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Flavien Berger : « Je fais de la musique de science-fiction »

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Révélé en 2015 par une odyssée sous-marine à la recherche du Léviathan, le compositeur français Flavien Berger signe son grand retour en 2018 avec Contre-Temps. Rencontre avec cet autodidacte qui propose une musique d’une envoûtante singularité.

 

Il est une des figures importantes de la nouvelle vague d’artistes qui participent à la renaissance de la chanson française. Mais Flavien Berger s’en distingue par sa poésie numérique, sa musique à la fois cinématique et futuriste ainsi que son invitation constante au voyage. Après le succès de son premier album Léviathan sorti en 2015, l’artiste français transporte sa musique et ceux qui l’écoutent dans une nouvelle dimension avec Contre-Temps. Vu l’attente autour de ce potentiel « album de la confirmation », la pression était logiquement présente. « C’était compliqué de le terminer, confie le compositeur surréaliste rencontré en toute logique à quelques mètres du Musée Magritte, à Bruxelles. « Parce que terminer cela veut dire de faire des choix. Faire des choix, c’est le truc le plus compliqué dans la vie. Pour y arriver, je ne suis pas tout seul », ajoute celui qui a tout de même appris à faire de la musique avec Music 2000 sur Playstation 2. Ici, il n’est plus question d’aventures aquatiques dans les abysses mystérieuses à traquer un monstre inconnu qui finalement « est peut-être la musique elle-même ». Avec Contre-Temps, l’autodidacte veut offrir un voyage, plus mental cette fois, dans le temps.

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« Les clips, c’est un moment de partage »

Formé à l’ENSCI (l’École nationale supérieure de création industrielle), à Paris, le jeune trentenaire a enseigné la vidéo et le son dans un établissement préparatoire aux écoles supérieures d’art et d’animation avant de se consacrer totalement à sa musique. Influencé par une famille dans le milieu du cinéma avec sa mère monteuse, Flavien Berger aurait pu suivre leurs pas. « J’ai longtemps voulu et cru que j’allais être réalisateur et faire des films pour le cinéma », explique-t-il après avoir remercié ses parents de l’avoir emmené au cinéma et d’avoir loué des cassettes VHS durant son enfance. « Au moment où je croyais cela, je me suis rendu compte que je ne faisais pas de films, mais de la musique. Du coup, je me suis dit “je fais de la musique” ».

Par envie ou par curiosité du travail des autres, je vais essayer de prêter ma musique à leur univers. C’est pour cela que mes clips n’ont pas tant une continuité esthétique, qu’une continuité amicale.

Le compositeur met tout de même un point d’honneur à l’esthétique de ses clips. Que ce soit au coeur d’une fête foraine dans « La Fête Noire » ou avec un chevalier dans un taxi dans « Brutalisme », les mises en scène sont toujours captivantes. « C’est pas forcément moi qui les conçoit, plutôt les personnes que j’invite. Donc pour moi, les clips, c’est un moment de partage », confie Flavien Berger. « Par envie ou par curiosité du travail des autres, je vais essayer de prêter ma musique à leur univers. C’est pour cela que mes clips n’ont pas tant une continuité esthétique, qu’une continuité amicale. Ce sont des invitations avec des gens avec qui j’ai envie de travailler, dont j’aime le travail, dont j’aime la personne. Et c’est tout le temps un projet, une rencontre », ajoute le musicien modeste qui s’entoure régulièrement de son ami Robin Lachenal, de La Comète ou encore de l’artiste belge Marine Dricot.

Si les images et le son s’accordent si bien, c’est aussi grâce au processus de composition. « Souvent, je pose des images sur mon bureau pendant que je compose. Elles m’inspirent », explique Flavien Berger. L’inverse aussi… « Quand tu fais de la musique, il y a des ambiances qui se génèrent. C’est une auto-hypnose de faire de la musique. C’est un peu comme rêver éveillé. On passe beaucoup de temps à écouter sa musique. On la fait, on l’écoute, on la fait, on l’écoute, on vérifie où on en est. C’est comme regarder ce qu’on est en train de peindre. Et dans ces moments-là d’écoute, on se laisse souvent aller à des rêveries, à des moments imaginaires. Et c’est souvent ces images-là qui m’accompagnent dans le disque, dont je fais part ou pas au clippeur ».

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Classer la musique avec des cartes Magic

Avec cette vision d’un projet artistique, Flavien Berger refuse de réduire la musique à un discours purement musical, ou de réduire la sienne à un genre particulier. Selon lui, la catégorisation musicale pourrait aller encore plus loin. « Classer des musiques est pratique pour certaines personnes qui travaillent dans le domaine. Après, j’aimerais bien, tant qu’à utiliser des genres, qu’il y ait plein de genres différents et que ce soit des sortes de cartes Magic de genres et qu’on se les échange pour que ce soit complexe et visuellement inspirant et fleuri », lance l’artiste à l’imagination débordante. « C’est pour cela que je dis que je fais de la musique de science-fiction, c’est un genre qui ne va pas à la musique. À des séries et des films, oui, mais à la musique, cela ne veut rien dire. J’aime bien ce cross-genre ».

Flavien Berger
L’album Contre-Temps. Sortie le 28 septembre chez Pan European Recording. © DR

« En concert, le public n’est pas là pour écouter le disque plus fort »

Trois ans après Liévathan composé sur GarageBand, Flavien Berger a opté pour le logiciel Logic pour Contre-Temps, sans toutefois changé véritablement sa méthode de travail. « Je fais de la musique chez moi. Le studio, j’aime pas trop. Je crois que cela me panique parce qu’il y a plein de mecs derrière le tableau de bord et il faut assurer. C’est pas très spontané », confie-t-il. Et entre la scène et son chez lui ? « En vrai, je préfère composer des disques parce que je suis bien chez moi. Mais j’adore la scène, parce que cela fait appel à d’autres ressources, d’autres endroits du cerveau qui ne sont pas pareils. J’en ressors nourri de nouvelles expériences et plus fort à chaque fois. C’est hyper valorisant. Et depuis que je fais de la scène, j’ai vachement plus confiance en moi ».

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Comme ses clips, le compositeur veut que ses concerts soient également « un moment de partage ». Pour cela, il n’hésite pas à improviser, parfois durant toute la durée du concert. « C’est important pour moi, et puis pour ceux qui viennent. Petit à petit, cela devient quelque chose qui fait partie de mon concert et les gens le savent. On n’est pas là pour écouter le disque plus fort. On est là pour voir où j’en suis dans ma tête à ce moment et qu’on le partage. C’est un moment de rencontre, et j’essaie d’en faire un moment unique. (..) C’est pour cela que mes concerts, ils sont moins des spectacles que des discussions entre le public et moi ».

Flavien Berger sera en concert à Bruxelles, le 25 septembre à la Fifty Fifty Session et le 22 novembre au Botanique.

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