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Héros discret du rock, JJ Cale reprend vie dans un album posthume

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La pochette de l'album posthume du géant du rock, "Stay Around". | © Capture d'écran Instagram / @jjcaleofficial.

Musique

L’album Stay Around, sort ce vendredi 26 avril, comprend 15 morceaux inédits sélectionnés par la femme de J.J. Cale, Christine Lakeland, elle aussi guitariste. À cette occasion, le producteur Emmanuel de Buretel raconte le J.J. Cale qu’il a connu. 

Six ans après sa mort, la guitare du troubadour J.J. Cale résonne de nouveau dans un album posthume. Le producteur français Emmanuel de Buretel, qui l’avait sorti de la retraite 20 ans plus tôt, raconte à l’AFP « l’ermite, le sage et le grand artiste qu’il était« .

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« Il n’était pas intéressé par la célébrité »

J.J. Cale n’est pas le plus connu des musiciens rock et cela lui allait d’ailleurs très bien car « il n’était pas du tout intéressé par la célébrité« , selon Emmanuel de Buretel. Mais, aux yeux du public averti et des fans, dont certains autrement plus célèbres comme Eric Clapton qui reprit plusieurs de ses chansons dont « Cocaine » et « After Midnight », il était considéré comme un des plus grands.

Je l’ai découvert dans les années 70 quand j’étais étudiant. J’écoutais beaucoup de musique électronique, type Kraftwerk, je n’aimais pas forcément ce qui était folk ou country. Mais en découvrant ses premiers albums Naturally ou Troubadour, j’y ai vu une modernité qui m’a énormément inspiré.

La singularité de Cale réside dans le fameux « Tulsa sound » qu’il a inventé. C’est dans cette ville de l’Oklahoma où il a grandi que son jeu de guitare décontracté et sa voix trainante ont fait glisser le rock aux confins du blues, de la country et du folk, comme peu d’autres avant et après lui.

15 morceaux inédits

Stay Around comprend 15 morceaux inédits sélectionnés par sa femme Christine Lakeland, guitariste. Un de ses fans, le guitariste Louis Bertignac, témoigne son admiration : « C’est exactement le J.J. Cale que j’aime », affirme-t-il à propos de l’album posthume.

Cet album est un nouveau témoignage du talent de John Weldon Cale, qu’un patron de salle persuada d’adopter les initiales J.J. pour ne pas être confondu avec John Cale du Velvet Underground. Certains des morceaux qui y figurent sont passés dans les oreilles d’Emmanuel de Buretel, à qui Cale envoyait parfois des cassettes audios « sur lesquelles il écrivait de sa main« . Preuve d’une confiance qui confinait à l’amitié entre les deux hommes, après que le producteur français avait réussi à approcher l’artiste si difficile à joindre.

Je l’ai rencontré en 1993 grâce à son manager Mike Kappus. A l’époque je dirigeais Virgin France. Cale m’a dit ‘je vais faire une tournée, si ça t’amuse, viens’. Donc je suis parti avec lui dans son bus qu’il adorait conduire. On parlait pendant des heures, on écoutait de la musique. J’ai découvert un homme un peu grincheux, très drôle, vraiment intéressant. Il avait une énorme culture musicale, il connaissait tout son Memphis, son Oklahoma, son Nashville par coeur.

« Et au bout de la route, il m’a dit: ok je veux bien faire un disque avec toi« , raconte le producteur. Il y en aura quatre. Closer to You est le premier dès 1994. Suivront To Tulsa and Back (2004), Rewind (2007) et Roll On (2009). Entre-temps, Cale enregistra un opus avec Eric Clapton « qui est allé carrément dormir chez lui pour le faire« .

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« Une voix chamanesque »

Emmanuel de Buretel se souvient d’un homme en total contrôle artistique, « un vrai grand producteur, pas juste un auteur, compositeur, interprète. Il arrangeait souvent ses chansons dans son propre studio. Il était très technique. C’est lui et Sly Stone qui ont utilisé les premiers les boîtes à rythme dans le rock. Son batteur ne lui convenait pas, et du coup ça a apporté une modernité à laquelle se prêtait sa voix chamanesque« .

Cale meurt à 74 ans en 2013, dans l’indifférence quasi générale aux États-Unis, à peine moins en France où il avait conquis un public grâce notamment à Bertrand Blier qui lui confia la bande originale de son film La femme de mon pote en 1983. Peu après, Emmanuel de Buretel a fait l’acquisition de deux autres de ses albums, pour en compter six au catalogue de Because Music.

(Avec Belga)

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