Paris Match Belgique

« Jacques Brel était bipolaire »

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Jacques Brel. | © MAXPPP

Musique

« Il avait cette impression de ne pas avoir été aimé. C’était étrange. Il était bipolaire » : France Brel, la fille de l’inoubliable artiste, livre un portrait bouleversant ce jeudi dans Paris Match Belgique.

Le 9 octobre prochain, il y aura quarante ans que disparaissait Jacques Brel. Dirigée par sa fille France, la Fondation Jacques Brel célèbre cet anniversaire à travers une expo-événement qu’elle décrit cette semaine dans Paris Match Belgique.

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France Brel (à droite) et sa collaboratrice Anna Konczuk. © DR

Mais, surtout, elle livre un portrait inattendu de son père de légende… qu’elle appelle d’ailleurs Jacques et non « papa ». « C’est lui-même qui me le demande un jour. (…) J’ai presque 21 ans à l’époque. Je n’oublierai jamais ce moment. Je pense que la paternité et ses filles ne l’intéressaient pas. Il voulait vivre d’autres choses. (…) (À l’époque) Il peut être dur et j’en souffre. Du moins au début. Cette forme d’amour paternel un peu particulière est comme une vague à prendre dans la figure. Et comme avec les vraies vagues, je plonge en dessous et laisse passer les remous. Je finis avec patience à accepter cette dureté tendre. (…) Il disait souvent : «On ne m’a jamais compris». Au fond de lui, il y a avait cette impression de ne pas avoir été aimé. C’était étrange. Un mystère. Il était assez bipolaire : ou il s’intéressait à l’autre, ou l’autre devait l’écouter. »

Thérèse, l’épouse de Jacques Brel (à droite) et deux de ses filles lors d’une cérémonie de commémoration en l’honneur du poète. © BELGA PHOTO ARCHIVES

France Brel revient aussi sur le jour du décès de son père, à l’âge de 49 ans. « Ce jour-là, avant que les radios n’annoncent la nouvelle, je reçois un coup de téléphone de ma mère. Elle m’annonce la mort de Jacques. Je prends la direction de l’hôpital d’Avicenne de Bobigny, près de Paris. (…) À l’entrée, des photographes se pressent, des mesures de sécurité sont prises, je dois décliner mon identité. On me fait emprunter des couloirs dérobés pour accéder à sa chambre. Je découvre le visage apaisé de celui qui peut partir le travail accompli. Pour ne pas m’écrouler, je m’accroche à cette pensée : il a achevé son chemin de pèlerin. Une infirmière en larmes me confie qu’il passait son temps à fixer l’arbre du jardin pour rester en contact avec la nature. (…) Il n’y aura aucun hommage officiel, aucun moment pour lui dire adieu. On va juste nous accorder le droit de descendre à la morgue et de regarder ensuite l’avion s’envoler avec son cercueil à bord. C’est si dur. (…) C’est en tombant sur Paris Match quelques mois plus tôt que j’ai appris que Jacques était hospitalisé. Lorsqu’il est rentré des Marquises pour se faire soigner en France, des photos de sa descente d’avion sont publiées. Rentré en Europe, il n’a même pas pris soin de nous prévenir. C’est violent. On ne compte plus pour grand-chose. Ou alors il ne voulait pas que je le voie si diminué. Sans doute un peu des deux… « .

Retrouvez l’interview complète de France Brel dans le dernier numéro de Paris Match Belgique.

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