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Nous avons écouté « Mon pays, c’est l’amour », l’album posthume de Johnny Hallyday

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"Mon pays, c’est l’amour", l’album posthume de Johnny Hallyday. | © DR.

Musique

Warner avait convié une centaine de fans et de journalistes à découvrir le disque tant attendu qui sera dans les bacs vendredi.

Il est 15h10 quand Thierry Chassagne prend la parole pour présenter cette écoute un peu spéciale. « La meilleure manière de vous présenter ce disque, c’est de vous le faire écouter ». Alors voilà. Chacun chausse un casque et les premières notes démarrent. « Mon pays, c’est l’amour » commence par un souffle. Une intro de clavier. Et la voix de Johnny, puissante, déchirante qui annonce d’emblée « J’en parlerai au diable ». « Le jour viendra où je ne me cacherai plus (…) Et lui seul m’entendra. (…) Je lui dirai l’innocent, le coupable, l’homme que j’ai été ». Johnny se confronte à la pénitence, à ses tourments. Pierre Jouishomme, l’auteur du texte, lui fait dire quelques vérités : « Je l’ai souvent cherché, j’ai trop flirté avec les limites. En soliste, je lui dirais mon histoire ». 3 minutes 37 épiques, envoûtantes, la plus belle entrée en matière possible, vu le contexte très spécial dans lequel sort ce disque.

Une ode à Laeticia

Mais dès la deuxième chanson, virage à 180 degrés, et énorme surprise. « Mon pays c’est l’amour » est un titre rock qui rappelle ceux des années 60. Loin de la ballade attendue, on retrouve un Johnny quasiment adolescent dans sa manière de chanter. Des cuivres, une guitare vibrionnante, un solo de trompette. 2 minutes 39 intenses, comme au bon vieux temps. « Made in rock’n’roll » s’avère être une adaptation de « Let the good times roll » de JD McPherson, signée de Pierre Dominique Burgaud. BB King ou Ray Charles l’ont chantée et Johnny en fait un combat contre le temps. « Qui se lassera bien (…) Car c’est écrit sur ma peau, je suis ‘made in rock’n’roll’ ». Là aussi, les guitares impressionnent par leur abrasivité. Maxim Nucci a d’ailleurs conçu un son très contemporain, qui claque à chaque titre. Première ballade, « Pardonne-moi » pourrait se lire comme une ode à Laeticia. Yohann Mallory et Hervé Le Sourd font chanter à Johnny « J’aimerais t’aimer comme il se doit (…) Pardonne-moi, si tu rêvais d’un autre moi, si tu rêvais d’une autre vie (…) Comment tromper la mort quand elle sourit ? » Difficile de ne pas être bouleversé par l’aspect testamentaire de ce titre, où Johnny lance, tel un défi à la vie : « Dis-moi qu’aurais-je pu faire de mieux ? »

L’auditeur est sonné par cette première, courte, partie d’album. Yvan Cassar a conçu ensuite un interlude pour emmener l’auditeur vers une autre rive. Dans les chansons suivantes, on retrouve un Hallyday conteur, limite acteur de ses titres. « 4m2 » évoque la condition terrible des prisonniers. « Quatre mètre carrés et des poussières, c’est la dimension de l’enfer » chante-t-il magnifiquement.

Johnny chante l’amour, les gonzesses et les plaisirs du rock sauvage

Car impossible ici d’imaginer un homme malade derrière le micro. Johnny se montre sur chaque titre plus en forme que jamais, vocalement parlant. Sur « Back in L.A. », il chante cette fille perdue, ou plutôt qui l’a abandonné. Et il la supplie : « C’est ici que je t’aime / C’est ici que je t’attends ». Comme à ses débuts, Johnny chante l’amour, les gonzesses et les plaisirs simples, immédiats du rock sauvage qu’il aime tant. Sur « L’amérique de William », deuxième ballade, teintée de blues et de country, Johnny rend hommage aux images du photographe William Eggleston. « Il y a de la vie en kodachrome, des drive-in et des mobil-home / Sur les photos d’Eggleston ».

Seul point faible du disque, « Un enfant du siècle » mérite probablement plusieurs écoutes avant de comprendre de quoi parle vraiment le titre. Heureusement il y a cette guitare cinglante qui porte l’ensemble. Sur « Tomber encore », Maxim Nucci a probablement été très inspiré par le E-Street band de Bruce Springsteen. Le piano fait évidemment penser à celui de Roy Bittan. Et cette fois le nouveau venu Boris Lanneau signe une grande chanson d’amour « Fais-moi encore tomber amoureux fou », chante un Johnny déchaîné. « Fais moi encore tomber à genoux ».

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Dernier titre et pas des moindres. « Je ne suis qu’un homme » vient donc conclure cet ultime album. Comme pour « J’en parlerai au diable », la chanson évoque en creux les questionnements d’un homme toujours en proie aux doutes. Celui qui se demande : « Comment rester debout quand l’urgence se réveille au fond du cœur des hommes ? ». Et voilà Johnny qui répète plusieurs fois « car je ne suis qu’un homme ». Une confession ultime d’une évidence sobre. Les fans présents à l’écoute ont tous les yeux rouges. En 37 petites minutes, Johnny est revenu une dernière fois du monde des morts. Toujours aussi pertinent. Évidemment bouleversant…  Le testament d’un homme qui n’en avait clairement pas terminé avec la vie.

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