Moka Boka, ou la relève du rap belge

Moka Boka, ou la relève du rap belge

moka boka

Moka Boka sera en concert à Bruxelles, ce vendredi 8 février à Saint-Gilles. | © DR

Musique

Mélancolique, honnête et vrai, Moka Boka est le prochain rappeur belge que vous allez écouter en boucle.

Le paysage du rap belge n’a plus rien à prouver, ni à envier à ses voisins. Alors que Roméo Elvis, Damso, Caballero&JeanJass et toute la clique portent fièrement le drapeau noir-jaune-rouge hors de nos frontières, d’autres étoiles montantes illuminent le ciel pluvieux belge de leur talent. Parmi elles, on retiendra notamment Moka Boka. Artiste mélancolique et nostalgique, le Peter Pan, comme il se surnomme, trace sa propre route et invite tous ceux qui voudraient le joindre dans une introspection profonde. Le rappeur dont le nom signifie en partie « celui qui dit les choses » offre un flow simple et puissant sur une instru de qualité dans son premier album Pas de Pluie, Pas de Fleurs, sorti en juin 2018. Avec des textes brillants de vérité, Moka Boka met des mots sur nos émotions et nos sentiments, « dit les choses » tout simplement, tout au long d’un album exquis et intime.

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Si le spleen y est omniprésent, c’est parce que le poète urbain de 25 ans a écrit certains textes dans une période plus sombre de sa vie : « J’étais assez fort déprimé à cette époque, je me posais plein de questions. Ce n’était pas clair. Ça l’est beaucoup plus aujourd’hui », explique-t-il, avant un concert à Bruxelles, en restant assez mystérieux. À travers onze sons honnêtes, le protégé de Krisy exprime tout le mal-être d’une génération désenchantée, mais sans pour autant perdre espoir. D’où aussi ce titre d’album à l’apparence si logique. « Ça résumait parfaitement la situation dans laquelle j’étais à ce moment-là. Dans le sens où j’ai tendance à être pessimiste, mais j’ai toujours espoir », confie Moka Boka avant d’ajouter : « Des fois, ce sont même ces moments très noirs et difficiles qui te rendent plus forts. Là maintenant, j’ai beaucoup plus de force ». De la première à la dernière seconde d’écoute, son projet est habité par cette métaphore, de noirceur et de lumière, de mélancolie et d’espoir, du mal et du bien. La fleur représentant le plaisant a besoin de la pluie, l’anxiété et la solitude, pour être justement apprécié. Sans malheur, il n’y aurait pas de bonheur.

Né d’une mère belge et d’un père congolais, la thématique du métissage et les questions identitaires qui en découlent, occupent l’esprit du rappeur durant sa jeunesse. « J’en parle dans mes chansons, parce que c’est quelque chose qui m’a touché quand j’étais petit. Chez les blancs, je suis noir. Chez les noirs, je suis blanc. Mais qui je suis alors ? », demande Moka Boka. « J’ai réalisé qu’aujourd’hui, en vérité, je suis ni noir, ni blanc, je suis juste un être humain ». « Ni blanc, ni noir, j’ai mon coeur qui est bleu », lance-t-il d’ailleurs dans « Sourire ».

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C’est aussi avec ce titre que le rappeur belge a été invité à produire un Colors Show, un live minimaliste et monochrome dont la chaîne YouTube est suivie par plus de 2,7 millions de personnes. « Ils ont vu ‘Heracles’, ils nous ont contacté et on a été à Berlin », résume-t-il fortement, encore étonné de cette expérience. « C’est une belle vitrine, ça a fait un bon coup de boost, même au niveau international. Je suis hyper content, parce que selon moi c’est pas parce qu’on chante en français qu’on doit se limiter à la France ou à la Belgique. Et c’est ça que j’ai aimé avec Colors. Après ma vidéo, la plupart des gens qui m’ont contacté, c’étaient des anglophones. Même des Indiens m’ont contacté. Ils ne comprennent pas, mais ils aiment la vibe et c’est ça qui est cool. Colors c’est une plateforme internationale, et cela m’a ouvert les portes de ces gens qui s’intéressent à la musique au-delà de la langue, du reste du monde ». 

Une autre thématique qui a de l’importance sur Pas de pluie, pas de fleurs : la famille. L’album se termine d’ailleurs par un véritable message vocal de sa maman et comme toutes les mamans, la sienne s’inquiète de ne plus avoir de nouvelles. « Mes parents n’écoutent pas vraiment ce que je fais, et je leur montre pas vraiment ce que je fais non plus. J’ai besoin de cet espace avec mes proches, mais ils sont vraiment contents pour moi », raconte Julien, de son vrai nom, même s’il avoue que ses parents auraient peut-être préféré qu’il choisisse un métier plus stable. « Ils veulent que je me sente bien, c’est ça le plus important pour eux. Mais ils vont toujours être derrière pour me dire ‘il faut étudier, il faut étudier, c’est important’. Comme tous les parents ». Ses frères, âgés de 21 et 23 ans, occupent également une place de choix dans sa vie. « C’est mes frères et moi contre le monde », dit-il d’ailleurs dans son album. « Je dois le faire aussi pour mes petits frères. J’ai une pression énorme inconsciente. Quand t’es l’aîné, tu dois donner l’exemple », confie-t-il. Que Moka Boka se rassure, ils sont certainement fiers de lui. La fleur pousse…

Dans la playlist de Moka Boka

« Pas de pluie, pas de fleurs » avec un spleen assumé, le rappeur belge Moka Boka assure la relève du rap belge. On l'a rencontré à la FiftyFifty Session pour écouter avec lui sa playlist.

Publiée par Paris Match Belgique sur Mardi 5 février 2019

Mots-clés:
rap belge Moka Boka
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