Quand Vladimir Poutine s’en va-t-en en guerre contre le rap

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Le boss du Kremlin n'est pas un grand fan des cultures urbaines. | © Tass / ABACAPRESS / Sergei Bobylev.

Musique
Le mois dernier, l’arrestation du rappeur russe Husky et l’annulation de plusieurs de ses concerts qualifiés d’« extrémistes » avaient ravivé les craintes de censure.

 

C’est bien connu, la culture musicale russe n’est pas la plus populaire au monde et a du mal à s’exporter au-delà de ses frontières. Mais il y a un bon élève qui entend bousculer les traditions : on a nommé le rap russe, qui commence tout doucement à se faire un chemin sur la scène internationale. Un genre musical souvent synonyme de contestation qui n’épargne évidemment pas son président Vladimir Poutine.

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« Orienter le rap vers un autre chemin »

Un « Vlad » qui n’est visiblement pas fan des jeunes pousses du rap game de son pays. Le président a donc fait savoir ce week-end que son gouvernement allait intensifier le contrôle qu’il exerce déjà sur les musiques urbaines, comme le rapporte la BBCS’il a cependant précisé qu’il était « impossible » de mettre en place une interdiction totale du rap, le chef du Kremlin a néanmoins affirmé qu’il fallait en « reprendre le contrôle » et « l’orienter vers un autre chemin ».

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Le rappeur Oxxxymiron lors du concert de soutien à son collègue Husky, emprisonné douze jours par les autorités. © AFP / Maxim ZMEYEV.

Alors qu’il rencontrait ce samedi des conseillers culturels afin de parler d’un enjeu selon lui très pressant, la propagation du genre musical à travers le pays, le président russe a considéré qu’il constituait « le chemin vers la dégradation de la nation ». « Si c’est impossible d’arrêter [le rap], il devrait être gouverné et navigué d’une certaine façon », aurait encore affirmé Poutine, d’après l’Associated Press. Selon lui, le rap « s’appuie sur trois piliers : le sexe, la drogue et la protestation », et c’est par-dessus tout la glorification de l’usage de drogues qui constituerait la plus grande menace, pire encore que les mots vulgaires utilisés par les rappeurs.

Une arrestation polémique

Des déclarations qui ne sentent pas très bon pour les cultures urbaines au pays des Tsars, alors même que le mois dernier, le rappeur Husky a été arrêté et son concert à Krasnodar a été annulé par la police. En cause ? « L’extrémisme » présumé du chanteur, qui lui a valu douze jours d’emprisonnement. Très connu en Russie et au-delà depuis deux ans, Husky, de son vrai nom Dmitri Kouznetsov, avait dénoncé avant son arrestation l’annulation de plusieurs de ses concerts, selon lui sous la pression des autorités.

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Trois stars du rap russe [Oxxxymiron, Basta et Noize MC], dont les clips totalisent tous plusieurs dizaines de millions de vues sur YouTube, avaient donné un concert fin novembre dans une salle de Moscou en soutien à leur collègue Husky. L’événement, qui était sold-out, avait permis de lever des fonds pour Husky. Il s’agissait d’y défendre la « liberté de créativité », a dit au public Oxxxymiron, l’organisateur du concert. Celui-ci a également déploré « la situation de la musique dans notre pays, qui n’est pas en train d’aller dans la meilleure direction, pour utiliser un euphémisme ».

« Vlad » Poutine contre le rap game, la battle est lancée.

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