Décès du légendaire compositeur Michel Legrand

Décès du légendaire compositeur Michel Legrand

Michel Legrand en février 2009, lors d'un concert à l'occasion de ses 50 ans de carrière. | © Thomas PADILLA/MAXPPP

Musique

Le compositeur français Michel Legrand, célèbre créateur des thèmes des films de Jacques Demy Les Parapluies de Cherbourg et Les Demoiselles de Rochefort, est décédé dans la nuit à Paris à l’âge de 86 ans.

D’après un article Paris Match France de La Rédaction

 

Le compositeur de musique Michel Legrand est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à Paris à l’âge de 86 ans. Créateur des thèmes des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort, compositeur français aux trois Oscars, Michel Legrand a vécu dans un tourbillon musical, passant avec le même appétit du jazz à la variété, de la direction d’orchestre au cinéma. Au cours d’une carrière de plus de 50 ans qui lui a valu une renommée mondiale, ce musicien touche-à-tout a travaillé avec les plus grands de Ray Charles à Orson Welles, en passant par Jean Cocteau, Frank Sinatra, Charles Trenet et Edith Piaf.

« Depuis que je suis enfant, mon ambition a été de vivre complètement entouré par la musique. Mon rêve était de ne rien rater. C’est pourquoi je ne me suis jamais fixé sur une seule discipline musicale », expliquait-il. Né à Paris le 24 février 1932, Michel Legrand appartient à une famille de musiciens. Son père, qui quitte le foyer alors qu’il n’a que trois ans, est compositeur et chef d’orchestre, tout comme son oncle.

« Il entre dans le cinéma comme on entre en religion »

« Le monde de l’enfance, la mienne, était un monde solitaire. Je n’aimais pas aller à l’école, je n’aimais pas le monde des enfants et des adultes, je détestais entendre ‘mange ta soupe, va te coucher’ », se souvenait-il. Michel Legrand trompe son ennui en reproduisant au piano les chansons qu’il entend à la radio. À 10 ans, il entre au Conservatoire de Paris. C’est une révélation.

« Moi qui détestais la vie, quand je suis rentré pour la première fois au Conservatoire, j’ai franchi le seuil d’un monde magique où il n’était plus question que de musique : le bonheur », confiait-il. À sa sortie, guidé par son père, il se lance dans le milieu de la chanson. Il travaille pour Henri Salvador, puis pour Maurice Chevalier, dont il devient directeur musical. Arrangeur pour la maison de disques Philips, il réunit sous sa baguette Miles Davis, John Coltrane et Bill Evans pour Legrand Jazz (1958).

Mais lassé de cet exercice, il « entre dans le cinéma comme on entre en religion » au moment où naît la Nouvelle Vague. Il devient un collaborateur privilégié de Claude Chabrol, Jean-Luc Godard (pour lequel il signe la musique d’Une femme est une femme en 1961 et Bande à part en 1964), Agnès Varda (Cléo de 5 à 7).

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Une rencontre est décisive : celle avec Jacques Demy. Désargentés mais plein d’idées, les deux hommes créent une nouvelle forme de film musical, ancré dans la vie contemporaine et où les dialogues sont entièrements chantés. Les parapluies de Cherbourg, puis Les Demoiselles de Rochefort et Peau d’âne les propulsent au firmament du septième art. Il renouera d’ailleurs avec Peau d’âne deux mois avant sa mort, avec l’adaptation au théâtre Marigny de ce film culte en comédie musicale. Il en a a réorchestré la musique et composé des musiques additionnelles, confiant dans un entretien à l’AFP son « régal » de se mettre au travail.

En pleine gloire, Michel Legrand décide à nouveau de tout quitter et s’installe aux États-Unis en 1966. Henry Mancini, grand compositeur pour le cinéma, lui ouvre les portes d’Hollywood et lui donne une formidable opportunité : celle d’écrire la musique de L’affaire Thomas Crown. Tirée de cette bande-originale, Les moulins de mon coeur vaut à Michel Legrand son premier Oscar en 1969. Deux autres suivront pour Un été 42 (1972) et Yentl (1984).

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Le musicien, compositeur et arrangeur français Michel Legrand, le 22 septembre 2016. © Alexandre MARCHI.

Chanteur, pianiste et compositeur

Son style reconnaissable entre tous – arrangements foisonnants et romantisme échevelé – est souvent imité, parfois décrié. Michel Legrand assume et s’élève contre ceux qui voient la musique comme un élément secondaire d’un long métrage. Au contraire, dit-il, « une bonne musique de film doit être un véritable personnage, elle doit parler, vibrer ! »

Malgré le succès, Michel Legrand a toujours refusé de se cantonner au cinéma. Tour à tour chanteur (sur les conseils de Jacques Brel), pianiste, compositeur de chansons de variétés, de pièces classiques, de ballets, de comédies musicales (dont Le passe-muraille écrit avec Didier van Cauwelaert), il s’est même essayé à la réalisation (Cinq jours en juin en 1988).

« Je ne fais pas une carrière. Je m’essaie à toutes les disciplines musicales avec beaucoup de sérieux et de travail. Mais je m’essaie, je suis toujours un élève », confiait-il en 2009 à l’AFP. Père de trois enfants, le compositeur à la voix légèrement voilée et au sourcils broussailleux, avait épousé en troisièmes noces l’actrice Macha Méril en 2014.

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