« Pendez les Blancs » de Nick Conrad : Liberté d’expression ou provocation ?

« Pendez les Blancs » de Nick Conrad : Liberté d’expression ou provocation ?

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En septembre 2018, la diffusion de ce clip ultraviolent, sous l'acronyme "PLB", avait enflammé les réseaux sociaux. | © Capture d'écran Instagram @Nickconradofficial

Musique

En septembre passé, la diffusion du clip de « Pendez les blancs » de Nick Conrad avait provoqué l’indignation sur les réseaux sociaux. Le jugement sera remis mardi.

Libre expression artistique ou provocation au crime ? Le tribunal correctionnel de Paris dira mardi s’il condamne le rappeur Nick Conrad pour son clip « Pendez les Blancs », qui l’avait extirpé de l’anonymat à l’automne dernier. Lors de l’audience, le 9 janvier, le parquet avait requis une amende de 5 000 euros avec sursis, estimant que cet artiste noir de 35 ans « a outrepassé les limites autorisées de la liberté d’expression dans ce genre singulier qu’est le rap ».

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En septembre 2018, la diffusion de ce clip ultraviolent, sous l’acronyme « PLB », avait enflammé les réseaux sociaux et suscité de nombreuses condamnations au sein du gouvernement et dans la classe politique. Nick Conrad, rappeur auto-produit, était alors totalement inconnu du grand public. Mais sa vidéo, retirée depuis par YouTube, avait été repérée par des personnes proches de l’extrême droite, qui y ont vu l’expression d’un « racisme anti-blancs », et également relayé par le polémiste Dieudonné. Le parquet avait engagé des poursuites. Le clip met en scène le rappeur enfonçant un revolver dans la bouche d’un Blanc, lui tirant dessus ou lui écrasant la tête sur un trottoir. Il montre également la victime pendue à une corde.

Une mise en scène inversée

Nick Conrad – un pseudonyme – avait défendu à l’audience une oeuvre revendicative, certes réaliste mais fictionnelle et truffée de références à des films comme American History X, qui explore les origines du racisme et de l’extrémisme aux États-Unis. Il s’agit d’une dénonciation du racisme à travers l’évocation « à l’envers » de l’esclavage, des lynchages subis par les Noirs, avait expliqué l’artiste, citant pour preuve ces paroles : « Je viens inverser le commerce gulaire-trian » (triangulaire en verlan). Une Histoire dont il « souffre par répercussion », avait-il ajouté, expliquant avoir subi des discriminations.

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Le tribunal l’avait notamment questionné sur le discernement du public devant un clip si réaliste, et sur un passage de la chanson appelant à tuer « des bébés blancs (…) dans des crèches ». « Je compte sur le fait que ce soit trop gros pour être vrai », avait répondu le rappeur, qui s’était également défendu de tout racisme envers les Blancs. Sa « théorie de l’inversion » dans le clip entre Noirs et Blancs n’avait « pas convaincu » le procureur, qui avait estimé qu’il y avait bien là « provocation directe à commettre des atteintes à la vie ». « Il y a bien une charge violente à l’encontre d’une population, identifiable et stigmatisée, en l’occurrence les Blancs », avait considéré le représentant de l’accusation. Les avocats du rappeur, qui a perdu son emploi de réceptionniste dans un palace en raison de cette affaire, avaient plaidé la nullité de la procédure avant de demander sa relaxe.

Avec Belga

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