En Corée du Sud, la sage K-pop engluée dans un scandale sexuel

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Jung Joon-young, en 2016, après avoir été inculpé pour avoir tourné une vidéo sexuelle sans le consentement de sa partenaire. | © YONHAP / AFP

Musique

En l’espace de deux jours, deux chanteurs K-pop, impliqués dans un scandale sexuel, ont annoncé qu’ils se retiraient de la scène. 

La K-pop vend ses stars aux mines impeccables comme les archétypes de la perfection comportementale. Mais un scandale à caractère sexuel dans l’industrie musicale montre à quel point discrimination et abus sont prégnants en Corée du Sud, jugent les féministes.

Seungri, le chanteur du boys band BIGBANG, l’un des plus grands groupes de K-pop de Corée du Sud, est soupçonné d’avoir tenté de soudoyer des investisseurs en leur proposant les services de prostituées. Le jeune artiste de 29 ans, de son vrai nom Lee Seung-hyun, a été inculpé pour « incitation à la prostitution ». Le lendemain de cette annonce, les médias pointaient du doigt un autre chanteur coréen : Jung Joon-young. Devenu célèbre au Sud pour sa participation à un télé-crochet, le chanteur de 30 ans a reconnu avoir filmé ses relations sexuelles à l’insu de ses partenaires et partagé les images sans leur consentement. « Je reconnais tous mes crimes », a-t-il déclaré dans un communiqué mardi soir.

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Les deux artistes étaient membre d’un groupe de chat, où Jung Joon-young et d’autres ont partagé des vidéos sexuelles dans lesquelles figurent au moins dix femmes, selon la chaîne sud-coréenne SBS.

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Seungri se rendant à la police de Séoul pour répondre aux accusations. © YONHAP / AFP

Une image parfaite

Dans pays confronté à une épidémie de « molka » – caméra espion – la plupart du temps installées par des hommes pour filmer les femmes à leur insu dans les lieux publics, les stars de la K-pop cultivent plutôt une image de gens propres sur eux. Ces vedettes de la « vague coréenne » qui a pris d’assaut l’Asie mais s’est aussi popularisée dans le reste du monde sont soumises à d’énormes pressions. On n’attend d’elles rien de moins que la perfection dans leur apparence ou leur comportement. Elles sont épiées par des clubs de fans qui dépensent sans compter leur temps et leur argent pour aider leur idole à gravir les marches de la gloire, quitte à écraser les rivaux. Le gouvernement sud-coréen les soutient activement comme produit d’exportation, ce qui aggrave l’onde de choc suscitée par le scandale naissant.

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Des points communs entre les deux stars

Le polyglotte Seungri est perçu comme « l’exportation culturelle idéale », explique à l’AFP Lee Moon-won, critique de culture pop à Séoul. « La plupart des fans estiment qu’il travaille extrêmement dur. En plus de sa carrière de chanteur, il a maîtrisé le japonais et le chinois, ce qui l’a rendu très utile à BIGBAND lors de leurs tournées dans ces pays ». Outre l’affaire de pots-de-vins « sexuels », son nom est déjà mêlé à une enquête de la police sur le Burning Sun, boîte de nuit dont il était le directeur des relations publiques. Le personnel est accusé de s’être servi de caméras cachées pour filmer des femmes et d’avoir utilisé drogues et alcool pour les agresser sexuellement. Avant le scandale, il avait été affublé du sobriquet « Seungsby le magnifique » en référence à Gatsby, personnage de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, pour son physique avenant, son succès et ses fêtes somptueuses.

En 2016, Jung Joon-young avait été inculpé pour avoir tourné une vidéo sexuelle sans le consentement de sa partenaire, mais le parquet avait renoncé aux poursuites par manque de preuves, après le retrait de la plainte de l’intéressée. « C’est ironique de constater les points communs depuis le scandale », poursuit M. Lee. « Tous d’eux se sont livrés à des activités illégales et corrompues pour parvenir à la célébrité et la richesse ».

La Corée du Sud est traversée comme de nombreux autres pays par la déferlante #MeToo contre les violences faites aux femmes. Mais vu les sommes en jeu, les personnalités de la K-pop ont plus à perdre que d’autres si elles sont mouillées dans un scandale.

Les féministes ne sont pas étonnées

Les fans de BIGBANG sont divisés, certains exprimant leur colère et leur déception, d’autres leur incrédulité. Un admirateur étranger a publié des photos de fleurs accompagnées d’une note manuscrite : « je t’attendrai sur cette route fleurie », une des paroles du groupe. Un autre refuse de croire aux accusations. « J’en ai assez de tout ça et je souffre. J’admire Seungri depuis longtemps et il m’a fait sourire pendant les jours sombres », dit un fan sur Twitter. D’autres encore se positionnent tout de même du côté des victimes.

Cette affaire montre que les vedettes masculines de la K-pop ne font pas exception quand il s’agit de participer à cette réalité perturbante, l’exploitation des femmes.

Mais les militantes des droits des femmes ne sont guère étonnées par ces affaires. Outre la « molka », la « vengeance porno » sur internet est également fréquente. La plupart du temps, c’est le fait d’hommes vindicatifs qui mettent en ligne des vidéos de leurs relations sexuelles avec leur ex. Dans une société profondément conservatrice, les dégâts infligés par ces images peuvent être considérables. Selon Han Sol, du groupe Flaming Feminist Action, les vidéos tournées par des caméras espions sont regardées et partagées de longue date par les Sud-Coréens qui les considèrent comme le moyen de renforcer leurs « liens fraternels ». Des milliers de femmes ont manifesté plusieurs fois contre la « molka » l’année dernière dans le cadre de #MeToo.

« Cette affaire montre que les vedettes masculines de la K-pop ne font pas exception quand il s’agit de participer à cette réalité perturbante, l’exploitation des femmes », renchérit la féministe Bae Bok-ju.

Avec Belga

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