très vite, la célébrité se heurte à la réalité. Beaucoup de ceux ou de celles avec qui je suis sortie n’acceptaient pas que je sois un personnage public. Mais ça fait partie de ma vie, de mon métier.

Cœur de pirate – Dans la nuit

Tu décris tes partenaires comme des monstres, tu évoques les vices de l’amour…
Dans mes disques précédents, j’endossais le rôle de la victime. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est moi qui recherchais ce genre d’expériences. Souvent, dans l’amour, les gens s’oublient. Il ne faut pas faire ça ; au contraire, il faut éviter d’être totalement dépendant. Moi, j’ai toujours tout fait pour l’autre personne. Et j’ai eu tout faux. Mais il m’a fallu du temps pour le comprendre, je n’ai pas encore 30 ans.

Tu as peur de passer à côté de la grande histoire d’amour de ta vie ?
Exactement. Mais la grande histoire, il faut avant tout l’avoir avec soi-même, sinon tu ne pourras jamais être en couple de façon saine et équilibrée. Alors, en ce moment, je suis seule. J’essaie de me reconstruire. Ce disque m’a aidée à me rendre compte que je ne pourrais pas avoir une relation saine si je ne suis pas en paix avec moi-même. Chose que je ne pouvais pas faire depuis dix ans, car j’ai tout le temps travaillé, j’ai sauté d’une histoire d’amour à une autre. Et je n’ai pas pris le temps de m’explorer. [Elle rit.]…

Tu vas même jusqu’à évoquer le viol conjugal. C’est ce que tu as connu ?  
On peut vivre une agression au sein de son propre couple. Et certains ne s’en rendent pas compte parce qu’ils sont avec quelqu’un qu’ils sont censés aimer. C’est très insidieux. J’ai mis beaucoup de temps dans ma vie à me rendre compte que je pouvais dire « non ». J’ai été souvent malheureuse dans mes relations sexuelles alors que ça devrait être l’inverse. Les jeunes filles sont conditionnées, on nous a appris toute notre vie qu’on devait se plier au désir de l’homme. Mais non.

Je suis femme cisgenre et fière de l’être.

En quoi l’affaire Weinstein t’a libérée ?  
Les femmes n’ont rien dit pendant si longtemps… Cela change complètement la donne. Je n’ai pas peur de dire que je suis féministe. Pour défendre aussi les femmes trans, les gens non binaires. J’ai une fille qui va avoir 6 ans. Elle a une force redoutable que moi je n’avais pas à son âge. Si je peux continuer à nourrir ça, je me dis qu’elle n’aura aucun problème plus tard. Tant mieux.

Dans le disque, tu racontes ton intimité. Tu ne crains pas qu’elle découvre des choses sur toi ? 
Au contraire, j’ai envie qu’elle l’écoute plus tard et qu’il l’inspire. Mes chansons, ce sont des images, elles sont bien moins crues que celles de Gainsbourg ou qu’un clip de Rihanna. Je suis une femme et j’ai besoin que la conversation change au niveau du genre. Qui n’est qu’une construction imposée par la société. Aujourd’hui, on n’est pas obligé d’être née femme pour le devenir. Tout comme on n’est pas obligé d’être né homme pour le devenir. Ce n’est plus un problème.

Et toi, tu es quoi ?
Une femme cisgenre [en accord avec son genre de naissance] et fière de l’être. Mais je comprends celles qui ne se sentent pas à l’aise. Les jeunes aujourd’hui n’hésitent plus à dire qu’ils sont attirés par un autre genre que celui de leur naissance. Je trouve ça très beau. Moi, ado, quand j’ai eu mes premiers crushs sur des filles, j’avais peur du rejet. Donc ça m’a complètement bloquée. Je me disais : « Peut-être suis-je la seule à me sentir comme ça ? » Alors que c’est faux ! Je suis sûre qu’il y avait des tonnes de filles dans le même cas que moi. [Elle rit.]

Il faut prendre les réseaux sociaux au dixième degré, sinon on devient fou.

Du coup, tu t’es tournée vers les garçons par défaut ? Parce que la société l’imposait ? 
Tout à fait. Mais attention, j’ai eu de très belles histoires avec des hommes et j’ai eu de très belles histoires avec des femmes. Ce que je trouve magnifique, aujourd’hui, c’est que je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je ne sais pas vers qui l’amour me mènera. Mais je prendrai cette fois le temps avant d’y aller.

Tu te fais draguer sur les réseaux sociaux ? 
Je suis quelqu’un qui vibre passionnément et qui s’est pas mal fait avoir. Donc je me méfie, il faut prendre les réseaux sociaux au dixième degré, sinon on devient fou. Et pour répondre à ta question, le pire, pour moi, c’est que je ne peux même pas aller sur Tinder ! [Elle rit.]

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Tu te vois comment dans dix ans ? 
Je ne sais pas, je n’y pense pas. Je ne me vois pas forcément sur le devant de la scène, c’est tellement exigeant…

En tournée à partir du 26 septembre, le 8 octobre à Bruxelles (Ancienne Belgique).

« En cas de tempête, ce jardin sera fermé » (Mercury/Universal).

Retrouvez la suite de cet entretien dans Paris Match dans toutes les librairies le jeudi 14 juin.

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