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Rag’n’Bone Man : La force sensible

Rag'n'Bone Man alias Rory Graham. | © Patrick Fouque/Paris Match

Musique

Le chanteur britannique au tube « Human » prouve qu’il est balèze dans l’art de concilier soul, hip-hop, blues et folk.

 

Dire que Rory Graham – alias Rag’n’Bone Man – est physiquement impressionnant est une charmante litote. En fait, croisé dans de ­mauvaises ­circonstances (genre 2 heures du mat’ dans une ruelle sombre d’un quartier peu recommandé), le bonhomme – 1,96 mètre, une carrure de pilier de rugby, recouvert de tatouages de la tête aux pieds comme un yakuza – n’impressionne pas : il terrorise. Mais démontrant une fois de plus que les apparences sont souvent trompeuses, dans la vie, Rory Graham est un garçon doux, agréable et plutôt timide.
Né il y a trente-deux ans à Uckfield, une petite ville de l’East Sussex en Angleterre, il a découvert la musique très tôt grâce à sa mère qui écoutait Bessie Smith, Duke Ellington, Muddy Waters ou Howlin’ Wolf. « Telle fut mon introduction à la musique, dit-il. Je ne pouvais pas en rêver de meilleure. Vers 14 ans, j’ai cessé d’écouter la même chose que mes parents pour aller vers le hip-hop, le hard-rock, le metal, mais les bases étaient posées. Je suis ouvert à tous les styles ».

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Cela s’entend sur son renversant premier album, « Human », qui mélange rock, jazz et rap sur fond de soul et de funk (deux mots qu’il s’est d’ailleurs fait tatouer sur les phalanges, comme le personnage de Robert Mitchum dans La nuit du chasseur). Pour propulser tout cela, une voix de ténor chaude et puissante, qui n’est pas sans rappeler celle de Gregory Porter. Son nom d’artiste, Rag’n’Bone Man, fut choisi en référence à une série télé comique des années 1970 qui mettait en scène deux ferrailleurs. « Et je trouvais aussi que ça sonnait “blues” », remarque-t-il.

Mais avant de se lancer professionnellement dans la musique, Rory Graham a ­travaillé dans un tout autre domaine. « J’étais un très mauvais élève. Rien ne m’intéressait, sauf la musique. Mais j’aimais m’occuper de personnes en difficulté, d’autistes. Cela me semblait naturel d’aider les gens. J’ai aimé ce boulot que j’ai fait pendant cinq ou six ans. Travailler avec des autistes vous apprend la compassion et l’empathie. Et le week-end, je prenais ma guitare et j’allais chanter dans les pubs qui voulaient bien de moi. Je traversais parfois tout le pays de nuit pour me produire devant un public pas toujours attentif ».

Elton John est tellement fan de la chanson « Human » qu’il a appelé Rag’n’Bone Man sur son portable pour le féliciter.

En 2012, n’arrivant à rien, il allait définitivement arrêter la musique quand Joan Armatrading lui demande de faire sa première partie. Il est remarqué par un programmateur de la BBC qui passe alors un titre que Graham avait autoproduit un an auparavant. Un morceau qui met le feu aux poudres. L’année ­suivante, il signe un contrat d’édition, quitte son boulot d’éducateur et monte s’installer à Londres. « Ma compagne et moi, nous ne nous y sommes pas plu. Je ne fréquente pas la scène musicale. Je croise mes confrères dans les festivals, et cela me suffit. Je n’aime pas les villes ; j’ai été élevé à la campagne, et c’est cette vie que j’apprécie. Nous sommes, depuis, allés nous installer dans une maison au bord de la mer, près de Brighton. J’y ai un home studio, un piano et du matériel d’enregistrement, notamment un vieil enregistreur huit pistes dont j’ai juste changé le micro. Comme ça, si j’ai une idée forte en pleine nuit, je peux l’enregistrer avant de l’oublier ».

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Le succès international de « Human » le catapulte donc à nouveau sur les routes. Mais plus en bluesman ; il voyage désormais accompagné de six musiciens. « Avec le succès du dernier album, je peux à présent montrer une autre ­facette de moi-même », dit-il en pensant à la suite. Qui risque bien cette fois d’attirer les foules.

« Human » (Sony Music). En concert à Bruxelles le 15 avril (Ancienne Belgique).

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