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Roméo Elvis : «  Avoir Damon Albarn était au-delà du fantasme »

romeo elvis

Roméo Johnny Elvis Van Laeken. | © PHOTOPQR / LE PARISIEN / Frédéric Dugit.

Musique

Connu pour ses collaborations avec Therapie Taxi, Lomepal ou sa petite sœur Angèle, le rappeur bruxellois sort un premier album très personnel. Interview. 

 

Son nom complet est Roméo Johnny Elvis Kiki Van Laeken. Un patronyme cocasse qui ne pouvait sortir que de l’imagination de parents artistes : la comédienne Laurence Bibot et le chanteur Marka. « On apprend du métier de ses parents, c’est clair, reconnaît Roméo. Mais autant ma sœur Angèle avait besoin du cocon familial, autant, moi, j’ai toujours été très indépendant. » D’internat en internat, en colo pendant les vacances, le petit Roméo s’épanouit en terre inconnue. Et quand la passion de la musique frappe à sa porte, il choisit de la pratiquer seul … « Pour pouvoir revenir à la maison une fois que je maîtriserais le truc et leur dire : ‘Voilà ce que j’ai fait.’ Mes relations avec mon père se sont apaisées quand j’ai eu 20 ans. Lui et ma mère sont très fiers. »

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À 26 ans, après de nombreuses collaborations, trois EP et un album avec Le Motel, le rappeur vient de sortir son premier projet solo, Chocolat, référence à la fierté nationale de son pays. « Ce besoin de rappeler que je suis belge vient d’un complexe d’infériorité par rapport à la France. Le but d’un Belge est de réussir chez vous. C’est pour ça que je répète Bruxelles 655 fois dans l’album ! C’est aussi un gimmick, comme les rappeurs en ont beaucoup. »

Loin d’un rap vulgaire, le son d’Elvis flirte avec la nouvelle vague des Eddy de Pretto et autres Lomepal, à la frontière de la variété. D’où les quatre invités inattendus de l’album : Zwangere Guy, Témé Tan, M et le cofondateur de Blur. « Avoir Damon Albarn était au-delà du fantasme. C’est un génie. Pendant deux heures, je l’ai observé travailler, je me suis nourri du moment comme un fan à la session de son idole. »

Le truc très personnel, c’est fait, je peux m’ouvrir au reste du monde, maintenant.

Ses textes aussi sont surprenants – la Belgique est très présente, mais pas là où on l’attendrait. « Au-delà de tout le chauvinisme dont je traite, j’ai choisi deux thèmes pour lesquels je ne suis pas particulièrement fier d’être belge : les colonies et la politique d’immigration. Étant lié aux colonies par mon grand-père, je me suis senti légitime. Je sais le risque que je prends, mais il ne faut pas avoir peur de dire que la Belgique a fait des choses graves. C’est aussi mon rôle en tant qu’artiste. »

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Dans la série des sujets qui fâchent, le rappeur aborde de front celui de la drogue dure et de ses conséquences. « Pendant cinq ans, j’ai parlé cannabis sans me poser la question de savoir ce que les jeunes de 13  piges allaient penser. Quand j’ai commencé la musique, je prenais des trucs sales, mais je ne me suis jamais dit : ‘Tiens, je vais mettre que je fume de l’héroïne dans mes textes, ça fera stylé.’ Je me cachais. Ça fait un bail que j’ai arrêté, donc je peux montrer le côté sombre des soirées. » Il évoque « En silence », morceau déchirant sur un ami parti trop tôt, alors que sur son téléphone, le nom de Matthieu Chedid s’affiche. « Le truc très personnel, c’est fait, je peux m’ouvrir au reste du monde, maintenant. » Et se faire (d’autant plus) un prénom.

CHOCOLAT (Barclay/Universal). 

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